Justice

Procès Gbagbo : la défense remet en cause des preuves « de très mauvaise qualité »

L'ancien président ivoirien, Laurent Gbagbo, à la Cour pénale internationale en février 2013. © Michael Kooren/AP/SIPA

Au deuxième jour de la reprise du procès devant la Cour pénale internationale de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé, poursuivis pour crimes contre l'humanité pour des faits datant de la crise postélectorale, la défense a remis en cause l'authenticité des preuves présentées par le procureur.

Au deuxième jour de la contre-attaque de la défense de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé, le mardi 13 novembre, celle-ci a tenté de déconstruire la thèse du massacre des femmes d’Abobo (commune d’Abidjan, favorable à Alassane Ouattara) par les forces loyales à l’ex-chef d’État en mars 2011, au cœur du dossier du procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Fatou Bensouda.


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Des preuves qui « ne font qu’ajouter aux doutes »

« Les éléments de preuve présentés par le procureur, au soutien de ses allégations, sont de très mauvaise qualité et ne font qu’ajouter aux doutes, a plaidé Me Jennifer Naouri, membre de l’équipe d’avocats de Laurent Gbagbo, conduite par le Français Me Emmanuel Altit. Dans sa présentation orale, le procureur nous dit : ‘Nous avons des vidéos explicites de cet événement qui proviennent du récit de témoins oculaires, suivant lesquels les FDS [ex-Forces de défense et de sécurité, loyales à Laurent Gbagbo, ndlr] ont bien tiré contre une foule qui n’était pas armée’ », a-t-elle poursuivi.

Début mars 2011, en pleine crise postélectorale, des femmes participant à une marche pacifique visant à réclamer la victoire dans les urnes d’Alassane Ouattara avait été violemment dispersée à Abobo par des forces présumées loyales à Laurent Gbagbo, alors chef d’État. Le bilan de sept femmes tuées, ainsi que les circonstances de leur mort, ont toujours fait l’objet de polémique en Côte d’Ivoire. Ce massacre présumé fait partie des événements majeurs présentés par l’accusation, dans le cadre des quatre chefs d’accusation de crimes contre l’humanité, qui visent Laurent Gbagbo et son bras droit Charles Blé Goudé, alors ministre de la Jeunesse.

La responsabilité des rebelles pointée par la défense

Pour Me Jennifer Naouri, le substitut du procureur Eric Mc Donald, qui avait porté la charge contre les accusés lors des dernières audiences début octobre, a tenté « de donner l’impression qu’il dispose de nombreux éléments de qualité mais ces éléments ne résistent pas à l’analyse. ‘Des vidéos explicites…’ Prenons un exemple de ‘vidéos explicites’. Rien dans les vidéos soumises au dossier n’est explicite. Les vidéos remises par le bureau des affaires juridiques des Nations unies sont toutes des montages qui ne permettent pas de comprendre du tout ce qui s’est passé. Rien d’explicite. Il s’agit d’assemblage de différentes images parfois entrecoupées de fond noir ou de légendes écrites ».

La défense de Laurent Gbagbo soutient depuis le début du procès la thèse du complot contre l’ancien président ivoirien dans l’affaire du massacre des femmes d’Abobo. Elle tente plutôt de pointer la responsabilité des ex-rebelles, précisément la branche dite du Commando invisible d’Abobo, conduite par le défunt « commandant » Ibrahim Coulibaly, dit IB,

« Le témoin 414, officier des droits de l’homme de l’Onuci [Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire, ndlr], confirme que ce sont les rebelles qui faisaient la loi à Abobo, en mars 2011. Et qu’ils étaient lourdement armés de mitrailleurs, de fusils, de kalachnikovs, de lance-roquettes », a indiqué l’avocate.

Les audiences doivent se poursuivre le mercredi 14 novembre.

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