Diplomatie

[Tribune] Maroc-Algérie : casser le mur

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Hassan Naciri est ambassadeur du roi du Maroc au Mali

Le roi Mohammed VI (à d.) et le président Abdelaziz Bouteflika, le 22 mars 2005 lors du 17e sommet de la Ligue arabe à Alger. © Amr Nabil/AP/SIPA

Dans son discours commémorant la Marche verte, mardi 6 novembre 2018, le roi du Maroc engage l’idée d’une normalisation des relations de son pays avec l’Algérie. S'il s’agit d’un mécanisme dont les contours et les contenus doivent être définis ensemble, une telle initiative s’inscrit dans une conviction en un destin commun.

Nos deux pays, qui se sont engagés solidairement pour obtenir leur indépendance, avaient impulsé une marche triomphale pleine d’espoir. Cet élan, dont le premier pas a été initié voilà plus de 60 ans, à la faveur de la conférence sur l’unité maghrébine qui s’est tenue du 27 au 30 avril 1958 à Tanger, se devait de se poursuivre.


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Que s’est-il donc passé depuis pour que leurs frontières soient plus souvent fermées qu’ouvertes, que la méfiance se soit installée, que des conflits larvés se soient invités et, le plus douloureux, que surviennent des déchirements familiaux insupportables ?

Apprécier les signaux positifs

Assurément, la communauté de langue, de religion, de culture et d’histoire n’a pas, hélas, empêché les conflits en raison de divergences d’orientation idéologique et de rivalité, vraie ou supposée, pour le leadership régional. Certains théoriciens, oublieux du rôle clé de l’intégration dans la croissance et le développement, ont souvent fait prévaloir des logiques nationalistes étriquées et un souverainisme gênant.

Même le conflit du Sahara, perçu comme obstacle majeur, a connu, ces derniers temps, une évolution positive avec le retour du Maroc dans l’Union africaine et la consécration du leadership onusien exclusif quant au traitement du dossier, ce qui permet désormais de découpler cette question des relations bilatérales et de la construction maghrébine.

Le temps semble venu de s’asseoir ensemble, au nom du présent à consolider et du futur à léguer aux générations à venir

De ce point de vue, le temps semble venu de transcender les divergences, les malentendus, de s’asseoir ensemble et de se parler entre frères, sans intermédiaire, au nom du présent à consolider et du futur à léguer aux générations à venir. C’est une exigence historique qui se fonde non seulement sur les attentes de nos deux peuples mais aussi de l’Afrique, du monde arabe, de la Méditerranée et au-delà, comme il en a été question récemment à l’occasion de la célébration du centenaire de l’armistice, le 11 novembre 2018 à Paris, où l’accent a été mis sur le multilatéralisme comme gage de tout développement.

S’inspirer du couple franco-allemand

Ces retrouvailles Algérie-Maroc s’inspirent, s’il en était besoin, de la construction européenne, au centre de laquelle la France et l’Allemagne jouent un rôle déterminant. Aujourd’hui, l’exemple pourrait bien venir de l’amorce de ce dialogue franc en train de s’installer entre le Maroc et l’Algérie – en réalité deux pays que tout unit, de la religion à la langue, de la géographie à l’histoire et du regard commun sur le monde.

S’y ajoute un exceptionnel potentiel de complémentarité économique maintes fois rappelé et souligné par les experts maghrébins, européens, ainsi que par les organisations et agences spécialisées. En effet, plusieurs rapports traitant du coût de la non-intégration au Maghreb, en référence aux travaux sur le coût de la non-Europe, indiquent que cet état de fait a causé la perte d’environ un à trois points de croissance annuellement pour chaque pays maghrébin qui en aurait pourtant bien besoin, soit plus que le taux de croissance de tous les pays maghrébins ensemble.


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Cela correspond à environ dix milliards de dollars annuellement et des centaines de milliers de postes d’emplois disparus, selon les mêmes estimations. Dans ce sens, le FMI a préconisé « la levée progressive des serrures géographiques » dans le Maghreb, faisant allusion à la fermeture de la frontière entre l’Algérie et le Maroc et au conflit politique entre les deux pays frères.

Plusieurs secteurs ont été identifiés comme pouvant être de véritables leviers de l’intégration régionale : transports, énergie, industrie agroalimentaire, tourisme, nouvelles technologies, réformes bancaires, coopération en matière de politiques de l’eau, coopération en matière d’encadrement religieux, coordination sécuritaire…

Faire cesser les hostilités

Qu’en sera-t-il si nos pays conjuguaient véritablement leurs efforts et leur talent pour impulser une dynamique aux différents forums dont ils sont membres, comme l’Union économique africaine en gestation, et même ce rôle et cette place dans le monde, plus particulièrement le front commun maghrébin dans les relations de partenariat avec l’Europe et leur réponse concertée dans la résolution des crises (Sahel, Libye) qui les interpellent ?

La cessation des hostilités politico-médiatiques à elle seule suffirait pour dégager des dividendes considérables

C’est cette même dynamique qui les conduira collégialement, en synergie, pour prendre en charge des questions globales (terrorisme, phénomène migratoire, radicalisme religieux, changement climatique ou mécanismes de riposte aux catastrophes). Mais avant d’entreprendre des actions communes, la restauration de la confiance au travers de la cessation des hostilités politico-médiatiques à elle seule suffirait pour dégager des dividendes considérables. Dans cette perspective, l’appel du roi Mohammed VI relève d’une vision souhaitée et partagée, si les blocages tant psychologiques que politiques sont maîtrisés et qu’une véritable volonté politique émerge.

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