Elections

Présidentielle à Madagascar : dans les bureaux de vote, les électeurs en quête d’une « nouvelle ère »

Un électeur vote dans un bureau d'Antananarivo, le mercredi 7 novembre 2018, lors du premier tour de la présidentielle. © Kabir Dhanji/AP/SIPA

Les Malgaches, qui se sont déplacés dans les bureaux de vote, disent leurs espoirs que l'issue de cette élection présidentielle les éloignera définitivement des crises politiques. Si le scrutin s'est déroulé globalement dans le calme, quelques incidents ont ponctué la journée.

Quelques minutes avant l’ouverture des bureaux de vote, le 7 novembre à 6 heures du matin, les files d’attente s’étiraient déjà. Dans le centre d’Antananarivo, elles débordaient même à l’extérieur des portes de l’école primaire Andrefan’Ambohijanahary.

La Commission électorale nationale indépendante (Ceni) évoquait 35 % de participation à la mi-journée pour le premier tour de cette élection présidentielle. Le chiffre définitif n’était pas encore connu à la fin de cette journée chômée et payée. En 2013, lors de la dernière présidentielle, 50 % des électeurs s’étaient abstenus.

Pour encadrer les dix millions d’électeurs appelés aux urnes, 10 000 éléments des forces de sécurité ont été mobilisés, ainsi que des centaines de milliers de personnels électoraux et de délégués de candidats.

Kabir Dhanji/AP/SIPA

« Sortir des crises »

Quelques incidents ont marqué cette journée. Des sondages – interdits – ont été réalisés auprès d’électeurs sortant de certains bureaux de vote. Par ailleurs, un groupe armé de voleurs de zébus, les dahalos, a attaqué un village à Befasy, empêchant les habitants de voter dans cette commune de la région de Morondava, sur la côte ouest de la Grande Île.

Ce scrutin est l’occasion de sortir définitivement Madagascar des épisodes de crise entamés en 2002

Aucun événement de grande ampleur n’a cependant gâché ce scrutin, qualifié de « très décisif » par Ramtane Lamamra, le haut représentant de l’Union africaine qui a, lui-aussi, débuté sa journée par l’école primaire Andrefan’Ambohijanahary.

Les accusations de fraudes ne l’inquiète pas : « Les candidats se prêtent toujours ce genre d’accusations, en Afrique et ailleurs, tempère-t-il. L’important est le processus lui-même, qui a connu beaucoup d’obstacles depuis le mois d’avril 2018 ».

Des manifestations contre des lois électorales controversées avaient alors mené au décès de deux personnes et à la nomination d’un nouveau gouvernement. « Ce scrutin est l’occasion de sortir définitivement Madagascar des épisodes de crise entamés en 2002 », souligne-t-il. À l’époque, Marc Ravalomanana avait pris le pouvoir à la suite d’une élection contestée. Il l’avait ensuite perdu en 2009 au profit d’Andry Rajoelina.


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Dans l’école primaire Andrefan’Ambohijanahary, Naomy, elle, souhaite plutôt que le prochain élu poursuive la construction d’infrastructures initiées par Hery Rajaonarimampianina, le président sortant. Quant à Nisa, 29 ans, juste avant de glisser son bulletin dans l’urne, il demande, d’une voix douce, la « fin des crises ».

« Nous sommes le cinquième pays le plus pauvre du monde. Il faut avancer… », glisse-t-elle. Tous les Malgaches rencontrés lors de cette journée sont dans le même état d’esprit, certains affirmant prier pour que le processus se passe dans le calme, d’autres espérant que l’élection débouchera sur une « nouvelle ère » à Madagascar.

Imbroglio sur les listes électorales

D’autres sont plus terre à terre. Il est 8 h 30, dans l’école primaire d’Anosimasina, en banlieue ouest de la capitale. Tsilavina cache mal son impatience, en reposant un énième paquet de cartes électorales. « Ça fait deux heures que je cherche la mienne ! », se plaint-il vers. À ses côtés, une vingtaine d’autres électeurs fouillent également dans des tas de cartes posées à même le sol et épluchent les listes électorales dans l’espoir de voir apparaître leur nom. Aucun d’entre eux n’est sûr d’être inscrit.

Des scènes identiques se sont produites dans les cinq centres de vote visités par Jeune Afrique dans la matinée, dans la capitale et les communes alentours. « C’est toujours pareil, à toutes les élections ! », fulmine une observatrice électorale. « On dit aux gens de vérifier et de récupérer leur carte électorale à l’avance, mais ils attendent le jour du vote ou oublient de faire les démarches. »

Ma mère est décédée il y a sept ans et elle est toujours inscrite sur les listes…

D’autres problèmes observés en ce jour de vote pourraient cependant être le fait de dysfonctionnements au sein de la Ceni, qui a organisé tout le processus de vote. « Ma mère est décédée il y a sept ans et elle est toujours inscrite. Alors que mon fils, qui a effectué toutes les démarches, n’est pas sur la liste. Sa sœur a tout fait comme lui et elle est inscrite. On n’y comprend rien… », explique avec un rictus un électeur dans la queue de son bureau de vote.

Il y a des erreurs sur les informations d’état civil, des erreurs sur les numéros de carte d’identité…

Un responsable d’un centre de vote n’hésite pas à parler de « micmacs » et énumère les soucis de la matinée : « Il y a des erreurs sur les informations d’état civil, des erreurs sur les numéros de carte d’identité, des gens dont la carte électorale se trouve ici alors qu’ils sont inscrits ailleurs… »

Une erreur de lieu est peut-être à l’origine de cet imbroglio dans l’école primaire d’Ankazotoho. Selon le président du bureau de vote, deux personnes disposaient de cartes électorales mentionnant précisément l’endroit, sans qu’elles ne figurent sur la liste électorale. Idem dans la commune d’Ambovombe, dans le sud, selon un électeur contacté par Jeune Afrique. Dans les deux cas, ces personnes n’ont pas été autorisées à voter.

La piètre qualité du matériel électoral est aussi notable. Après avoir voté, un électeur de la capitale montre ainsi son pouce, presque propre. L’encre indélébile censée empêcher les doubles votes a mal résisté au savon…

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