Politique

Tunisie : indignation après les propos de Ghannouchi sur des ministres « corrompus »

Rached Ghannouchi, leader de la formation islamiste Ennahdha, lors d'un meeting à Tunis en février 2013. © Amine Landouls/AP/SIPA

Samedi 17 novembre, lors d'une réunion de son parti à l'Assemblée, le président d'Ennahdha a qualifié certains ministres limogés lors du dernier remaniement de « corrompus et incompétents ». Trois d'entre eux ont d'ores et déjà annoncé leur intention de porter plainte.

Dure matinée pour le chef du parti islamiste Ennahdha, Rached Ghannouchi. Trois ministres limogés lors du dernier remaniement, Ghazi Jeribi (Justice), Majdouline Cherni (Sports) et Mabrouk Korchid (domaines de l’État et des affaires foncières) ont annoncé qu’ils allaient porter plainte contre lui pour « injures » et « diffamation ». En cause : son discours annuel prononcé samedi 17 novembre lors de l’assemblée générale du bloc du parti à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP).


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En effet, le dirigeant de la formation de la colombe n’y est pas allé de main morte. À propos du remaniement gouvernemental, il a estimé que le « parti n’a pas cherché à ce que sa représentativité au sein du gouvernement reflète son nouveau poids politique ». Au contraire, il a déclaré qu’ « il s’est contenté de renforcer sa présence au sein de l’exécutif ainsi que d’imposer son veto à la reconduction de certains ministres corrompus et incompétents ».

Plaintes en série

Des propos qui n’ont pas tardé à faire réagir les anciens du gouvernement. Dans une déclaration lundi matin à la radio Shems FM, Ghazi Jeribi a même affirmé avoir donné à Ennahdha un délai pour se rétracter. Le parti n’ayant pas répondu, l’ex-ministre a chargé son avocat de porter plainte contre son président. Selon lui, Rached Ghannouchi doit dévoiler la liste des « ministres corrompus » et fournir des preuves pour appuyer ses allégations.


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Quelques heures plus tard, interviewée sur les ondes de Mosaïque FM, l’ancienne titulaire du portefeuille des Sports, Majdouline Cherfi, a dit avoir porté plainte contre Rached Ghannouchi. Elle a notamment ajouté que le chef du gouvernement, Youssef Chahed, n’a accusé aucun membre de son équipe de corruption au moment du remaniement, qu’il « a effectué pour des raisons politiques ». Même son de cloche chez Mabrouk Korchid, également interviewé par la radio.

Le gouvernement et Ennahdha jouent l’apaisement

Cité par le journal Akher Kahbar Online daté du lundi 19 novembre, le porte-parole du gouvernement, Iyed Dahmani, a affirmé que le récent remplacement de certains membres du gouvernement n’a aucun lien avec des soupçons de corruption. Il a également affirmé que Youssef Chahed n’a subi aucune pression d’une quelconque nature.

« Le gouvernement ne tolérera aucune atteinte portée aux membres sortants du gouvernement, car celle-ci pourrait perturber le début de la nouvelle phase de l’action gouvernementale », a-t-il avancé. Une manière de réponse à ceux qui dénoncent un gouvernement aux ordres d’Ennahdha. Sur les 18 nouvelles nominations – sur un total de 29 ministres et 5 secrétaires d’État –,  les islamistes ont obtenu neuf portefeuilles, dont celui de la Justice.

Ennahdha affirme que Ghannouchi n’a accusé personne de corruption, mais parlait uniquement du barème choisi pour évaluer les candidatures

Dans un communiqué publié lundi, le parti islamiste a lancé un message d’apaisement. Ennahdha affirme que Rached Ghannouchi n’a accusé personne de « corruption », mais parlait uniquement « du barème choisi pour évaluer les candidatures en collaboration avec le chef du gouvernement, qui a ensuite choisi seul son équipe dont il sera l’unique responsable ».

La formation assure se « désoler des interprétations hâtives des propos du chef du parti », qui n’a « aucunement voulu offenser, que ce soit de manière directe ou indirecte, les ex-membres du gouvernement ».

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