Diplomatie

Maroc-UE : la Fondation EuroMedA se défend d’être un groupe de lobbying

Salaheddine Mezouar, en 2013. © Hassan Ouazzani pour JA

La Fondation EuroMedA, dont plusieurs membres sont favorables aux positions marocaines sur le Sahara occidental, est accusée par une ONG d'être un outil de lobbying au service des intérêts marocains à l'Union européenne. Ses responsables s'en défendent.

Salaheddine Mezouar, président de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM, le syndicat patronal marocain) et ancien ministre des Affaires étrangères, est devenu fin novembre vice-président de la Fondation EuroMedA. Ce qui n’a pas manqué d’attirer la lumière sur cette structure, attisant les curiosités aussi bien dans les cercles économiques et politiques que dans les milieux qui défendent une ligne opposée à celle de Rabat concernant le Sahara occidental.

Cheikh Biadillah, co-fondateur d’EuroMedA, élu à la Chambre des conseillers au Maroc et président du Groupe d’amitié parlementaire Maroc-Union européenne, confirme que Salaheddine Mezouar, proche de la fondation depuis sa création en 2017, s’en est encore rapproché lorsqu’elle a accéléré ses activités, en juillet et août 2018. Depuis la mi-novembre, le patron des patrons marocains siège effectivement au conseil d’administration.

Fondation ou lobby ?

L’ONG Western Sahara Resource Watch (WSRW), active à Bruxelles, parle notamment de « lobbying » pour qualifier les activités de la Fondation EuroMedA. Cette dernière structure n’est cependant pas enregistrée comme un lobby identifié au registre européen de la transparence, qui recense les groupes d’intérêts qui ont leurs habitudes dans les couloirs des institutions européennes. WSRW, elle, y figure depuis mars 2018 en tant que « groupe d’intérêt ».

La question du Sahara occidental n’occupe qu’une petite partie seulement du travail de la Fondation EuroMedA

« Nous présentons l’expérience marocaine, par exemple en matière d’approche de la question migratoire, ou à propos de la formation des imams africains », explique Cheikh Biadillah, qui assure que « la question du Sahara occidental n’occupe qu’une petite partie seulement du travail d’EuroMedA ». « Nous parlons de divers sujets, comme l’écologie ou la sécurité. Quant à nos membres, ils viennent aussi de Roumanie, de Tunisie, etc… » On trouve en effet dans le conseil d’administration des personnalités comme Lobna Jeribi, figure de la vie politique tunisienne et ancienne constituante.

La Fondation a été créée par Gilles Pargneaux, socialiste français et député européen, fervent militant du rapprochement entre le Maroc et l’Union européenne. Sur son site, EuroMedA ne cache d’ailleurs pas que c’est autour du royaume que le gros de son activité se concentre. Le Maroc y est notamment qualifié de « clé de voûte de la construction de l’espace européen, méditerranéen et africain ». Des activités communes ont déjà été organisées entre EuroMedA et l’OCP Policy Center, un think tank fondé par le géant marocain des phosphates en 2014.

L’accord agricole UE-Maroc au cœur du débat

Autre critique formulée par l’ONG WSRW, la présence de la Française Patricia Lalonde au sein du conseil d’administration – aux côtés, notamment, de Salaheddine Mezouar et de Mbarka Bouaïda, élue au conseil régional de la région de Guelmim Oued Noun, dans le Sahara. L’eurodéputée française est rapporteuse de la Commission du Commerce international du Parlement européen (INTA). Or, la proposition de renouvellement de l’accord agricole entre l’Union européenne et le Maroc, pour lequel Rabat entend faire accepter l’inclusion du territoire du Sahara occidental, doit passer devant cette commission le 3 décembre.

En septembre, Patricia Lalonde était justement au Sahara occidental, comme le rapportait l’agence de presse officielle marocaine MAP. La délégation européenne avec laquelle elle voyageait devait s’assurer que l’accord proposé remplisse bien les critères fixés par la justice européenne. Mi-novembre, Biadillah, en sa qualité d’élu, a rencontré l’eurodéputée à Bruxelles. La question de l’accord agricole a été au centre de leurs entretiens. Biadillah était venu avec un message, selon la MAP : « Le Maroc ne signera aucun accord qui n’inclut pas ses provinces sahariennes ».

Plusieurs décideurs ouest-africains ont été contactés, et pourraient rejoindre la fondation dans un avenir proche

EuroMedA entend se développer à l’avenir. Et même ouvrir plus largement ses domaines d’intérêts. Une source au sein de la Fondation confie ainsi à Jeune Afrique que plusieurs décideurs ouest-africains ont été contactés, et pourraient la rejoindre dans un avenir proche. Parmi eux, un certain Guillaume Soro, président de l’Assemblée nationale ivoirienne.

Pour le moment, EuroMedA, qui ne dispose pas de ses propres bureaux, est hébergée dans les locaux bruxellois de Hill & Knowlton International Belgium, cabinet de consultants dirigé par Alain Berger, ancien président du groupe Alstom en Chine. Hill & Knowlton est pour sa part enregistré comme groupe de lobbying à Bruxelles.

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