Politique

Tunisie : Slim Riahi porte plainte contre Youssef Chahed pour tentative de coup d’État

Le chef du gouvernement tunisien, Youssef Chahed. © Hassene Dridi/AP/SIPA

Slim Riahi, le secrétaire général de Nidaa Tounes, a annoncé avoir porté plainte contre le chef du gouvernement pour tentative de coup d’État. Sans le pointer directement, Youssef Chahed a dénoncé le lendemain « les tentatives de certains d’envenimer la situation politique ».

Énième coup de théâtre sur la scène politique tunisienne. Le secrétaire général de Nidaa Tounes, Slim Riahi, a annoncé le 23 novembre avoir porté plainte auprès du tribunal militaire de Tunis contre le chef du gouvernement, Youssef Chahed. D’autres personnalités sont également visées par sa plainte : Selim Azzabi, ancien directeur du cabinet de la présidence, Mofdi Mseddi, chargé de communication du patron de l’exécutif, Lazhar Akremi, avocat et ancien dirigeant de Nidaa Tounes, ainsi que le directeur de la sécurité présidentielle.

Slim Riahi impute à ce groupe de dirigeants d’avoir fomenté un coup d’État. Une accusation grave qu’il a étayée par son propre témoignage. Avant de s’allier avec Nidaa Tounes, Slim Riahi, le fondateur de l’Union patriotique libre (UPL), avait rejoint le groupe parlementaire de la Coalition nationale, créé durant l’été 2018 par des transfuges de différents partis pour soutenir les ambitions politiques de Youssef Chahed.

À la faveur de différentes discussions en interne, il affirme avoir été informé de la préparation d’un coup d’État qu’il dénonce dans sa plainte et dont il a donné les détails dans un entretien accordé à France 24, dans la soirée du 23 novembre.

Remplacer Essebsi par Ghannouchi ?

D’après les propos de Slim Riahi, l’opération était prévue en trois temps. D’abord, le groupe devait s’assurer d’une mainmise totale sur le parti de Nidaa Tounes, pour ensuite établir une alliance parlementaire avec Ennahdha. Le but, précise Riahi, était de destituer en mars 2019, à quelques semaines de la campagne électorale, le président de la République, Béji Caïd Essebsi, afin d’y installer à la place Rached Ghannouchi, le président d’Ennahdha.

Dans cette manœuvre, toujours selon Riahi, les autres partis – qui n’ont guère de poids -, auraient été tenus à distance en usant de pressions et de menaces de dévoiler certains dossiers.

Ce plan « A » était doublé d’un plan « B » plus radical qui prévoyait, si nécessaire, le recours aux armes, a indiqué le secrétaire général de Nidaa Tounes. « Quand j’ai découvert le projet de ce groupe, j’ai décidé de m’éloigner et de les dénoncer, car je suis pour la poursuite du processus démocratique et contre la prise du pouvoir par la force », a précisé Slim Riahi qui, outre son témoignage, dit détenir des preuves qu’il compte présenter au juge d’instruction qui l’entendra.

Chahed dénonce « les tentatives de certains »

Aucune des personnes citées par sa plainte ne lui a pour le moment officiellement répondu. Sans apporter un démenti clair, Youssef Chahed a néanmoins réaffirmé le samedi 24 novembre, durant la plénière portant sur la loi de Finances 2019, son attachement au respect de la Constitution, et ce malgré « les tentatives de certains d’envenimer la situation politique ».

Le chef du gouvernement a également déclaré que « ceux qui voient dans le retour à la légitimité et à la Constitution un putsch n’auront aucun impact ».

Ouverture d’une enquête judiciaire

L’affaire devrait ainsi suivre son cours en justice, avec l’ouverture d’une enquête judiciaire. « Une enquête parlementaire et judiciaire doivent être immédiatement diligentées », a notamment déclaré le journaliste politique Elyes Gharbi.


>>> À LIRE – Tunisie : la guerre froide entre Béji Caïd Essebsi et Youssef Chahed


Ce nouvel épisode confirme la gravité de la crise politique en Tunisie et témoigne du point de rupture au sommet de l’État entre l’exécutif, Nidaa Tounes et le président de la République.

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