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Ould Daddah sur orbite présidentielle

« Tout a été très transparent », tranche Alain Hutchinson. Le chef de la mission d’observation de l’Union européenne n’est pas le seul à se réjouir de « l’exemplarité » des scrutins municipal et législatif du 19 novembre. Les deux cents observateurs internationaux et leurs collègues mauritaniens font tous le même constat. Même la classe politique, longtemps sceptique, s’est rendue à l’évidence. « Nous redoutions l’immixtion de l’administration et un fort taux d’abstention. Rien de tout cela n’a eu lieu », reconnaît un leader de l’opposition à l’ex-président Maaouiya Ould Taya (renversé en août 2005).
Le taux de participation a avoisiné 73 %, et les agents d’autorité soupçonnés de partialité le jour du vote ont été immédiatement suspendus. Du coup, personne ne conteste les résultats. Ces derniers créditent l’ex-opposition regroupée au sein d’une Coalition des forces du changement démocratique (CFCD) d’une majorité des suffrages pour les municipales et la placent en position favorable après le premier tour des législatives. Ses candidats ont raflé 26 sièges de députés sur les 43 déjà pourvus. La future Assemblée nationale en comptera, au total, 95. Le second tour est prévu le 3 décembre.
« Dans la majorité des cas, nous sommes en ballottage favorable », analyse l’ex-opposant Mohamed Mahmoud Ould Lematt. Les candidats de la CFCD seront opposés soit à des membres du Parti républicain pour la démocratie et le renouveau (PRDR), l’héritier du PRDS, l’ex-parti au pouvoir, qui n’a obtenu que quatre sièges au premier tour, soit à des indépendants.
Même si la CFCD a donc de réelles chances de remporter la majorité des sièges dans la future Assemblée, elle n’y occupera pas une position hégémonique, contrairement au PRDS sous l’ancien régime. Outre de nombreux leaders de l’ancienne opposition démocratique, des ennemis jurés d’Ould Taya comme l’ex-commandant Salah Ould Hannena et le capitaine Abderrahmane Ould Mini, principaux auteurs de la sanglante tentative de putsch du 8 juin 2003, y côtoieront d’ex-caciques tels Louleid Ould Weddad et S’ghair Ould M’Bareck, qui furent respectivement directeur de cabinet et Premier ministre du président déchu. Le premier s’est présenté comme indépendant, le second sous la bannière du PRDR.
Pour la première fois aussi, les islamistes modérés, qui se présentaient sur des listes indépendantes faute d’avoir obtenu l’autorisation de créer un parti, font leur entrée au Parlement. Deux de leurs candidats sont passés au premier tour. Deux autres sont en ballottage favorable à Tintane, dans l’est du pays. « La transparence du scrutin n’a pas débouché sur un raz-de-marée islamiste », se félicite un diplomate occidental en poste à Nouakchott. Il n’y a pas eu non plus de vote ethnique ou sectaire. Les formations nationalistes, qu’elles soient d’obédience arabiste ou négro-africaine, n’ont obtenu que des scores extrêmement faibles.
Autre bonne nouvelle : les femmes seront bien représentées dans la nouvelle Assemblée. Neuf ont été élues dès le premier tour, et une quinzaine d’autres, au moins, devraient l’être au second. « Cela dépasse nos espérances », pavoise une élue locale, qui impute cette « avancée » à la décision des nouvelles autorités d’instituer un quota de 20 % de femmes sur les listes électorales, tant pour les municipales que pour les législatives.
Reste à savoir si ce scrutin aura une incidence sur la présidentielle qui, en mars prochain, mettra un terme au processus de transition. « Si la coalition de l’opposition respecte son engagement de présenter une candidature unique, alors le vote du 19 novembre aura été une sorte de primaire en son sein », estime un observateur. Le grand vainqueur est sans conteste Ahmed Ould Daddah, dont le parti, le Rassemblement des forces démocratiques (RFD), a remporté douze sièges de députés au premier tour et recueilli 17,87 % des suffrages exprimés à l’échelle nationale. Désormais à la tête de la première force politique du pays, Ould Daddah (63 ans) apparaît donc, au moins pour le moment, comme le grand favori pour mars 2007.

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