Diplomatie

Conférence de Palerme pour la Libye : l’Italie espère aboutir à un accord entre al-Sarraj et Haftar

Un homme libyen crie des slogans contre les milices basées à Tripoli, en Libye, en 2013. © Manu Brabo/AP/SIPA

Un sommet international sur la Libye s'ouvre le 12 novembre à Palerme, dans le sud de l'Italie. Les principaux acteurs libyens et étrangers s'assiéront à la même table pour chercher un compromis difficile à la crise qui secoue le pays depuis sept ans. La présence de la France reste encore incertaine.

Il s’agira d’une conférence « pour la Libye, et non pas sur la Libye », comme l’a définie Giuseppe Conte, le Premier ministre du gouvernement italien. Elle réunira les 12 et 13 novembre à Palerme les principaux acteurs libyens et internationaux ayant pour objectif de stabiliser le pays en proie au chaos depuis 2011. À quelques jours du sommet, les contours commencent à se dessiner.

Pour la première fois après la conférence de mai 2018 à Paris, tous les protagonistes de la scène libyenne se réuniront autour de la même table. Ce rendez-vous international fera suite à la présentation d’un plan actualisé que rendra l’envoyé spécial de l’ONU en Libye, Ghassan Salamé, le jeudi 8 novembre. L’approbation d’une nouvelle feuille de route gagnera en poids une fois endossée par la conférence de Palerme.

Fayez al-Sarraj du Gouvernement d’union nationale (GNA) et Ghassan Salamé ont justement été les premiers à se rendre à Rome, le 26 octobre, pour « préparer l’accord de Palerme ». Quelques jours plus tard, le président du Haut Conseil d’État libyen – l’équivalent d’une chambre haute qui siège à Tripoli -, Khaled Al-Mishri, a serré la main du chef du gouvernement dans la capitale de la péninsule et a annoncé sa participation au sommet.

Les principaux acteurs libyens présents  

L’invité le plus attendu et sur lequel porte la réussite de la conférence, le général Khalifa Haftar, a finalement confirmé sa participation le 28 octobre, en assurant « être prêt pour un débat constructif qui constitue la prémisse d’un véritable processus d’unification, conforme aux attentes persistantes du peuple libyen », a déclaré le chef de l’Armée nationale libyenne (ANL) dans un long communiqué diffusé par le gouvernement italien après la rencontre entre l’homme fort de la Cyrénaïque et Giuseppe Conte.

Pendant longtemps le général Khalifa Haftar semblait préférer l’approche française en soutenant la tenue d’élections en décembre 2018, comme prévu par la conférence de Paris. Alors que la perspective d’élections en fin d’année s’évanouit, le dialogue avec l’Italie semble se renforcer depuis les tensions de cet été, lorsque Haftar a demandé et obtenu le retrait de l’ambassadeur d’Italie en Libye Giuseppe Perrone, considéré comme « persona non grata » après avoir déclaré que « la Libye a besoin de plus pour organiser le scrutin ». Avec le maréchal, le président du Parlement de Tobrouk, Aguila Saleh, s’est également rendu en Italie pour discuter du sommet.

Déterminer « une feuille de route claire »

Dans un communiqué diffusé par le gouvernement italien, Rome dit vouloir « faciliter » le dialogue entre les parties et jouer un rôle de médiateur : « La présence des principaux acteurs libyens vise à soutenir les conditions de la sécurité et du développement économique, ainsi que le renforcement du cadre politico-constitutionnel, une base pour un processus politique fondé sur le plan des Nations unies », peut-on lire sur celui-ci.

En effet, « la conférence de Palerme s’efforcera de créer les conditions nécessaires pour que les Nations unies puissent réopérer en déterminant une feuille de route claire. On mettra davantage l’accent sur deux aspects : l’économie, pour essayer de dépasser la controverse politique, et l’implication des représentants militaires sur le terrain », explique Arturo Varvelli, chercheur spécialiste de la Libye à l’Institut italien pour les études de politique internationale (ISPI).

L’implication des milices et des groupes tribaux

Pour Franco Frattini, ancien ministre italien des Affaires étrangères jusqu’en 2011 qui a dû gérer la difficile transition du régime de Kadhafi au chaos libyen, « les interlocuteurs libyens ont imposé leurs conditions pour un accord, c’est déjà une avancée par rapport à la conférence de Paris. On sait que le général Haftar acceptera de collaborer à condition d’obtenir un rôle dans la future constitution d’un État. Dans le Fezzan comme à Tobrouk, on pointe du doigt le gouvernement d’union nationale parce qu’il n’y a que Tripoli et Misrata qui sont représentées. Les hostilités entre milices et groupes tribaux s’achèveront si le futur Parlement les prend en compte. »

« Ceux qui détiennent le pouvoir en Libye sont ceux qui détiennent les armes, c’est-à-dire une multitude de milices très puissantes sur le terrain. Il faut progressivement essayer de les impliquer dans le processus politique et leur donner un rôle dans la reconstruction de l’État libyen. J’espère que cela fera partie de la nouvelle feuille de route de Ghassan Salamé », analyse encore Arturo Varvelli, auteur du rapport Libya between conflict and migrants : rethinking the role of militias (La Libye entre conflit et migrants : repenser le rôle des milices). Si pour le moment les noms des représentants des groupes armés n’ont pas été annoncés, certains pourraient encore décider de s’asseoir à la table des négociations, selon l’expert.

Un accord préalable entre forces européennes et occidentales est nécessaire parce qu’aucun État est en mesure d’imposer son agenda

Le duel France-Italie

Parmi les nombreux pays étrangers qui font des affaires en Libye et qui ont intérêt à participer aux pourparlers, l’Italie et la France jouent un rôle fondamental. Avec la conférence de Palerme, l’Italie reprend la main sur le dossier libyen. Paris, qui soutient le maréchal Haftar, et Rome, qui a toujours soutenu le GNA, semblent en effet s’affronter pour remporter la gestion de la crise. « Il s’agit d’une stratégie perdante pour tout le monde », selon le chercheur Arturo Varvelli. « Aucun pays ne peut penser résoudre la crise libyenne de manière indépendante aujourd’hui. Un accord préalable entre forces européennes et occidentales est nécessaire parce qu’aucun État est en mesure d’imposer son agenda. » Le ministre italien des Affaires étrangères, Enzo Moavero Milanesi, a assuré qu’il s’agira d’une conférence avec « une approche inclusive » en vue d’un « processus de stabilisation ».

« Il est fondamental que la France soit présente, parce qu’on partage une histoire et des responsabilités qui vont bien au-delà de l’exploitation des gisements », commente encore Franco Frattini. Mais la participation d’un représentant de l’Hexagone à Palerme est encore incertaine. L’Élysée n’a, pour le moment, pas réagi. Le 4 novembre, Giuseppe Conte a fait savoir que « le soutien de la France est fondamental. J’échangerai avec Macron dans les prochains jours, mais on m’a assuré que Paris porte la plus grande attention à la conférence de Palerme. Ce sommet est dans la ligne de la conférence organisée en mai 2017 par Emmanuel Macron ».

Il est fondamental que la Russie, les États-Unis, l’Égypte et la Turquie soient également présents

Acteurs et intérêts étrangers

Giuseppe Conte compte sur la participation des « hauts représentants de tous les pays » et confirme que « s’il n’y aura pas les chefs d’État, il y aura les ministres des Affaires étrangères », a-t-il également assuré. Selon l’ancien ministre des Affaires étrangères Franco Frattini, « pour que le sommet de Palerme soit une réussite, en plus de la France et l’Italie, il est fondamental que la Russie, les États-Unis, l’Égypte et la Turquie soient présents. Ces quatre pays jouent un rôle clé en Libye. J’ai récemment échangé avec Mevlüt Çavuşoğlu, ministre turc des Affaires étrangères, qui m’a confirmé qu’il se rendra à Palerme », révèle-t-il.

Le gouvernement italien a fait savoir que le secrétaire d’État américain Mike Pompeo, le président du gouvernement russe Dmitri Medvedev et la chancelière allemande Angela Merkel seront également présents, tout comme des « hauts représentants du gouvernement égyptien », grand partisan du général Khalifa Haftar. Après les dernières visites en Tunisie et en Algérie, le premier ministre italien a en outre confirmé que les deux pays du Maghreb soutiennent la stratégie italienne et enverront des hauts représentants gouvernementaux à la conférence. Giuseppe Conte a lui-même apporté l’invitation au président Béji Caïd Essebsi. Pour les deux États arabes, la stabilisation de la Libye est un enjeu vital.

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