Société

Changement d’heure au Maroc : le gouvernement face aux manifestations

Le Premier ministre marocain, Saâdeddine El Othmani. © Abdeljalil Bounhar/AP/SIPA

Le maintien au dernier moment de l'horaire d'été, au cours d'un Conseil de gouvernement exceptionnel tenu fin octobre, suscite la colère des écoliers. L'exécutif, qui a du mal à remettre les pendules à l'heure, crie à l'instrumentalisation des élèves.

Une mère de famille qui risque le licenciement parce qu’elle doit désormais déposer son enfant à 9h à l’école, alors qu’elle doit pointer au bureau à 8h30 ; un lycéen qui se plaint des agressions dans son quartier, qu’il quitte dans le noir pour aller en cours… Sur les réseaux sociaux ou dans des émissions radios, les histoires racontant le chamboulement du quotidien des Marocains n’en finissent pas. Le pays, dans son ensemble, semble « jetlagué » – de l’anglais « jetlag », décalage horaire – depuis que le gouvernement a décidé de supprimer le retour à l’heure d’hiver. Flash-back.


>>> À LIRE – Maroc : le gouvernement acte la fin du changement d’heure


Vendredi 26 octobre, Saadeddine El Othmani réunit un Conseil de gouvernement exceptionnel pour promulguer un décret relatif à l’heure légale qui devait rebasculer, deux jours plus tard, de GMT+1 à GMT [acronyme anglophone de Heure moyenne de Greenwich, soit l’heure mondiale de référence]. « Si ce décret n’a pas été à l’ordre du jour du Conseil de gouvernement hebdomadaire, tenu la veille, c’est que la décision a été prise hâtivement, sans aucune préparation préalable », assure un ancien ministre.

« Répercussions négatives »

L’exécutif légitime pourtant sa décision par des raisons de « stabilité », évoquant une étude approfondie démontrant les « répercussions négatives d’un changement d’heure ». Un document qui n’a été rendu public que deux semaines après la décision, et reste peu convaincant pour les Marocains. La synthèse du rapport, établi par le cabinet PricewaterhouseCoopers (PwC), se contente d’énumérer les avantages et inconvénients de chacun des horaires d’été et d’hiver, sans préciser pour autant lequel serait le mieux adapté au contexte du pays.

Cette décision brutale se traduit par l’improvisation des mesures d’accompagnement mises en œuvre. Pour les horaires des écoles, en particulier, le ministre de l’Éducation nationale s’est retrouvé à négocier avec les parents d’élèves, alors que l’année scolaire est lancée. Une négociation qui n’a finalement mené à rien, puisque son département a fini par déléguer aux académies régionales le choix des horaires. Une approche participative qui s’est révélée inefficace, la grogne aux portes des établissements scolaires ne faisant que s’amplifier.

Ces manifestations ne sont pas spontanées, mais attisées par des personnes étrangères aux établissements scolaires

Depuis deux semaines, plusieurs écoles publiques dans différentes villes du Maroc ont connu des sit-in qui ont parfois tourné aux actes de vandalisme. Des drapeaux du royaume ont même été brûlés. Selon les autorités, ces manifestations ne sont pas spontanées, mais attisées par des « personnes étrangères aux établissements scolaires ».

Plusieurs responsables politiques crient à l’instrumentalisation des écoliers. À Tanger, des individus ont même été interpellés pour leur implication présumée dans l’incitation des élèves à poursuivre les manifestations. À croire que ce changement d’heure vient cristalliser tout le décalage entre actions gouvernementales et attentes des citoyens…

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