Politique

Procès du putsch au Burkina : Gilbert Diendéré met en cause les chefs de l’armée

Le général Gilbert Diendéré à l'aéroport de Ouagadougou, le 18 septembre 2015. © Theo Renaut/AP/SIPA

Au troisième jour de sa comparution dans le procès du putsch manqué de 2015 au Burkina Faso, le général Gilbert Diendéré a mis en cause les chefs de l'armée qui ont témoigné contre lui le 28 novembre devant le tribunal militaire de Ouagadougou.

« Ils ne devaient pas venir en tant que témoins mais avec une autre qualité (…). Leur place est à côté de nous, dans le box des accusés », a lancé à la barre le général Gilbert Diendéré, présenté comme le cerveau du coup d’État, mais qui le nie farouchement.

Ancien chef du Régiment de sécurité présidentielle (RSP), l’unité d’élite de l’armée qui a perpétré le coup d’État, Diendéré est accusé d’atteinte à la sûreté de l’État, trahison et meurtres, lors du putsch manqué qui a fait 14 morts et 270 blessés en septembre 2015.

Au total 84 accusés sont jugés par un tribunal militaire à Ouagadougou depuis le début du procès en février, dont un autre général, Djibrill Bassolé, ancien ministre des Affaires étrangères, également présent au procès.


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Toujours vêtu de son treillis militaire, piochant des documents dans une pile de dossiers à côté de lui, Gilbert Diendéré a estimé que toute la hiérarchie militaire était impliquée dans le coup d’État, comme l’ancien chef d’état-major général, le général Pingrenoma Zagré, et le secrétaire général du ministère de la Défense nationale, le colonel-major Alassane Moné.

Alors que le parquet lisait les déclarations de ces responsables qui l’accablent, le général a riposté, s’exprimant d’un ton ferme : « Ils ont eu le temps d’harmoniser leurs déclarations. Dans un premier temps, la hiérarchie militaire a été convoquée par le juge d’instruction mais ils ont refusé de se présenter. Il a fallu la pression populaire pour qu’ils se présentent plus de six mois après ».

« Moi, j’assume »

« Ces camarades de la hiérarchie militaire, ce sont mes promotionnaires que je connais très bien, jusqu’à leur matricule », a rappelé le général. « Moi, j’assume pleinement ma responsabilité, mais j’estime que pour une justice équitable, pour (rendre) justice à ceux qui sont morts, blessés, il aurait fallu que certaines personnes soient à cette barre », a déclaré Gilbert Diendéré, devant une salle seulement au trois-quarts pleine, alors que le public l’avait prise d’assaut lundi et mardi.

La tentative de putsch, survenue moins d’un an après la chute du président Blaise Compaoré, qui dirigeait le pays depuis 1987 et qui a été renversé par une insurrection populaire, avait accentué la fracture au sein de la société burkinabè.

L’homme de l’ombre

Gilbert Diendéré, surnommé « Golf » par les Burkinabè, a été pendant trois décennies, dans l’ombre, l’un des hommes forts du Burkina, bras droit de Blaise Compaoré. Il fut notamment le chef d’état-major particulier de Blaise Compaoré, dont il a dirigé sa garde prétorienne et était considéré comme un maître-espion dans toute l’Afrique de l’Ouest.

Le général a catégoriquement nié lundi être à l’origine du coup de force raté de 2015, bien qu’il ait pris la tête du Conseil national pour la démocratie, organe dirigeant des putschistes, avant de rendre le pouvoir face à la pression populaire et à l’armée loyaliste. Mardi, il a déclaré ignorer qui a commandité le putsch.

Depuis le début du procès, plusieurs sous-officiers qui ont perpétré le coup d’État l’ont cependant désigné lors de leurs comparutions comme le chef des putschistes.

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