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Elections

Présidentielle à Madagascar : le jeu dangereux des favoris

Les bulletins de vote sont comptés à la fin d'une journée de vote à Antananarivo, Madagascar, mercredi 7 novembre 2018.

Les bulletins de vote sont comptés à la fin d'une journée de vote à Antananarivo, Madagascar, mercredi 7 novembre 2018. © Kabir Dhanji/AP/SIPA

Fraudes, corruption, intimidations… les trois anciens présidents, qui attendent toujours les résultats officiels du premier tour de la présidentielle du 7 novembre, rivalisent d’arguments pour discréditer le scrutin.

Près d’une semaine après le premier tour du scrutin présidentiel du 7 novembre, Madagascar attend toujours de connaître les deux candidats qui s’affronteront lors du second round le 19 décembre. Alors que 56 % des bulletins ont été dépouillés à l’échelle nationale au matin du 13 novembre et que l’ensemble des votes comptabilisés sur Antananarivo et sa région sont déjà entre les mains des sages de la Haute Cour constitutionnelles (HCC), les deux anciens présidents, Andry Rajoelina et Marc Ravalomanana font la course en tête.

Avec respectivement 39,06 % et 36,53 %, ils distancent même largement les 34 autres concurrents, emmenés par le dernier chef de l’État du pays, Hery Rajaonarimampianina qui flirte difficilement avec la barre des 8 %. Beaucoup de choses peuvent encore arriver d’ici au 20 novembre, date officielle de l’annonce des résultats, mais il semble aujourd’hui assez probable que les deux ex se retrouveront bien face-à-face mi-décembre, pour enfin régler un différend qui, depuis 2009, a plongé le pays dans la crise.


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Tentatives de déstabilisation

Pourtant cette simple perspective ne suffit pas à satisfaire les deux hommes, qui ont mis en œuvre beaucoup de moyens humains et financiers pour gagner des élections qu’ils souhaitent rapides.

L’un comme l’autre rêvent tout haut depuis des mois d’un scrutin qui se transformerait en plébiscite pour les porter au pouvoir dès le premier tour. Au point que ces ego boursouflés ont dû plusieurs fois être rappelés à l’ordre par les institutions malgaches et la communauté internationale, durant la campagne.

À mesure que s’évanouit une telle éventualité, ils semblent avoir décidé de jeter le discrédit sur l’ensemble du processus, et plus encore sur la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), chargée de son organisation. Des vidéos circulent sur les réseaux sociaux montrant des échanges d’argent avec des agents supposés de la Commission. Son président, Yves Herinirina Rakotomanana a été personnellement accusé d’avoir touché une enveloppe de la part du camp Rajoelina.

« Qu’ils montrent les preuves », s’agace ce dernier, en s’adressant, sans le nommer, à Marc Ravalomanana et à ses supporters. Le patron du Tiako i Madagasikara (TIM) avait, dès le 9 novembre, convoqué la presse internationale dans ses locaux de campagne, pour mettre en garde le pays et le monde entier contre toute tentative de « hold-up électoral ».

Les délais seront tenus », insiste la Ceni

« Ils sont déjà en campagne pour le second tour »

Il fustige également régulièrement la Ceni pour la lenteur des opérations de dépouillement, alors que ses troupes auraient déjà, de leur côté, pratiquement fini d’éplucher les procès-verbaux des près de 25 000 bureaux de vote. « C’est certainement le point noir de ce scrutin, mais les choses vont beaucoup plus vite ces derniers jours », constate Jean-Eric Rakotoarisoa, le président de la HCC, qui regrette le retard pris au début sur Antananarivo et qui a contribué « à jeter la suspicion sur la validité du scrutin ». « Les délais seront tenus », insiste son homologue de la Ceni, qui s’insurge contre ces tentatives répétées de déstabilisation, parfois grossières.

Une élection crédible ne peut pas s’appuyer uniquement sur des photos de procès-verbaux envoyés par smartphones aux différents QG de campagne par leurs sympathisants

« Marc Ravalomanana annonce qu’il applique une procédure accréditée par le PNUD… qui vient de le démentir. Les nôtres sont mises en place depuis deux ans, avec l’accord de tout le monde », reprend Yves Herinirina Rakotomanana, pour qui, « une élection crédible ne peut pas s’appuyer uniquement sur des photos de procès-verbaux envoyés par smartphones aux différents QG de campagne par leurs sympathisants ».


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Fraudes, corruption, intimidations, les trois anciens présidents rivalisent d’arguments pour dire tout le mal qu’ils pensent de l’organisation de ce scrutin qui va pourtant mener l’un d’entre eux au palais d’Iavoloha. « Ils sont déjà en campagne pour le second tour », tente d’expliquer Jean-Eric Rakotoarisoa, conscient que des anomalies ont été constatées.

« Elles ont été consignées et elles seront traitées par la HCC comme le demande la loi électorale », rappelle son président. Comme son homologue de la Ceni, il regrette néanmoins, « le manque de responsabilité de notre personnel politique qui, en jouant au pyromane, met le pays en danger ».

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