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Cet article est issu du dossier «Présidentielle en RDC : l'alternance, et après ?»

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Présidentielle en RDC : « Pourquoi nous avons attaqué le site internet de la Ceni », un Anonymous se confie

Un Anonymous derrière son écran.

Un Anonymous derrière son écran. © Twitter/Lorian Synaro

Moins d’une semaine après l’attaque des sites internet du gouvernement de la RDC, les Anonymous s’en sont pris jeudi 29 novembre à celui de la Ceni. Un des auteurs de cette « action » explique à JA ses motivations.

« Vous pouvez m’appeler Lorian Synaro. » C’est sous son pseudo Twitter que l’« hacktiviste » se présente lorsque nous entrons en contact avec lui. Même en DM (messages privés), celui qui se dit « combattant de la liberté » ne révélera ni son âge, ni sa nationalité, et encore moins son lieu de naissance. « Pour des raisons de sécurité », bien évidemment.

D’autant que, quelques minutes plutôt, en cette fin de soirée du jeudi 29 novembre, il vient de revendiquer au nom de Anonymous International l’attaque du site internet de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) de la RDC. « Je n’attaque jamais un site web sans raison », se justifie alors d’entrée de jeu Lorian Syrano. « Je combats la corruption, l’oppression, le terrorisme et la dictature », poursuit-il. Mais pourquoi s’attaquer à une commission électorale à moins d’un mois de la tenue des élections ?

En RDC, la campagne électorale a en effet démarré le 21 novembre. Sauf changement de calendrier, plus de 40 millions d’électeurs sont attendus dans les bureaux de vote le 23 décembre pour élire à la fois le nouveau président de la République, les députés nationaux et provinciaux.

Deux questions continuent cependant à diviser la classe politique et la société civile congolaises. Il s’agit de la fiabilité du fichier électoral – lequel comprend au moins 6 millions d’électeurs sans empreintes digitales – et, surtout, du recours aux controversées machines à voter.

Nous ne voulons pas que les élections se tiennent avec la machine à voter

C’est visiblement cette dernière question qui justifierait l’attaque du site de la Ceni par les Anonymous. « Nous ne voulons pas que les élections se tiennent avec la ‘machine à voter’, car les résultats pourraient être facilement modifiés », soutient Lorian Synaro qui s’est fait assister par un camarade, surnommé « nulldev » sur Twitter, dans cette opération menée contre le site internet de la Ceni.

Un « avertissement » des Anonymous à la Ceni

« C’était une DDoS », traduisez attaque par déni de service distribuée. « Le but était de saturer le serveur, puis de le fermer », raconte Lorian Synaro, toujours caché derrière son écran tel un manifestant pro-démocratie virtuel. Le site de la Ceni n’a été inaccessible que deux heures, dans onze pays.

« Ce n’était qu’un avertissement », prévient le cybermilitant. « Nous ne voulons pas empêcher la tenue d’élections, précise-t-il. Les gens ont le droit de décider de leur propre destin. Ce qui nous préoccupe, c’est le déroulement de ces scrutins. »

À l’en croire, il a décidé d’intervenir parce que « de nombreuses personnes [l’]ont alerté sur la situation en RDC ». Lui qui « participe à diverses opérations [des Anonymous] dans le monde entier ».

Quand la Ceni défie les Anonymous

Du côté de la Ceni, à Kinshasa, pas grand monde n’était au courant de l’attaque ce 30 novembre. « Fake news », nous a d’abord lâché un conseiller de son président. Puis, après s’être rapproché du « service informatique » de la commission électorale, il a reconnu l’incident et dénoncé un « acte de banditisme ».

Mais Corneille Nangaa lui-même s’est plutôt montré serein, voire moqueur. « Le site internet n’est qu’un portail sur lequel nous partageons les informations sur l’évolution du processus électoral. Les Anonymous peuvent l’attaquer autant de fois qu’ils le souhaitent, cela n’aura aucune incidence sur l’organisation des élections », a réagi le numéro un de la Ceni. « Sauf si les machines à voter sont connectées à Internet ou si les résultats passent sur le site… », prévient pour sa part Lorian Synaro. La confrontation entre les pro et anti-machine à voter s’est transportée sur le terrain virtuel.

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