Politique

Putsch au Burkina : le procureur cite des SMS d’officiers ivoiriens adressés au colonel-major Kiéré

Des militaires burkinabè près de l'entrée de l'hôtel Libya, où des discussions sur le coup d'État ont eu lieu dimanche 20 septembre 2015 à Ouagadougou, au Burkina Faso. © Theo Renaut/AP/SIPA

L’audition de Boureima Kiéré, ex-chef d’état-major particulier de la présidence lors du coup d’État manqué de 2015, qui a débuté lundi et se poursuivait mardi et mercredi devant le tribunal militaire de Ouagadougou, fait de nouveau planer le doute sur un éventuel soutien de militaires ivoiriens.

Si c’est lui qui a signé la déclaration du Conseil national de la démocratie (CND), lue à la télévision nationale le 17 septembre 2015 pour annoncer la dissolution du gouvernement et la « démission » du président, le colonel-major Boureima Kiéré décline toute responsabilité quant à son implication dans le coup d’État.

Depuis lundi 12 novembre, l’ancien chef d’état-major particulier de la présidence livre sa version des faits devant le tribunal militaire de Ouagadougou, dans le cadre du procès du putsch manqué. « J’étais contre le coup d’État, mais compte tenu de certains risques de sécurité, je n’ai pas pu m’opposer ouvertement », a-t-il confié mardi.


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Le militaire assure être resté pour faire de la médiation et que sa « seule motivation, c’était la survie du RSP ». Le colonel-major affirme avoir mené des pourparlers pour libérer les autorités de la Transition et participé à la réunion de sortie de crise. Il a rejeté les trois chefs d’accusations qui pèsent contre lui : « attentat à la sûreté de l’État, meurtres de 13 personnes, coups et blessures volontaires sur 42 personnes ».

Jeune Afrique

La Côte d’Ivoire de nouveau accusée

À la barre mardi 13 novembre, Boureima Kiéré a reconnu avoir envoyé une mission au Togo puis en Côte d’Ivoire, pour chercher du matériel de maintien de l’ordre. Il a déclaré avoir missionné le capitaine Gaston Ouédraogo, le 18 septembre à la frontière avec la Côte d’Ivoire, afin de récupérer à bord d’un hélicoptère du matériel ainsi qu’une valise d’argent. Il aurait ensuite remis la valise à Léonce Koné, un cadre du CDP, parti de Blaise Compaoré, qui a lui-même comparu quelques semaines plus tôt.

Lors de cette audience, face à l’accusation qui assurait que le général Diendéré aurait lui-même reçu ces subsides [50 millions de francs CFA, soit un peu plus de 76 000 euros] de la part du général Vagondo Diomandé, le chef d’état-major particulier du président ivoirien Alassane Ouattara, Léonce Koné avait insisté sur le fait que la somme reçue a été « collectée auprès d’amis en Côte d’Ivoire et dans la sous-région ». « Les 50 millions mobilisés n’ont rien à voir avec le coup d’État », avait-il alors martelé.

Tenez au moins trois jours. Utilisez les réseaux sociaux pour faire croire que 500 militaires viennent de se rallier au RSP

Mais à la faveur de l’audition de l’ancien chef d’état-major de la présidence, de nouveaux éléments montrant des accointances avec la Côte d’Ivoire ont été mis à jour. Le parquet a lu des SMS échangés entre le colonel-major et des militaires ivoiriens. Des messages d’encouragement comme : « Tenez au moins trois jours. Utilisez les réseaux sociaux, Facebook et Twitter, pour faire croire que 500 militaires viennent de se rallier au RSP », ou encore : « à la tombée de la nuit, coupez l’électricité et la communication », dont les auteurs seraient des officiers ivoiriens gradés. Le procureur a cependant tu les noms de certains destinataires pour, selon lui, « préserver les relations entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso ».


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Cet épisode fait de nouveau planer le spectre d’un soutien du coup d’État par des personnalités politiques et militaires ivoiriennes. Le juge Seydou Ouédraogo a, pour sa part, estimé que « le siège ne doit pas interférer dans la façon dont le procureur présente ses éléments. Il est loisible pour lui de les présenter comme bon lui semble. Nous ne pouvons pas enjoindre le procureur de donner l’identité des émetteurs et des destinataires des messages téléphoniques ». La suite de l’interrogatoire du colonel-major devrait peut-être permettre de livrer davantage d’informations sur ses interlocuteurs ivoiriens.

Où sont passés les millions de Diendéré ?

L’audition de Boureima Kiéré a également remis au centre des discussions les 160 millions de Gilbert Diendéré. Le 26 septembre, le général « m’a remis 160 millions pour aider les soldats à faire face aux multiples difficultés liées à la situation », a déclaré Boureima Kiéré. À ce moment-là, le coup d’État était déjà avorté, les autorités de la Transition étaient remises en selle, et se posait déjà la question du désarmement et de la dissolution du RSP. Néanmoins, seule une partie de la somme était parvenue aux mains du capitaine Gaston Ouédraogo, ancien argentier de l’état-major de la présidence.

À la barre, le colonel-major a expliqué que Diendéré ne lui avait pas précisé la destination de l’argent. Il dit avoir ensuite remis 75 millions de F CFA à la trésorerie, et gardé par devers lui les 85 autres millions. Mais deux jours plus tard, il affirme avoir reçu un coup de fil du patron de l’éphémère CND, réclamant la restitution de l’intégralité de la somme. Boureima Kiéré a alors remis les 85 millions qu’il avait gardés, en attendant le régisseur du corps pour récupérer le reste. Chose qu’il n’eut pas le temps de le faire, puisque le capitaine Gaston Ouédraogo a été appréhendé en possession des millions et de toutes ses pièces comptables. La comparution du général Gilbert Diendéré, permettra peut-être de faire la lumière sur ces sommes.

Des caporaux, alimentés par Zida, avaient des niveaux de vie élevés et roulaient dans des véhicules à 15 millions

Depuis le début du procès, plusieurs accusés ont pointé du doigt des dissensions au sein du RSP. Pour le colonel-major Boureima Kiéré, il y avait deux clans au sein du RSP : celui de Gilbert Diendéré et celui de Yacouba Isaac Zida.

« Ils existaient et se sont exacerbés pendant la Transition. Quand le Premier ministre Yacouba Isaac Zida est arrivé au pouvoir, les choses se sont exacerbées. Il mettait beaucoup de moyens pour recruter. Les moyens ont beaucoup joué. Des caporaux avaient des niveaux de vie élevés et il a été démontré que c’est le Premier ministre qui les alimentait. Ils roulaient dans des véhicules à 15 millions de F CFA », a-t-il détaillé.

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