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Cet article est issu du dossier «RSE : de bonnes volontés à ordonner»

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Économie

Bois : qu’est-ce que le label FSC a apporté à Rougier ?

Usine de contreplaqué du groupe Rougier à Owendo, au Gabon.

Usine de contreplaqué du groupe Rougier à Owendo, au Gabon. © Witt/SIpa

Pour attester de ses bonnes pratiques, le forestier français Rougier a entamé une certification de ses sites en Afrique centrale. Un sésame indispensable pour accéder à certains marchés. Mais ce pari est-il payant ?

Longtemps accusés de menacer à la fois les populations locales et les écosystèmes, certains forestiers cherchent à redorer leur blason. Le néerlandais Wijma au Cameroun, le suisse Precious Woods au Gabon ou encore le singapourien Olam au Congo ont ainsi entamé un processus de certification FSC (Forest Stewardship Council) de leurs exploitations, qui, sous le contrôle d’ONG comme WWF ou Greenpeace, valide le respect de pratiques responsables tant environnementales que sociales.

« Démarche vertueuse »

Actif en Afrique équatoriale depuis les années 1950, le français Rougier est l’un des groupes les plus importants à avoir sauté le pas. Entre 2008, date de sa première certification au Gabon, et 2014, il a labellisé près de 1,2 million d’hectares, soit plus de 50 % de la surface qu’il exploite au Gabon, au Cameroun et au Congo.

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Si la démarche est vertueuse, elle répond aussi aux mutations du marché. Sous la pression du grand public et des ONG, il est de plus en plus difficile d’écouler du bois qui ne soit pas certifié FSC en Europe du Nord (notamment aux Pays-Bas, dans les pays scandinaves et au Royaume-Uni) et en Amérique du Nord.

Dans le même temps, les pays africains, poussés notamment par la Banque mondiale, ont renforcé leurs codes forestiers depuis le début des années 2000. Ces derniers exigent des plans d’aménagement de plus en plus contraignants pour les producteurs, notamment en limitant les coupes autorisées.

Faune

« Les sociétés aujourd’hui certifiées n’ont pas toujours été exemplaires, mais elles ont accompli de véritables efforts, et le FSC a indubitablement engendré un saut qualitatif, notamment en matière d’autorégulation », note Alain Karsenty, chercheur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad). Auparavant, nombre d’entre elles avaient tendance à surexploiter leurs concessions (coupes trop nombreuses, non-respect des diamètres minimaux des troncs des arbres abattus, sous-déclaration des volumes) et se préoccupaient assez peu des communautés riveraines.

Certifier plusieurs centaines de milliers d’hectares de forêt tropicale appelle une remise à plat des pratiques. Par exemple, dans le cadre de la certification du massif de Mbang, l’une des concessions de Rougier au Cameroun, le forestier a déployé une petite dizaine de personnes supplémentaires. Parmi elles, un sociologue et son assistant, un cartographe et deux spécialistes chargés de la surveillance de la faune locale. Autre contrainte : le programme FSC demande d’interagir avec les communautés locales avant, pendant et après l’exploitation pour obtenir leur consentement. À elle seule, la concession de Mbang abrite quelque 80 villages, ce qui exige des tournées quasi permanentes.

JA2800p108info RougierLe volet social de la certification FSC impose également de satisfaire les besoins de base des salariés. Dans les États d’Afrique centrale, souvent mal équipés en infrastructures publiques (écoles et hôpitaux notamment), Rougier a donc pour responsabilité de scolariser, soigner et loger les familles de ses employés. Des mesures qui ont un coût : entre 2 et 4 euros par hectare, soit un total compris entre 2,4 millions et 4,8 millions d’euros pour Rougier.

Si les pays d’Europe sont demandeurs de bois certifié, leur part dans la consommation mondiale a fortement chuté passant de 25% en 2007 à 10% en 2013.

Prime

Le groupe français arrive-t-il à amortir ses investissements ? Il est sans doute encore un peu tôt pour le dire. Une chose est sûre, la certification est le sésame indispensable pour accéder aux marchés nord-européens, sur lesquels elle permet de vendre avec une prime pouvant aller jusqu’à 20 %… mais qui est loin d’être garantie : il arrive que ce bois FSC ne soit pas vendu plus cher que le bois non certifié.

« C’est un peu un pari, confie Paul-Emmanuel Huet, responsable sociétal et environnemental chez Rougier. Nous pensons que dans l’avenir le marché va exiger plus de garanties environnementales et sociales. Même si, sur une cinquantaine de marchés à l’international, certains sont preneurs, d’autres pas du tout. Nous n’arrivons pas toujours à valoriser notre bois certifié aussi bien qu’on le voudrait. »

Et si les pays d’Europe sont demandeurs de bois certifié, leur part dans la consommation mondiale d’essences tropicales a fortement chuté au profit des pays émergents, passant de 25 % en 2007 à 10 % en 2013. La Chine, premier importateur mondial de bois africain depuis de nombreuses années, n’accorde pas la même importance à ces questions. « C’est un paramètre qui explique sans doute pourquoi des sociétés certifiées comme Rougier conservent une partie de leur production hors FSC », décrypte Alain Karsenty, du Cirad. Pour l’heure, le groupe français affirme se donner le temps d’éprouver la rentabilité du modèle avant de gravir de nouvelles marches.

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