Football

Football : au Qatar, Samuel Eto’o coule une fin de carrière paisible et dorée

Le Camerounais Samuel Eto'o, en décembre 2017 à Moscou.

Le Camerounais Samuel Eto'o, en décembre 2017 à Moscou. © Dmitri Lovetsky/AP/SIPA

À 37 ans, l’ancien capitaine des Lions indomptables et ex-attaquant du FC Barcelone termine tranquillement sa carrière au Qatar Sports Club, qu’il a rejoint à l’été 2018. Loin du haut niveau sportif qu’il a connu, mais dans des conditions matérielles plus qu’avantageuses. Reportage.

Les quelques fans qui attendent l’arrivée du bus jaune et noir des joueurs du Qatar Sports Club, devant l’entrée du stade Abdallah Ben Khalifa de Doha – une enceinte de 12 000 places – , sont déçus. Ce 8 novembre, ils étaient tous là pour voir un homme : Samuel Eto’o, légende camerounaise du football africain et mondial, qui évolue depuis l’été dans ce club de la capitale de l’émirat gazier. L’ancien attaquant du FC Barcelone a déclaré forfait au dernier moment pour ce match de championnat face au rival d’Al-Gharafa SC, autre club de Doha où évolue notamment Wesley Sneijder, ancien coéquipier du Camerounais à l’Inter Milan.


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À 37 ans, Samuel Eto’o est une étoile déclinante dont le corps est de moins en moins apte au sport de haut niveau. Blessé, il est parti se faire soigner en Europe pour quelques jours. Pourtant, le vieux Lion rugit encore : il a marqué quatre buts en huit matchs de championnat. Mais à mi-parcours de la saison, son équipe végète à une triste 10e place sur 12.

« Il est affecté par le fait d’évoluer avec des joueurs qui n’ont pas le niveau auquel il pouvait s’attendre et qu’il a connu dans sa carrière. Ce n’est pas facile pour lui d’être heureux sur le terrain, alors que ses partenaires ne font pas les bons déplacements et n’ont pas un bagage technique très élevé », explique un collaborateur du Qatar Sports Club.

Loin du niveau européen

Devant des tribunes quasi vides, le Qatar Sports Club finit par s’incliner à l’issue d’un match tendu face à Al-Gharafa. Wesley Sneijder, qui avait offert avec Eto’o un triplé historique à l’Inter Milan en 2010 (coupe d’Italie, championnat, Ligue des champions), est l’homme du match. Le Néerlandais a inscrit un doublé qui a donné la victoire à son équipe, mais s’est fait expulser en fin de rencontre pour un contact jugé trop viril par l’arbitre. Il quitte le terrain en colère. « C’est de la merde. Je ne jouerais plus jamais au Qatar. Vous m’entendez ? Plus jamais », crie t-il en direction de la tribune présidentielle – avant de vite revenir sur ses propos.

Un dernier pont en or et une certaine tranquillité, dans un pays où on ne tient pas vraiment rigueur aux stars de ne plus afficher leur niveau d’antan

L’entraîneur d’Al-Gharafa, Christian Gourcuff, juge d’un œil compatissant les aventures qatariennes des vieilles gloires tels Eto’o ou Sneijder. « C’est difficile pour les grands joueurs comme Eto’o d’évoluer ici, car ça n’a rien de comparable avec ce qu’ils ont connu avant dans leur carrière. Ils peuvent être désabusés devant les lacunes des joueurs locaux, et en retour ils ne seront pas forcément prêts à faire les mêmes efforts qu’en Europe », glisse l’ancien sélectionneur français de l’Algérie.

Avant d’atterrir à Doha, Samuel Eto’o avait déjà beaucoup bourlingué depuis sa retraite internationale, annoncée via son compte Twitter en août 2014. Après une pige à la Sampdoria de Gênes en Italie (18 matchs), le quadruple Ballon d’or africain avait fait les beaux jours du championnat turc en jouant pour Antalyaspor puis Konyaspor. Le Qatar est probablement la dernière destination de sa carrière. Un dernier pont en or [certaines sources, que nous n’avons pu vérifier, évoquent une rémunération annuelle de 500 000 euros] et une certaine tranquillité, dans un pays où on ne tient pas vraiment rigueur aux stars de ne plus afficher leur niveau d’antan.

« Il a toujours son coup de rein africain »

« Au Qatar, les gens s’intéressent aux vedettes plutôt qu’au niveau de jeu du championnat. Parmi ceux qui viennent au stade, beaucoup sont là uniquement pour voir en vrai une star du football mondial, car le niveau de la Qatar Stars League n’est pas très relevé », témoigne Yasir, un Pakistanais qui gère la billetterie du Qatar Sports Club les jours de match.

Sur les terrains impeccables de Doha, où évoluent de nombreux clubs du championnat, Eto’o se distingue toujours par des dribbles et des gestes magiques – même s’il n’est plus capable de réaliser des courses à pleine vitesse depuis la ligne médiane. « Il a toujours son petit coup de rein africain, qui fait très mal quand il démarre », admire l’attaquant marocain Youssef El Arabi qui, avec son club d’Al-Duhail SC, a affronté le Camerounais cette saison. « J’étais super content de le voir arriver ici au Qatar. Eto’o, c’est la légende. On voit bien que c’est encore lui le patron sur le terrain. Avec le Qatar Sports Club, il donne les consignes à ses coéquipiers, il les motive », ajoute El Arabi, qui a terminé meilleur buteur du championnat lors des deux dernières saisons.


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Au Qatar Sports Club, l’entraîneur Sergio Batista, champion du monde en tant que joueur avec l’Argentine de Maradona en 1986, sait qu’avec ou sans Eto’o, son équipe n’est pas la même. Après la défaite face à Al-Gharafa, où l’absence du Lion indomptable occupait toutes les discussions, il a déclaré à Jeune Afrique : « Nous avons fait un très bon match et nous aurions pu gagner. Même sans Eto’o, c’est évidemment possible pour nous de faire de bons résultats. Mais on a vu ce soir qu’il nous avait manqué un tueur dans la surface de réparation adverse ».

Eto’o n’est plus le roi qu’il a été sur la scène internationale. Mais au pays des émirs, il reste un prince du football.

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