Sciences

Intelligence artificielle : le plaidoyer de l’Unesco pour le développement en Afrique

La grande majorité des experts en IA se trouvent en Amérique du Nord, en Europe et en Asie. L'Afrique, en particulier, est à peine représentée.

La grande majorité des experts en IA se trouvent en Amérique du Nord, en Europe et en Asie. L'Afrique, en particulier, est à peine représentée. © Pixabay/Creative Commons

L’intelligence artificielle pose de nombreux défis aux acteurs du privé et aux institutions africaines. Promesse pour des lendemains meilleurs, elle pose surtout des questions d’éthique et de formation, dont l’Unesco a tenté de répondre lors d’un forum organisé au Maroc.

L’intelligence artificielle (IA) est le sujet qui a réuni des dizaines de chercheurs, économistes, employés de grands groupes internationaux et diplomates lors d’un forum organisé à l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P), à Ben Guerir, près de Marrakech, les 12 et 13 décembre.

Si pour certains la définition de l’IA reste floue, pour les panélistes, elle renvoie peu ou prou à une technologie émergente, qui simule les processus cognitifs humains. Le sujet, en tout cas, passionne les mondes de la recherche et de l’industrie sur le continent. Les récentes tribunes publiées sur Jeune Afrique à ce sujet en sont une illustration.


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Des usages multiples

Et pour cause, à en croire Edouard Matoko, du département Afrique de l’Unesco, de nombreux outils relevant de l’IA sont aujourd’hui utilisés, comme pour lutter contre la sécheresse en Namibie. Nourries de datas, de modèles mathématiques et d’algorithmes, des machines aident les humains à établir des bulletins et des prévisions climatiques précis et à mieux gérer les ressources hydrauliques.

La technologie liée à l’IA est déjà sollicitée par l’institution onusienne, a souligné Audrey Azoulay, la directrice générale de l’Unesco, notamment pour la cartographie et l’imagerie 3D dans le cadre de la reconstruction de Mossoul, ville irakienne célèbre pour son patrimoine en partie détruit par l’État islamique. Des conférenciers ont aussi échangé sur l’usage des drones et de la modélisation 3D pour la préservation des forêts et la conservation des espèces en République démocratique du Congo et en Guinée.

Hicham El Habti, le secrétaire général de l’UM6P, accolée à la fondation de l’OCP, groupe marocain d’exploitation de phosphate, est de son côté revenu sur les usages industriels de l’IA. À l’université, élèves et ingénieurs planchent par exemple sur un camion autonome depuis maintenant deux mois.


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Le monde entrerait même dans l’ère du « capitalisme cognitif », a souligné Saaïd Amzazi, le ministre marocain de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur. Au XXIème siècle, savoir et datas seraient la vraie richesse. Des représentants du privé étaient d’ailleurs bien présents au forum aux côtés des nombreux enseignants, ingénieurs et membres de l’Unesco.

Des employés de Microsoft notamment, dont certains ont indiqué être également là pour « entendre les étudiants, qu’ils nous parlent de leurs besoins et de leurs envies. » L’intelligence artificielle peut beaucoup, reste à savoir ce que chacun veut en tirer, selon l’organisation des Nations unies.

Les défis posés

Les débats sous-jacents au sujet de l’intelligence artificielle sont nombreux. À l’UM6P, orientée vers la recherche appliquée, un membre du corps diplomatique québécois a tenu à rappeler que les bons résultats obtenus par plusieurs pays en matière d’intelligence artificielle reposaient sur une recherche publique et indépendante et sur l’importance accordée aux enseignements fondamentaux, notamment les mathématiques.


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Dans un numéro du Courrier de l’Unesco, distribué lors du forum, Audrey Azoulay a insisté sur le besoin impérieux « d’accorder une place de premier ordre aux humanités et à la philosophie », tant l’IA pose des questions éthiques variées. Des intervenants ont notamment rappelé toutes les questions qui se posent en matière de journalisme automatisé, de vie privée et bien sûr des possibles usages militaires de l’IA.

Les défis sont encore plus nombreux vu du continent africain. Un développement endogène des savoirs liés à l’IA suppose en effet des compétences et des moyens. La fuite des cerveaux est dans ce cadre un sujet de préoccupation majeur. Jeune Afrique relevait il y a peu comment la Tunisie voyait s’envoler vers l’Occident nombre de ses jeunes talents du secteur du numérique et des nouvelles technologies.


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Un premier appel d’offres marocain

Saaïd Amzazi a, comme pour répondre à ces inquiétudes, annoncé le premier appel d’offres marocain dédié à l’IA. D’un équivalent d’environ cinq millions d’euros, l’appel a été lancé par son département et celui de l’Industrie. Le but : financer une vingtaine de projets, parutions scientifiques et dépôts de brevets.

Devant toutes ces questions, plusieurs personnalités présentes n’ont pas caché leur volonté de se retrouver de nouveau à Ben Guerir afin de prolonger leurs discussions.

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