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Cet article est issu du dossier «CAN 2019 : le grand cafouillage»

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Football

Retrait controversé de la CAN au Cameroun et à la Côte d’Ivoire : Ahmad Ahmad s’explique et « assume tout »

Ahmad Ahmad, le patron malgache de la CAF, lors d'une visite à Marrakech, au Maroc, en mars 2017.

Ahmad Ahmad, le patron malgache de la CAF, lors d'une visite à Marrakech, au Maroc, en mars 2017. © Mosa'ab Elshamy/AP/SIPA

Une semaine après l’annonce par la CAF du retrait de la CAN 2019 au Cameroun et de la CAN 2021 à la Côte d’Ivoire, Ahmad Ahmad, le président de l’instance continentale, explique à Jeune Afrique les raisons de ce choix qui plonge le football africain dans la crise.

Depuis que la Confédération africaine de football (CAF) a annoncé, le 30 novembre dernier, que la CAN 2019 n’aurait pas lieu au Cameroun, le football africain attend de connaître le pays qui sera chargé d’accueillir le tournoi en juin prochain. Le Maroc est déjà dans les starting-blocks, et croit beaucoup à ses chances.


>>> À LIRE – Après le retrait de son organisation au Cameroun, la CAN 2019 ira-t-elle au Maroc ?


Mais si la question de la Coupe d’Afrique des nations 2019 n’est pas encore tranchée, Ahmad Ahmad a affiché sa volonté de voir le Cameroun organiser la CAN 2021, s’attirant les foudres des Ivoiriens qui devaient accueillir l’événement. La volonté de la CAF de modifier l’agenda des prochaines CAN est loin de rencontrer l’unanimité.

De retour au Caire après un détour par l’Érythrée, Ahmad Ahmad, le président de la CAF, s’est longuement entretenu avec Jeune Afrique pour évoquer ces sujets brûlants.

Jeune Afrique : Commençons par ce qui a conduit à la première décision, celle de retirer l’organisation de la CAN 2019 au Cameroun…

Ahmad Ahmad : (Il coupe) Je vais vous faire une confidence. Je suis le seul membre du comité exécutif (Comex) à ne pas avoir donné mon avis, après la lecture du rapport des différentes missions d’inspection effectuées au Cameroun et le visionnage d’une vidéo très explicite sur la réalité du terrain.

Nous sommes fin 2018, et tout n’est pas fini. On ne pouvait plus se permettre d’attendre

Il y a eu un tour de table. Chacun s’est exprimé. J’ai écouté tout le monde. Et, je le répète, tous les membres du Comex étaient unanimes : le Cameroun n’est pas prêt pour organiser dans les meilleures conditions la CAN 2019.


>>> À LIRE – CAN 2019 : comment la CAF a retiré à l’unanimité l’organisation au Cameroun


Il y avait la question sécuritaire, mais ce qui a décidé la CAF à prendre cette décision, c’était avant tout les questions liées aux différentes infrastructures.

Les retards étaient donc si importants ?

Cela dépendait des sites. Certains sont prêts à 50 %, d’autres à 60 % ou 70 %. La CAN 2019 avait été attribuée au Cameroun en 2014. Nous sommes fin 2018, et tout n’est pas fini. On ne pouvait plus se permettre d’attendre.

Le Cameroun sera prêt, mais pas pour 2019

Le Cameroun sera prêt, mais pas pour 2019. J’ai d’ailleurs reçu des messages de Camerounais qui m’ont dit que la CAF avait pris la bonne décision, et que le Cameroun devait assumer.

Que fallait-il faire ? Accepter que la CAN 2019 s’y déroule, avec des retards sur différents chantiers – car le tournoi n’est pas seulement une affaire de stades et de terrains d’entraînement – , ou bien accueillir les joueurs, qui sont tout de même les premiers acteurs, dans des conditions qui ne sont pas optimales ? Il faut être sérieux !

Cette décision n’a pas été facile à prendre, car le Cameroun a réalisé des efforts importants, investi beaucoup d’argent, mais on l’assume totalement. Aujourd’hui, l’urgence est de désigner un pays qui accueillera le tournoi en juin et juillet prochains. Ce sera fait avant la fin de l’année, après l’examen des candidatures.

Il est question d’un possible recours du Cameroun devant le Tribunal arbitral du sport (TAS)…

Oui, j’ai entendu cela… Je ne sais pas. Je ne prête pas trop attention aux bavardages et aux rumeurs…

J’ai adressé à Paul Biya un courrier, dans lequel la CAF l’assure qu’elle aidera son pays afin qu’il soit prêt pour 2021

Vous avez contacté très rapidement Paul Biya, le chef de l’État camerounais, pour lui annoncer le verdict…

Oui. C’est normal. J’ai contacté son directeur de cabinet, puis j’ai adressé à Paul Biya un courrier, dans lequel la CAF l’assure qu’elle aidera son pays afin qu’il soit prêt pour 2021, à condition bien sûr que le Cameroun soit disposé à accueillir la CAN.


>>> À LIRE – Ahmad Ahmad : « On ne peut plus organiser de CAN là où les infrastructures sont insuffisantes »


Avez-vous obtenu une réponse ?

Pas officielle, mais il y a des contacts. Quand j’ai rencontré Paul Biya à Yaoundé, début octobre, j’avais vraiment compris qu’il tenait à ce que la CAN ait lieu au Cameroun, car son peuple est passionné par le football.

Nous proposons donc au Cameroun de prendre le temps de finir de se préparer. Moi, je suis convaincu qu’en 2021, ce pays pourra accueillir la CAN dans d’excellentes conditions.

Les Ivoiriens ne semblent guère ouverts à un bouleversement du calendrier. « Affirmer de façon péremptoire et unilatérale que nous ne sommes pas prêts à accueillir la CAN 2021 est choquant et discourtois », a même souligné Claude Paulin Danho, le ministre ivoirien des Sports, dans une interview à Jeune Afrique

Là-aussi, il faut regarder les choses en face : à l’heure où je vous parle, la Côte d’Ivoire n’a quasiment pas avancé.

Il y a eu une première mission d’inspection sur place, qui a confirmé la situation. Il y a des stades à construire ou à rénover, des terrains d’entraînement – 18 – mais aujourd’hui, où en est-on vraiment ?

Même chose pour l’hôtellerie. Le cahier des charges est formel : il faut un nombre de chambres suffisant pour accueillir les équipes, les officiels, les partenaires économiques, etc, dans des hôtels quatre ou cinq étoiles. Et moi, je ne veux pas que l’on reçoive les joueurs dans de mauvaises conditions, qu’il s’agisse des infrastructures sportives, hôtelières ou autres !

Le ministre ivoirien des Sports aurait peut-être dû expliquer où en est vraiment le pays dans l’avancée des travaux, avec des preuves et des arguments

Nous n’avons pas envie de nous retrouver fin 2020 dans la même situation qu’aujourd’hui, en constatant que le pays n’est pas prêt. Il faut que la CAF puisse être certaine bien à l’avance que la CAN pourra se tenir dans les meilleures conditions.

Le ministre ivoirien des Sports aurait peut-être dû expliquer où en est vraiment le pays dans l’avancée des travaux, avec des preuves et des arguments, avant de communiquer sur la volonté de la CAF de changer le calendrier.

Vous attendez-vous à ce que la Côte d’Ivoire conteste cette décision devant la justice ?

Ils feront ce qu’ils veulent. Nous assumerons. Mais de mon côté, je suis en contact avec le président Ouattara. L’organisation d’une CAN, c’est avant tout l’affaire de l’État.

À Accra, j’avais invité des présidents de fédérations africaines à l’occasion de la CAN féminine. Augustin Sidy Diallo, le président de la Fédération ivoirienne de football (FIF), était là. Il s’est juste contenté de me saluer au petit-déjeuner. Moi, j’aurais aimé qu’il vienne me parler du football en Côte d’Ivoire, de la CAN…

La Guinée, qui devait organiser la CAN 2023, devrait donc, si le nouveau calendrier souhaité par la CAF est adopté, accueillir la compétition en 2025…

Pour l’instant, je ne parle pas de la Guinée. On le fera en temps voulu. La CAN se jouera à 24 dès 2019, au lieu de 16 jusqu’à présent, ce qui rend le cahier des charges encore plus exigeant que par le passé. Et peu de pays semblent en capacité de l’honorer…

Je ne suis pas parfait. Mais je préfère dire les choses. J’assume tout

Il y a des pays qui disposent de grosses infrastructures : le Maroc, l’Afrique du Sud, l’Égypte… Et le Cameroun, bientôt.

Il ne faut pas oublier qu’une CAN, ce n’est pas que des stades. Un pays qui l’organise réalise des investissements dans d’autres domaines, dont il profitera dans le temps. Je pense que nous aurons à terme des CAN organisées par deux ou trois pays.

On parle d’Union africaine, de panafricanisme. Ce sont juste des slogans ou une réalité ? À l’avenir, on pourrait parfaitement imaginer des co-organisations. La Coupe du monde 2026 se jouera bien dans trois pays (États-Unis, Mexique et Canada) !

Comprenez-vous que certains vous reprochent de ne pas être assez diplomate dans votre communication, au premier rang desquels les Ivoiriens…

Peut-être… Je ne suis pas parfait. Mais je préfère dire les choses. J’assume tout. Ce que je veux, c’est que le football africain fonctionne bien, qu’il soit bien organisé. La CAN, c’est la compétition phare de l’Afrique. C’est un événement pour tout le continent, mais qui est également très suivi ailleurs.  Et elle doit se dérouler dans les meilleures conditions possibles. Sur cette question, je suis très clair !

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