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La sape

| Écrit par Coumba Diop

Parader dans des tenues coûteuses et courir les défilés, voilà le quotidien des sapeurs. Beaucoup plus qu’une mode : un véritable phénomène de société.

Définie par certains Subsahariens comme le summum de l’élégance vestimentaire, la « sape » a pris des allures de phénomène au Cameroun, au Gabon, en RDC ou en Côte d’Ivoire. Mais c’est au Congo, d’où elle est originaire, que cette mode fait le plus d’émules. La Société des ambianceurs et des personnes élégantes (Sape) est en effet le nom que le chanteur congolais Papa Wemba a donné à ce que l’on peut considérer comme le club des dandys d’Afrique. Une seule règle dans ce cercle à la gloire de l’anti-fripe : parader dans les vêtements les plus coûteux qui soient, tout droit sortis des boutiques de grands couturiers français ou italiens. C’est dire à quel point ces adeptes des habits griffés, aux revenus souvent modestes, se saignent aux quatre veines pour un costume Armani, des chaussures Berluti ou une cravate Hermès…
Bacongo, un faubourg de Brazzaville, est connu pour être le fief des plus ardents sapeurs. C’est d’ailleurs là que le mouvement s’est développé. Dans les années 1980, aucun Congolais de France n’aurait pris le risque de partir en vacances dans son pays sans emporter une valise remplie de fringues de luxe. Car être sapeur ne signifie pas seulement sacrifier les trois-quarts de ses revenus dans les magasins chics. C’est aussi courir les défilés et autres concours destinés à sélectionner le meilleur épouvantail du chic. La mode n’est pas prête de sombrer dans l’oubli, et surtout pas au Congo. Le phénomène remonterait à 1920, quand les patrons européens récompensaient leurs domestiques africains en leur donnant leurs fripes. Il aurait progressivement mené à l’abandon des tenues traditionnelles au profit d’un style vestimentaire occidental, toutefois détourné par l’utilisation d’accessoires censés ajouter du cachet, casques coloniaux, montres à gousset et autres redingotes. Aujourd’hui, ce sont les ceintures, les pochettes de soie ou les épingles à cravates qui font la différence. L’esprit sapeur ? Flamber à tout prix est devenu un art de vivre.

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