Sécurité

Indice 2018 du terrorisme mondial : moins de victimes mais une fragmentation des groupes

La foule après un attentat sur l'avenue Bourguiba à Tunis, lundi 29 octobre 2018. © DR

La chute est sensible. Depuis 2016, le nombre de morts liés à des actes de terrorisme a baissé de 27 %, pour atteindre 18 814 en 2017. C'est le fait saillant qui ressort de la sixième édition de l'Indice du terrorisme mondial, publié mercredi 5 décembre par le think tank « Institute for Economics and Peace ».

Le recul de Daech en Irak et en Syrie, et la perte d’influence de Boko Haram dans le nord du Nigeria, contribuent largement à cette évolution. En Irak et en Syrie, les auteurs du rapport comptent respectivement 5 500 et 1 000 morts en moins causés par le terrorisme en 2017. L’Irak est le pays dont la situation s’est le plus améliorée, avec une baisse de 56 % de tués en 2017. Les quatre organisations terroristes les plus meurtrières sont, dans l’ordre, l’État islamique, les Talibans, les Shebab et Boko Haram.


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À travers le monde, 94 pays ont vu leur situation s’améliorer, quand 46 – dont la Somalie et l’Égypte – ont au contraire subi une détérioration. En Afrique subsaharienne, le terrorisme a fait 5 % de morts en plus en 2017. Les Shebab en Somalie détiennent ainsi le macabre record de l’attentat le plus meurtrier de l’année 2017, avec 588 victimes le 14 octobre après l’explosion d’un camion devant l’Hotel Safari de Mogadiscio.

En Europe, si le nombre d’actes terroristes a lui aussi chuté en 2016-2017, malgré le retour de milliers de jihadistes du Moyen-Orient, la menace s’est étendue à d’autres pays. Huit pays européens ont ainsi eu à déplorer au moins un mort sur leur territoire en 2017. Un niveau jamais atteint ces 20 dernières années.

La lutte anti-terroriste progresse

Joint par Jeune Afrique, Serge Stroobants, directeur des Opérations Europe et Maghreb Moyen-Orient à l’Institute for Economics and Peace et co-auteur du rapport, voit dans cette diminution l’effet d’une approche plus globale de la lutte anti-terroriste, menée à la fois au sein même des États européens et dans les pays les plus fortement touchés par le phénomène. La mise en place d’une task force dans le Sahel et les bombardements contre Daech demeurent, pour le spécialiste, les principales causes des reculs des groupes terroristes. « Même si l’idéologie demeure », tempère-t-il.

Les dix pays les plus touchés par le terrorisme connaissent tous un ou plusieurs conflits armés

Les auteurs du rapport dégagent deux caractéristiques fortes du paysage terroriste. Les dix pays les plus touchés au monde par le terrorisme connaissent tous un ou plusieurs conflits armés, et comptent pour 84 % des victimes du terrorisme.

« Le deuxième facteur, c’est l’utilisation de la terreur politique par les acteurs étatiques. Ce qui est finalement très logique : en Europe par exemple, les citoyens disposent d’une large palette de moyens démocratiques pour exprimer leurs revendications. Le passage éventuel à la violence est un processus beaucoup plus long. Dans les pays qui offrent des moyens légaux plus limités, où l’on pratique des condamnations extra-judiciaires et où les droits de l’homme sont beaucoup moins respectés, le recours à la violence est rapide et l’accès au terrorisme facile », explique Serge Stroobants. 99 % des victimes de terrorisme se trouvent dans un pays qui présente au moins une des deux caractéristiques.

Serge Stroobants, directeur des Opérations Europe et MMO à l’Institute for Economics and Peace

Des groupes fragmentés mais bien équipés

Malgré la diminution sensible des actes terroristes à travers le monde, l’heure n’est pas au triomphalisme : « On assiste à une fragmentation des groupes. De nouveaux candidats apparaissant avec le déclin de l’EI. En 2017, plus de 40 nouveaux groupes terroristes ont vu le jour, même si Daech reste le plus meurtrier. Un phénomène de déplacement de la zone du terrorisme s’observe, du Sahel/Moyen-Orient à l’Asie du sud-est, au Myanmar et aux Philippines notamment. Le paysage est en mutation. Au Nigeria, si Boko Haram a reculé, des pasteurs fulanis extrémistes ont en quelque sorte pris le relais en menant au cours des six derniers mois de nombreuses attaques meurtrières  », relève Serge Stroobants.


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Le chercheur relève que la lutte anti-terroriste demeure une réaction à des attaques, tandis que les groupes terroristes conservent l’initiative de la violence et le choix des moyens employés. « À Mossoul, nous avons par exemple remarqué que Daech démontrait beaucoup d’ingéniosité dans l’utilisation de petits drones, qu’on peut se procurer pour une centaine d’euros sur Amazon. Ils parvenaient à mener des attaques combinées pour empêcher les mouvements de la coalition. Les autorités doivent donc se préparer à ce genre d’actes, et s’entraîner à répondre à ce type de menace. »

Le spécialiste attire spécialement l’attention des autorités sur la cyberguerre, qui offre aux groupes terroristes un fort impact pour un investissement modeste. « L’utilisation d’Internet se fait à des fins multiples, de propagande, de financement, de recrutement », note Serge Stroobants. Ce dernier relève que Daech a piloté depuis la Syrie des opérations se tenant sur le sol européen. Pour le financement, ransomwares et malwares peuvent être utilisés par les organisations terroristes, comme le Hizbut-Tahrir-al-Islam l’a démontré à une petite échelle.

Des voies de radicalisation diverses

Du côté du profil des terroristes, le rapport ne se risque pas à déterminer un portrait-robot. « Il y a de nombreuses voies de radicalisation. Pourtant, quelques facteurs semblent communs aux individus qui deviennent terroristes. Dans les pays de l’OCDE, les individus sont plus susceptibles de se radicaliser du fait d’une faible intégration sociale, d’un ‘manque d’opportunités’ ou de l’implication de leur pays dans un conflit extérieur. Des recherches récentes (…) sur l’émergence des ‘combattants étrangers’ suggèrent que les individus avec un passé délinquant ou criminel sont non seulement plus susceptibles de se radicaliser, mais qu’ils sont aussi plus recherchés par les organisations terroristes », note le Global Terrorist Index.

Les pays européens privilégient les poursuites judiciaires et l’emprisonnement quand les pays musulmans favorisent la déradicalisation et la réinsertion

Dans les autres parties du monde, la radicalisation serait plutôt liée à des conflits internes et à la « terreur politique » (comprendre la répression étatique). Quant aux stratégies des États face au retour de jihadistes sur leur sol, la différence d’approche est nette entre les pays à majorité musulmane et les pays européens. Ces derniers privilégient systématiquement les poursuites judiciaires et l’emprisonnement, quand les premiers – Égypte, Indonésie, Jordanie, Maroc, Tunisie, Yémen – favorisent les programmes de déradicalisation et de réinsertion.

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