Politique

Tunisie : le remaniement de Chahed précise les nouvelles alliances mais exacerbe les tensions

Le chef du gouvernement Youssef Chahed lors d'une conférence de presse, vendredi 2 novembre 2018 à Tunis. © Hassene Dridi/AP/SIPA

Le remaniement ministériel présenté lundi 5 novembre par le chef du gouvernement tunisien, Youssef Chahed, ne met pas fin à la crise politique mais précise les nouvelles alliances.

Coup de théâtre mardi matin, au lendemain de l’annonce du remaniement par le chef du gouvernement tunisien. Le ministre de la Défense, Abdelkrim Zbidi, a présenté sa démission. Ce départ inverse la polarité et redonne l’avantage à Béji Caïd Essebsi, puisque cette nomination régalienne incombe au président de la République.

Annoncé comme imminent en fin de semaine dernière, le remaniement a pris des allures de passage en force de Youssef Chahed. À quelques heures d’un voyage en Mauritanie, ce dernier a évoqué le changement de son équipe lors de sa rencontre hebdomadaire avec le président de la République, lundi 5 novembre, mais sans lui présenter une liste de candidats.


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Après s’être rangé à l’avis de Béji Caïd Essebsi, qui lui demandait de surseoir jusqu’à son retour, Youssef Chahed est revenu sur sa décision en fin d’après-midi. Il s’est passé de l’avis du chef de l’État et a convoqué la télévision nationale pour enregistrer sa déclaration. À 19 heures, il était dans l’avion pour Nouakchott lorsque le pays a été informé de la composition du nouveau gouvernement.

Youssef Chahed en stratège

Avec 18 nouvelles nominations – sur un total de 29 ministres et 5 secrétaires d’État – , Youssef Chahed n’a pas réduit les effectifs mais satisfait les partis qui l’ont soutenu – en premier lieu Ennahdha, qui a obtenu neuf portefeuilles, dont celui de la Justice. Si les représentants d’Afek Tounes ont été écartés, Machrou Tounes fait son entrée au gouvernement en héritant des portefeuilles de la Santé et des Relations avec les instances constitutionnelles, la société civile et les organisations des droits de l’homme.

En conservant des ministres de Nidaa Tounes, Chahed donne à son exécutif une allure de gouvernement d’union nationale

Kamel Morjane, fondateur du parti El-Moubadara, prend les clés de la Fonction publique. Une allégeance étonnante, puisque l’intéressé s’est déclaré candidat à l’élection présidentielle de 2019. Stratège, Youssef Chahed, a conservé des ministres de Nidaa Tounes, donnant ainsi à son exécutif une allure de gouvernement d’union nationale, alors que cette dernière est grandement fragilisée depuis plusieurs semaines.


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Cette composition traduit l’assise politique sur laquelle s’appuie Chahed pour assurer son avenir politique. « On s’attendait à une équipe restreinte, sachant qu’à un an des élections, rien ne pourra être réalisé », constate un observateur. Youssef Chahed mise cependant sur la nomination au Tourisme de René Trabelsi, tour-opérateur de confession juive et originaire de Djerba, pour susciter le buzz sur la scène internationale.

Un passage en force ?

La présidence a aussitôt annoncé que Béji Caïd Essebsi n’approuvait pas le gouvernement, tout comme l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), qui n’avait pas non plus été informée des décisions de Chahed. Nidaa Tounes, par la voix de son directeur exécutif Hafedh Caïd Essebsi, a également désapprouvé l’opération, dénonçant « une composition gouvernementale nahdhaouie par excellence ». Certains relèvent que mis à part la Justice, les postes clés n’ont pas changé de main.

Pour justifier son remaniement, le chef du gouvernement a invoqué les « prérogatives que lui confère la Constitution ». Mais selon les juristes, il a outrepassé sa marge de manœuvre car, d’après l’article 91 de la loi fondamentale, il ne peut remplacer un ministre qu’en cas de limogeage, démission ou incapacité. Ce qui revient à combler uniquement les vacances pour assurer la continuité de l’État.

Lors du vote de confiance prévu en fin de semaine, les 14 députés de Machrou Tounes pourraient faire pencher la balance

Depuis plusieurs semaines, les dirigeants politiques font chauffer les calculettes en comptant le nombre de députés qui pourraient accorder leur confiance à Youssef Chahed. Si, pour atteindre le seuil des 109 voix nécessaires pour adouber son équipe, le locataire de la Kasbah peut compter sur les 68 élus d’Ennahdha et les 32 de la Coalition Nationale, ce sont les 14 députés de Machrou Tounes qui pourraient faire pencher la balance, lors du vote de confiance prévu en fin de semaine. Un scrutin qui ne sera pas sans remous, chacun des protagonistes devant se dévoiler pour tenter d’enrayer cette deuxième phase de la crise politique.

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