Politique

Angola : le ton monte entre Lourenço et dos Santos

Le président angolais João Lourenço à Abidjan pour le sommet Union européenne - Afrique, le 29 novembre 2017. © Geert Vanden Wijngaert/AP/SIPA

L'ancien chef de l'État a répondu à son successeur qui l'a accusé, dans une interview, d'avoir laissé le pays avec des caisses vides. L'actuel président João Lourenço s'est de nouveau exprimé depuis le Portugal, où il a qualifié l'ancien clan dos Santos de « nid de guêpes ».

Pour la première fois depuis son retrait, en août 2017, l’ancien président angolais José Eduardo dos Santos s’est exprimé en conférence de presse. Le 21 novembre, il a pris la parole au siège de sa fondation éponyme à Luanda. Objectif : répondre à son successeur, João Lourenço, dont une longue interview venait d’être publiée dans le journal angolais Expresso.

Dans cet entretien, le chef de l’État explique qu’à son arrivée, « les caisses de l’État étaient vides, et il y avait encore des tentatives pour les vider davantage ». Et d’ajouter : « Ceux qui ont trahi la patrie sont connus, la nation les connaît, sait qui ils sont et ce qu’ils ont fait. »

La crise économique au centre

Clairement affaibli, le visage émacié, dos Santos s’est défendu, d’une voix hésitante et tremblotante : « Dans le budget général de l’État en 2017, le total des dépenses était égal à la prévision du total des recettes et le déficit était d’environ 16 %. (…) La totalité de l’argent était dans les comptes du Trésor national [et] des réserves internationales liquides de 15 milliards de dollars à la Banque nationale d’Angola ».

Il a par ailleurs accusé le nouvel exécutif de ne pas avoir « suivi les recommandations de budget 2018 ». Il a également précisé que sous sa présidence, « nous n’avons pas dévalorisé la monnaie [ce à quoi Lourenço a finalement dû se résigner à faire, ndlr], nous avons payé avec régularité les salaires des fonctionnaires, avec leur 13e mois ». Après un an à la tête du pays, João Lourenço est en effet malmené par l’opinion qui piaffe de voir son quotidien s’améliorer, alors qu’une violente crise économique secoue le pays depuis 2014.


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« Nous devons détruire ce nid de guêpes »

Surtout, la lutte qu’il mène actuellement contre la corruption ébranle tout le clan de l’ancien président, y compris les enfants de ce dernier : José Filomeno est en détention ; Isabel, milliardaire, est sous le coup de plusieurs enquêtes.


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Un décret a par ailleurs donné jusqu’au 31 décembre la possibilité de rapatrier les fonds illégalement placés à l’étranger sans subir de sanctions. Selon nos informations, près de 80 personnes seraient particulièrement visées, et la somme globale pourrait atteindre plusieurs dizaines de milliards de dollars. Dans son interview, le chef de l’État a cependant indiqué qu’à sa connaissance, aucun fonds n’était encore revenu.

Nous n’avons donc pas peur de jouer avec le feu que nous le garderons toujours sous contrôle

En visite officielle au Portugal (la première depuis son élection), le 22 novembre, João Lourenço a de nouveau répondu à son prédécesseur, lors d’un point presse : « Lorsque nous avons décidé de lutter contre la corruption en Angola, nous savions que nous évoluions dans un nid de charançons et que nous pouvions être piqués, et nous avons déjà commencé à sentir les piqûres. Mais cela ne nous tuera pas, ce n’est pas pour cela que nous allons nous retirer. Nous devons détruire ce nid de guêpes. Combien sont-ils dans ce nid ? Pas beaucoup… Alors que nous sommes des millions. Nous n’avons donc pas peur de jouer avec le feu que nous le garderons toujours sous contrôle. »

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