Politique

Gabon : qui est à la manœuvre depuis l’hospitalisation d’Ali Bongo Ondimba ?

Le président gabonnais Ali Bongo Ondimba au sommet Union africaine-Union européenne le 29 novembre 2017 à Abidjan, en Côte d'Ivoire. © Diomande Ble Blonde/AP/SIPA

Alors que le président gabonais Ali Bongo Ondimba est toujours hospitalisé en Arabie saoudite, les rumeurs sur son état de santé ont fait naître un début de crise politique, que l’opposition espère attiser. Voici ce qu’il faut savoir sur les acteurs principaux d’une séquence exceptionnelle qui dure depuis le 24 octobre.

Silence radio. Depuis le 24 octobre et l’hospitalisation d’Ali Bongo Ondimba (ABO), la communication autour de l’état de santé du président gabonais est réduite au strict minimum, sur recommandation de la Première dame, Sylvia Bongo Ondimba, présente en Arabie saoudite, au King Faisal Hospital de Riyad, aux côtés de son époux. Les rumeurs autour d’un accident vasculaire cérébral (AVC), jusque-là non démenties, ont donc fait leur chemin, des rues de Libreville aux couloirs des chancelleries africaines et occidentales.

Une vidéo annonçant la mort du chef de l’État a même été vue plus de 40 000 fois sur Facebook. S’il s’agit d’un montage grossier, celle-ci traduit toutefois l’apparition d’une véritable crise politique, dont l’opposition espère bien se saisir, qui s’articule autour de quelques acteurs-clés : Sylvia Bongo Ondimba, Frédéric Bongo Ondimba, Grégoire Kouna, Brice Laccruche Alihanga, Emmanuel Issoze Ngondet, Marie-Madeleine Mborantsuo et Lucie Milebou-Aubusson.

  • Sylvia Bongo Ondimba

Sylvia Bongo Ondimba a pris en main la communication de crise (et le porte-parolat de la présidence). Présente à Riyad, elle ne laisse filtrer aucune information sur l’état de santé de son époux, et s’est contenté d’un tweet, jeudi 8 novembre, illustré d’une photo abondamment reprise et commentée.

Fille d’Édouard Valentin, baron des assurances, président du conseil d’administration de la Société commerciale gabonaise de réassurance, et d’Aimée Baudier, la Première dame s’est établie avec sa famille au Gabon en 1974, quatorze ans avant de rencontrer, en 1988, Ali Bongo Ondimba, qu’elle épousera en 2000. Depuis, le couple a eu trois enfants (Malika, dernièrement élue députée et aînée d’ABO étant issue d’une précédente union) : Noureddine, Jalil et Bilal. La Première dame a également créé la Fondation Sylvia Bongo Ondimba pour la famille (FSBO), choisissant trois domaines d’action prioritaires : l’éducation, les droits et la promotion de la femme, l’insertion des populations fragilisées.

C’est d’ailleurs au sein de cette fondation que gravite sa garde rapprochée. Simone Mensah, docteure en littérature diplômée en sciences politiques et vice-présidente de la FSBO, est ainsi sa partenaire depuis deux décennies. Elle est aujourd’hui vice-présidente de la FSBO. Marie-Claire Avandje occupe quant à elle le poste stratégique de directrice administratrice et financière, tandis que Murielle Ndong fait office de cheffe de cabinet.

  • Frédéric Bongo Ondimba et Grégoire Kouna

Frère du président, le commandant Frédéric Bongo veille au grain. Ce Saint-Cyrien, né en 1979 en France, d’Omar Bongo Ondimba et d’Edmond Jacqueline Coq, titulaire d’une maîtrise en sociologie, occupe le poste stratégique de directeur général des services spéciaux de la garde présidentielle (GP). Adepte des sports de combat, dont le free fight, il collabore avec Grégoire Kouna, cousin germain d’Ali Bongo Ondimba, qui dirige la GP.

Très discret, refusant d’apparaître en photo dans les médias, il n’en porte pas moins la parole du chef de l’État, qui ne confierait à personne d’autre sa sécurité. En l’absence du chef, c’est Frédéric Bongo Ondimba et Grégoire Kouna qui se chargent de maintenir la sécurité au Gabon et d’y maîtriser le renseignement.

  • Brice Laccruche Alihanga et Emmanuel Issoze Ngondet

Le cabinet d’Ali Bongo Ondimba continue d’assurer la gestion du pays et des affaires courantes depuis son hospitalisation. À sa tête depuis un peu plus d’un an, Brice Laccruche Alihanga est, avec le Premier ministre Emmanuel Issoze Ngondet (seul légalement habilité à donner des directives au gouvernement), l’autorité politique de référence à Libreville. Il conserve en outre, à ses côtés, le porte-parole de la présidence, Ike Ngouoni Aila Oyouomi.

Successivement commissaire aux comptes au sein du cabinet PwC, directeur général de BGFIBank Gabon, puis directeur central de la Banque gabonaise de développement, Brice Laccruche Alihanga, fils d’une Française et d’un Gabonais originaire du Haut-Ogooué, était à la tête de la Compagnie nationale de navigation intérieure et internationale (CNNII) jusqu’à sa nomination au Palais comme directeur du cabinet présidentiel le 25 août 2017. En tant que président de l’Association des jeunes émergents volontaires (AJEV), il conserve également une assise politique importante au sein de la majorité présidentielle.

  • Marie-Madeleine Mborantsuo

« 3M », comme on la surnomme, est nécessairement celle vers qui les regards se tournent dès lors que les rumeurs enflent autour d’une possible vacance du pouvoir – que seule la Cour constitutionnelle est habilitée à constater. Née à Franceville, la présidente de la Cour, Marie-Madeleine Mborantsuo, 61 ans, a gardé l’image d’une faiseuse de roi, en particulier depuis la présidentielle de 2016.

Formée en droit à l’université de Libreville, puis à la Sorbonne, elle a soutenu une thèse à la faculté d’Aix-en-Provence et a présidé la chambre des comptes de la Cour suprême gabonaise avant de s’installer à la Cour constitutionnelle dès sa création, en 1991. Elle a eu deux enfants d’Omar Bongo Ondimba : Albert Fabrice Andjoua Bongo Ondimba, directeur général du Budget et des Finances publiques et Yacine Binta Ruth Esther Ebori Bongo Mborantsuo.

  • Lucie Milebou-Aubusson

À Libreville, son nom est dans toutes les conversations. Selon l’article 13 de la Constitution gabonaise, « en cas de vacance de la Présidence de la République pour quelque cause que ce soit, ou d’empêchement définitif de son titulaire », constaté par la Cour constitutionnelle, c’est à l’actuelle présidente du Sénat, Lucie Milebou-Aubusson, 61 ans, que reviendrait la charge de remplacer provisoirement le chef de l’État, dans l’attente d’une nouvelle élection présidentielle.

Deuxième personnage de l’État, elle dirige le Sénat depuis 2015, succédant à Rose Francine Rogombé, qui avait assuré la transition suite au décès d’Omar Bongo en 2009. Ophtalmologue de profession, diplômée de la faculté de Marseille, Lucie Milebou-Aubusson a dirigé le département d’ophtalmologie de la Fondation Jeanne Ebori. Membre du Parti démocratique gabonais, elle devient sénatrice en 2003 avant d’être réélue en 2008 puis 2014.

Parmi ses principaux soutiens au sein du PDG, on retrouve notamment le ministre de la Communication Guy-Bertrand Mapangou, originaire, comme elle, de la province du Ngounié mais aussi Yves Fernand Manfoumbi, élu député dans cette même province, et l’ancien directeur de cabinet d’Ali Bongo Ondimba, Maixent Accrombessi.

Elle est aussi l’épouse de Michel Mboussou, ancien ministre délégué aux Affaires étrangères, ex-titulaire du poste-clé de directeur de la Caisse nationale d’assurance maladie et de garantie sociale (CNAMGS), aujourd’hui à la tête de la société gabonaise d’entreposage de produits pétroliers (SGEPP). Lucie Milebou-Aubusson a deux belles-filles, issues d’une précédente union de Michel Mboussou : Danièle, mariée à Denis Christel Sassou Nguesso, et Marie Paule, épouse de Franck Ping.

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