Transport aérien

Liaisons commerciales intérieures en Centrafrique : 3 questions à David Lamoureux, patron de Via Air

Un soldat de la Minusca surveille l’aéroport international de Bangui M’Poko avant l’arrivée du pape François en Centrafrique, le 29 novembre 2015. © Andrew Medichini/AP/SIPA

La compagnie aérienne privée centrafricaine Via Air, jusque-là spécialisée dans les vols cargos, a ouvert, le 15 novembre, ses premières lignes commerciales internes à destination des particuliers, un service qui n'existait plus depuis la résurgence des violences, en 2013.

Depuis le 15 novembre, la compagnie aérienne centrafricaine Via Air teste des lignes commerciales reliant Bangui, la capitale, aux aéroports de  Berberati-Bouar (Ouest) et Bambari (Centre). Durant cette période de test, qui doit courir jusqu’au 1er janvier 2019, 6 vols commerciaux seront assurés, trois vers chacun des deux aéroports.

Les passagers peuvent acheter des billets individuels pour ces trajets, alors que depuis 2013 n’étaient assurés que par des charters entièrement affrétés pour les besoins des entreprises, organisations internationales ou ONG. Rencontre avec David Lamoureux, directeur général de cette compagnie créée en 1996 et spécialisée dans le fret aérien et le transport de passagers.

Quelles clientèles visez-vous avec cette offre ?

David Lamoureux : Vers l’Ouest où il y a de l’activité économique, la demande émane surtout des opérateurs privés : la banque centrale, les banques, les opérateurs télécom, les société forestières ou minières. On est dans une zone verte (du processus de Kimberley qui veut lutter contre les diamants de conflit, ndlr). Vers Bambari, la demande sera surtout humanitaire, et viendra aussi des opérateurs qui font du commerce de gros, les produits électroniques, tout ce qu’on ne trouve pas en province mais pour lequel il existe un marché.

Nos lignes pourront aussi permettre à l’État d’envoyer plus facilement des fonctionnaires dans des zones difficiles d’accès.

Le prix du carburant en Centrafrique l’un des plus élevés d’Afrique.

À quelles difficultés êtes-vous confronté ?

La première difficulté, c’est le coût. La Centrafrique est un pays avec un pouvoir d’achat des particuliers qui n’est pas important. De plus, les frais d’exploitation sont énormes. Le prix du carburant, par exemple, peut atteindre 1,7 dollar le litre de jet A1, ce qui en fait l’un des plus chers d’Afrique. Cela a malheureusement une répercussion sur le prix du billet. Ce dernier est pour l’instant fixé aux alentours de 100 000 francs CFA (152 euros), et nous espérons pouvoir le baisser à 80 000 F CFA si la demande est au rendez-vous et que nous arrivons à capter les humanitaires, notamment les familles des employés locaux des ONG.

L’autre difficulté, c’est que ceux qui ont un pouvoir d’achat important, c’est-à-dire les humanitaires, ont aujourd’hui un mécanisme qui leur est propre, l’UNHAS (United Nation Humanitarian Air Service). Cette solution aérienne est subventionnée : pour 150 dollars, on peut rejoindre de nombreuses destinations en Centrafrique, peu importe la distance. Il est vrai que quand l’UNHAS est arrivé, il fallait offrir une solution pour le transport d’humanitaires et de biens humanitaires dans un pays en crise où il n’existait pas d’opérateur privé de qualité. Mais nous essayons de créer une alternative.

S’installer dans un pays en crise, où les flambées de violence dans les villes sont régulières et en proie au trafic de diamants de conflit, n’est-ce pas risqué ?

Les aérodromes en province sont souvent situés à 5 ou 10 km des villes, comme à Bangassou ou à Bria, alors que les flambés de violences ont plutôt lieu en centre ville. Pour les trafics, nous sommes conscients des risques et faisons un travail en amont à Bangui avec des agents de sécurité qui fouillent systématiquement les bagages et redirigent les passagers et les bagages suspects vers les services appropriés.

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