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Cet article est issu du dossier «Gbagbo acquitté : une nouvelle donne pour la Côte d'Ivoire»

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Justice

Côte d’Ivoire : « Libre » de Laurent Gbagbo, une vérité partiale, polémique mais utile

Netherlands International Court Gbagbo

Netherlands International Court Gbagbo © À La Haye, le 19 février 2013. Michael Kooren/AP/SIPA

Alors que les juges de la CPI sont en train d’étudier sa demande de non-lieu, l’ancien président ivoirien publie jeudi 13 décembre un livre d’entretien avec le journaliste français François Mattei. Il y livre sa version de ses années de présidence et de détention.

Libre, il ne l’est pas encore. Mais c’est à un moment crucial que Laurent Gbagbo publie avec le journaliste français François Mattei Libre. Pour la vérité et la justice (éditions Max Milo) dont Jeune Afrique publie les bonnes feuilles. Jeudi 13 décembre, jour de la sortie de l’ouvrage, la Cour pénale internationale (CPI) se réunira à huis clos pour statuer sur la dernière demande de libération provisoire de l’ancien président. Plus encore, près de trois ans après le début de son procès, l’ancien président ivoirien espère être blanchi. Début octobre, ses avocats ont en effet défendu leur demande de non-lieu, plaidant que le dossier de l’accusation était « vide ».

Prise de risque

Offensive médiatique et politique, ce livre, qui est une version actualisée et étoffée de celui que les deux hommes ont publié en 2014, est aussi une prise de risque pour le prisonnier. Théoriquement, la CPI lui interdit en effet de donner des interviews. Ce témoignage, forcément partial, sans doute polémique, est donc rare et historiquement utile pour comprendre le point de vue d’un des acteurs majeurs de la politique ivoirienne.


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La première rencontre entre Laurent Gbagbo et François Mattei remonte à 2005, à Abidjan, alors qu’un article de François Mattei dans le journal français France Soir sur le bombardement de Bouaké a retenu l’attention du président ivoirien.

Ils se sont ensuite vus régulièrement en Côte d’Ivoire, puis à la prison de la CPI, où Laurent Gbagbo est incarcéré à partir de novembre 2011. Depuis 2012, ils se sont entretenus une vingtaine de fois pendant de longues heures. D’abord en tête à tête, dans une petite pièce, comme le relate François Mattei, puis dans la pièce commune où parfois, Charles Blé Goudé, l’ex-ministre de Laurent Gbagbo fait à manger. « Nous ne sommes pas amis mais j’ai un vrai intérêt professionnel pour l’homme et son histoire », explique François Mattei.

Serein et confiant

Dans cet ouvrage, le journaliste raconte l’arrivée de l’ancien président aux Pays-Bas, « épuisé et frigorifié ». « Ils courent lui acheter des vêtements chauds, et un costume pour sa première comparution […] Sa santé parait atteinte. Il me confiera au fil du temps que rien n’a été fait pour que soient suivies les préconisations des spécialistes dépêchés à sa demande. »


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Puis leur première rencontre, au pénitencier de Scheveningen, où Laurent Gbagbo est vêtu « d’un survêtement Adidas, d’un pantalon de toile et de chaussures de sport ». « “J’ai mal aux poignets, aux reins, aux épaules”, m’explique-t-il aussitôt comme s’il voulait éviter mes questions. “Mais je vais tout de même mieux que lorsque je suis arrivé, fin 2011”. », est-il écrit. Aujourd’hui, c’est un homme serein et confiant qu’il décrit.

Sans concession

Les années de prison semblent ne pas avoir ébranlé les convictions du prisonnier. Il assure avoir été victime de la politique africaine de la France, qu’il contrariait, et dresse un portrait sans concession des anciens présidents Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy (« un arrogant ») et même du socialiste François Hollande.

Il est acerbe lorsqu’il parle de son grand adversaire, Alassane Ouattara, de l’ancien chef de la rébellion Guillaume Soro ou d’Henri Konan Bédié, le chef du Parti démocratique de Côte d’Ivoire. Il y livre enfin une violente diatribe contre la CPI qui le détient depuis 2011, et appelle à la libération des pays africains face aux anciennes puissances coloniales : « Le temps est venu de construire, enfin, nos indépendances », dit-il à François Mattei. Se tournant vers la Russie et la Chine, « l’Afrique change », concède-t-il.

Aucun regret

Laurent Gbagbo, lui, ne change pas. L’ancien président qui, depuis sa prison, a repris la tête de son parti, le Front Populaire Ivoirien, se montre toujours aussi combatif. À aucun moment, il n’exprime de regret.

Alors qu’il semble croire plus que jamais à sa libération, une question reste aujourd’hui en suspend : celle de son futur rôle dans la politique ivoirienne, et notamment pour l’élection présidentielle de 2020. S’il dévoile sa vision du passé, il est encore trop tôt, semble-t-il, pour que Laurent Gbagbo livre celle qu’il a de l’avenir.

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