Immigration

Migrations : la bataille des extrêmes droites européennes contre le Pacte de Marrakech

Marine Le Pen, présidente du Rassemblement national français, en février 2017 à Nantes (ouest de la France).

Marine Le Pen, présidente du Rassemblement national français, en février 2017 à Nantes (ouest de la France). © David Vincent/AP/SIPA

Plusieurs États européens gouvernés par des tendances dures de la droite ont annoncé leur retrait du pacte onusien sur les migrations, qui doit être adopté à Marrakech les 10 et 11 décembre prochains. Dans les autres pays, la droite radicale tentent d’influencer les opinions publiques.

Inscrit sur le pupitre, le thème de la conférence donne le « la » : « Le pacte de Marrakech : la boîte de Pandore de la submersion migratoire ». À la tribune, Marine Le Pen, présidente du Rassemblement national, première force de la droite populiste française, déroule son argumentaire.

Dans son viseur, le pacte de l’ONU qui doit être adopté à Marrakech les 10 et 11 décembre. Sur une trentaine de pages, ce dernier texte, discuté à New York en 2017, propose 23 « objectifs » censés permettre aux États de conjuguer leurs efforts, afin de gérer de manière commune les migrations à travers le monde – entre encadrement, coercition, et création de voies sûres pour les migrations, ce dernier point étant celui qui ne passe pas sur la droite de l’échiquier politique occidental.


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Plusieurs États européens gouvernés par des partis de droite – la Hongrie, l’Autriche, la République tchèque, la Slovaquie, la Croatie, l’Estonie et la Bulgarie, sans compter par ailleurs Israël et l’Australie – ont déjà annoncé leur intention de ne pas venir ni de signer le document de Marrakech – quand bien même il n’a pas de valeur contraignante. Dernier pays en date à avoir annoncé son retrait : l’Italie, dont le nouveau gouvernement a amorcé un virage très à droite sur la question migratoire.

Fronde européenne, influence américaine

Marine Le Pen, figure de l’extrême droite européenne, annonce qu’elle compte combattre « pied à pied » un pacte « insensé ». Elle a fixé pour cela un premier rendez-vous pour un meeting à Bruxelles, samedi 8 décembre. La Française partagera alors l’estrade avec Tom Van Grieken, président du Vlaams Belang, parti nationaliste flamand.

Geert Wilders, chef du Parti pour la liberté – formation de la droite islamophobe hollandaise – , s’est lui aussi publiquement opposé au texte, tout comme le mouvement radical allemand Pegida, qui a organisé une manifestation le 1er décembre contre la signature de l’Allemagne. L’invitation transmise aux journalistes pour le meeting commun du 8 décembre est d’ailleurs envoyée par le Mouvement pour l’Europe des nations et des libertés (MENL), qui regroupe différents partis à travers le continent.

Donald Trump a fait du texte, dont Barack Obama avait poussé pour l’adoption, un symbole du reniement de l’héritage politique de son prédécesseur

Le carton d’invitation annonce aussi la présence de l’Américain Steve Bannon. Figure de la droite réactionnaire américaine et ancien proche conseiller de Donald Trump, c’est lui qui avait poussé les États-Unis à se retirer du projet dès l’été 2017, alors que les discussions étaient en cours. Dès son arrivée à la Maison-Blanche, le président américain a fait du texte, dont Barack Obama avait poussé pour l’adoption, un symbole du reniement de l’héritage politique de son prédécesseur. Bannon, qui a quitté Washington, conseille désormais le président hongrois Viktor Orban, lui aussi pourfendeur du Pacte.

« Perte de souveraineté »

Depuis la rentrée scolaire, la droite dure française a entamé une campagne contre le Pacte : des personnalités comme Julien Rochedy, ancien directeur du Front national de la jeunesse (FNJ), et Pierre Cassen, chef du groupe islamophobe Riposte laïque, s’indignent sur Twitter ou Youtube. D’autres s’emparent de tribunes. L’essayiste conservateur québécois Mathieu Bock-Côté reprend ainsi, dans le quotidien français Le Figaro du 2 décembre, le terme de « submersion » cher à Marine Le Pen. Dans l’hebdomadaire Valeurs actuelles, c’est l’essayiste Alexandre del Valle qui a lui aussi pris la plume contre le document onusien.


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Marine Le Pen, comme ses camarades européens, insiste sur la perte de souveraineté que représente selon elle la signature du texte. « La simple évocation de la ville où doit avoir lieu l’adoption du Pacte, Marrakech, semble parfois avoir chez certains de ses détracteurs un effet symbolique, le débat étant axé sur la souveraineté des pays du Nord et la migration considérée comme venant du Sud », relève Mehdi Alioua, sociologue, enseignant et cofondateur au Maroc du Groupe antiraciste d’accompagnement et de défense des étrangers et migrants (Gadem). « Faux », rétorque-t-on au siège du Rassemblement national, en banlieue parisienne, où on précise que « Marine Le Pen est favorable à une coordination internationale », et qu’elle a « défendu sa vision jusqu’au Tchad lors de la campagne présidentielle de 2017 ».

Le remue-ménage à l’extrême droite a réussi à imposer le sujet dans le débat public

Si le texte hérisse le poil à droite, il n’enchante pas l’ensemble des ONG de défense des migrants. Ces dernières estiment qu’il ne ferme pas suffisamment la porte à la détention de mineurs, et craignent que la volonté de « munir tous les migrants d’une preuve d’identité légale et de papiers adéquats » ne se transforme en système de « fichage » des migrants, solutions biométriques et « investissement dans des solutions informatiques » à l’appui.

Le remue-ménage à l’extrême droite a donc réussi à imposer le sujet : des voix de la droite traditionnelle lui ont emboîté le pas, à l’instar du député Éric Ciotti, qui se dit opposé à l’adoption du texte par Paris. En Belgique aussi, le parti Nouvelle alliance flamande, bien installé à la Chambre des représentants, mène la vie dure au Premier ministre – qui a néanmoins maintenu sa participation au sommet de Marrakech. En France, une rumeur va jusqu’à agiter les réseaux sociaux, en plein mouvement social dit des « gilets jaunes » : des centaines de publications Facebook assurent que la France risque de passer sous administration de l’ONU ou d’être « submergée » du jour au lendemain par l’immigration africaine.

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