Vie des partis

Maroc : à l’appel du roi, les partis réfléchissent à un nouveau modèle de développement

Mohammed VI lors du lancement du programme « Al Hoceima, ville phare de la Méditerranée », à Tétouan, en octobre 2015. © MAP

À la demande répétée du roi Mohammed VI, les partis politiques élaborent actuellement des propositions pour renouveler le modèle de développement du Maroc. Quelles sont leurs idées? Comment travaillent-ils? Décryptage.

Le site de l’Alliance des économistes istiqlaliens propose depuis dimanche 25 novembre aux internautes de découvrir « les six ruptures » qui constituent la « vision de l’Istiqlal pour un nouveau modèle de développement ». Le parti de la balance plaide notamment pour un abandon de l’approche sectorielle « en silos » qui caractérise les grands plans marocains.

Si la formation a organisé son texte en « points de rupture », c’est bien pour répondre aux attentes formulées par Mohammed VI lors d’un discours prononcé à l’ouverture de la session parlementaire d’octobre 2017. « Nous invitons (…) les différentes institutions ou instances concernées, chacun dans son domaine de compétence, à reconsidérer notre modèle de développement pour le mettre en phase avec les évolutions que connaît le pays, (…) en proposant des solutions innovantes et audacieuses ; quitte à s’écarter des méthodes conventionnelles appliquées jusqu’ici », avait ainsi déclaré le roi.


>>> À LIRE – Maroc : la jeunesse au cœur du discours royal


Au moment de la rentrée parlementaire 2018, Mohammed VI est revenu sur le sujet, annonçant la création d’une commission nationale ad-hoc – elle n’a pas encore été nommée – chargée de réunir les propositions des partis politiques et des autres acteurs.

Libre-échange, revenu universel et exemple asiatique

Les autres formations politiques travaillent aussi sur leur « mémo ». À chacun sa méthode. Le Parti du progrès et du socialisme (PPS) a choisi de traiter la question lors de son université annuelle, en octobre dernier. « Nous nous basons sur les conclusions de notre dernier congrès, de l’université annuelle et de divers documents du parti afin de rédiger un mémo qui sera rendu dans les jours à venir », explique Abdeslam Seddiki, membre du bureau politique.

Le PPS veut porter une approche originale et insiste sur « la nécessité de prendre en considération les facteurs non économiques dans le développement ». Parmi les points concrets, la formation de gauche propose « de procéder à une révision des accords de libre-échange dans le sens de protéger davantage nos entreprises ».

Le principe de revenu universel est un horizon concret, qui pourrait être financé d’ici 2021 grâce à la réforme de la caisse de compensation

Du côté du Parti de la justice et du développement (PJD), plusieurs cadres nous expliquent qu’un « colloque » sur la question du modèle de développement devrait bientôt se tenir. La méthode adoptée ressemble peu ou prou à celle du PPS, mais les islamistes semblent moins pressés.

Lahcen Daoudi, ministre délégué chargé des Affaires générales et de la gouvernance, Driss El Azami El Idrissi, président de la commune de Fès, et Driss Skalli Adaoui, président de la Commission de contrôle des finances publiques à la Chambre des représentants, sont parmi ceux appelés à se retrousser les manches pour mettre au point des propositions. Daoudi a une idée qu’il partage volontiers avec ses « frères » : pour lui, le principe de revenu universel est un horizon concret, qui pourrait être financé d’ici 2021 grâce à la réforme de la caisse de compensation.

Baraka, Maazouz, Seddiki et El Malki à la manœuvre

Dans les partis, le dossier « modèle de développement » a souvent été dévolu à des personnes bien précises. Le savoir-faire de certains fait d’ailleurs parfois grincer des dents. À propos de l’Istiqlal, peu de concurrents parviennent à retenir leur pensée : pour eux, le secrétaire général du parti, Nizar Baraka, profite de son autre casquette de président du Conseil économique social et environnemental (CESE), institution consultative qui maîtrise forcément bien la question du développement.

Baraka se défend de tout mélange des genres. Dans le parti, on souligne le travail des « matheux » de l’Istiqlal, au premier rang desquels Abdellatif Maazouz, président de l’Alliance des économistes et ancien ministre du Commerce extérieur. Au PPS, Seddiki était un profil logique, en tant qu’ancien ministre de l’Emploi et des affaires sociales.


>>> À LIRE – Maroc : Nizar Baraka, les habits neufs de l’Istiqlal


À l’Union socialiste des forces populaires (USFP), Tarik El Malki est au centre de la rédaction du mémo. Le fils de Habib El Malki, l’actuel président de la Chambre des représentants, est membre du comité scientifique du Centre marocain de conjoncture (CMC), un observatoire privé indépendant présidé par son père.

Dès janvier 2018, le CMC a commencé à publier des études sur le modèle de développement, puisque le roi n’avait pas limité aux partis son premier appel d’octobre 2017. La copie de l’USFP pourrait ainsi, sans trop de surprises, ressembler à certaines conclusions tirées par le CMC, qui préconisait par exemple de se pencher sur l’exemple de l’Asie du sud-est pour mieux mettre en exergue une idée : « le rôle de l’État a été déterminant (…) dans le processus de rattrapage économique ».

Mémos ou programmes ?

Mais la question qui se pose est celle de l’originalité réelle des mémos à venir. Le Rassemblement national des indépendants (RNI), une des principales pièces de la coalition gouvernementale, se targue d’être la première formation politique à s’être penchée sur le modèle de développement.

La proposition, baptisée « La voie de la confiance », ressemble parfois plutôt à une succession de promesses électorales

En effet, le parti a abordé cette question dès février 2018, à l’occasion de la clôture des ses congrès régionaux. Mais sa proposition, baptisée « La voie de la confiance », ressemble parfois plutôt à une succession de promesses électorales : « Le RNI table sur la création de 2 millions d’emplois à l’horizon 2025 », peut-on par exemple y lire.

« La voie de la confiance » s’apparente en fait à un virage à gauche du parti. C’est bien cela qui risque de se dégager des propositions de plusieurs formations politiques : toutes devraient appeler à répondre aux récents mouvements sociaux et de contestations en renforçant les politiques sociales.

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte