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Abdoullah Coulibaly

Ce Malien de 53 ans est le fondateur de l’Institut des hautes études en management de Bamako, où, chaque année, des experts viennent débattre du développement du continent.

« Vous souhaitez écrire un article sur moi ? Quelle idée ! » s’étonne Abdoullah Coulibaly. Pas de fausse modestie dans ces propos : il a toujours fui les feux de la rampe et s’intéresse moins à lui-même qu’à ce qui l’entoure. Homme de contact, cultivé et loyal en affaires comme en amitié, aux dires de son entourage, il a été pressenti à plusieurs reprises pour des postes de responsabilité politique. Chaque fois, il a décliné les propositions, trop conscient des contraintes et chausse-trapes de l’exercice du pouvoir. Il tient à rester un électron libre parmi les figures d’un Mali novateur.
En mars 2000, il fonde l’Institut des hautes études en management (IHEM), établissement privé d’enseignement supérieur, premier et seul du genre à dispenser des formations en partenariat avec des universités étrangères. Dans un pays où les diplômés chômeurs se comptent par dizaines de milliers, le pari est risqué. « Si les sociétés africaines sont mal en point, c’est qu’elles ont perdu la culture de l’effort et de la rigueur, insiste Coulibaly. Il faut renforcer l’alphabétisation et l’enseignement scolaire, mais aussi l’éducation civique. La finalité n’est pas d’obtenir un diplôme, mais de s’appuyer sur les compétences acquises pour transformer positivement son environnement. Cela suppose d’être prêt à identifier les problèmes et les dysfonctionnements. Souvent, les Africains refusent, par orgueil, cette remise en question. »
Ces propos s’appuient sur une solide expérience. Longtemps, Abdoullah Coulibaly a été consultant international en gestion des entreprises, spécialisé dans l’analyse des processus de restructuration et de changement de comportement. Cet ingénieur de formation a roulé sa bosse aux quatre coins de la planète. Après des études en France, il travaille d’abord au Mali en 1981 comme chef d’atelier à l’usine textile Itema, puis part au Rwanda pour exercer les fonctions de responsable du programme des volontaires des Nations unies. En 1992, il reprend le chemin de l’école, décroche un MBA en management et administration des affaires à Genève et se retrouve dans un cabinet de conseil parisien. Lorsque son épouse est mutée à New York pour les Nations unies, il la suit et crée sa propre société, International Business Network (IBN). Mais l’envie de s’impliquer davantage au Mali le travaille. Il élabore le projet de création d’un institut, obtient le soutien de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et risque toutes ses économies dans l’aventure. L’IHEM voit le jour. Aujourd’hui, l’école compte une centaine d’étudiants, dont plusieurs hommes d’affaires en formation continue, et dispense trois cursus haut de gamme. L’Executive MBA, lancé en janvier 2001, est dispensé par l’UQAM. C’est la seule formation internationale de ce niveau délocalisée au Mali. En 2003, une deuxième filière est créée en partenariat avec l’université d’Évry-Val-d’Essonne, en France. Elle sanctionne le diplôme universitaire de technologie (DUT) en gestion des entreprises et des administrations. Enfin, en novembre 2004, un DESS audit et contrôle est monté avec la collaboration de l’Association des contrôleurs inspecteurs et auditeurs du Mali et l’appui de la coopération suisse.
Autant de « métissages de compétences » qui sont la marque de fabrique de l’IHEM. Et autour desquels a été lancé, en 2001, le Forum de Bamako, un événement annuel organisé par l’école dont l’objectif est de permettre à des intellectuels africains et des experts étrangers d’échanger leurs expériences et leurs points de vue sur les enjeux du développement de l’Afrique. La cinquième édition, les 17 et 18 février 2005, a porté sur le thème de la relation entre la culture et le développement. Le succès a été tel qu’Abdoullah Coulibaly étudie désormais la création d’une fondation qui prendrait en charge l’organisation du Forum et, surtout, la mise en oeuvre de ses recommandations.

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