Politique

Centrafrique : le service d’ordre d’Abdou Karim Meckassoua fait polémique

Karim Meckassoua, président de l'Assemblée nationale centrafricaine. © Vincent Fournier pour Jeune Afrique

Le principal groupe d'autodéfense du quartier musulman du PK5, dont le chef est recherché par la police et par la Minusca, a assuré la sécurité d’un meeting organisé par Abdou Karim Meckassoua, à Bangui, aux côtés des Casques bleus. Une présence qui embarrasse la mission de l'ONU et le gouvernement.

À Bangui, c’est l’homme le plus recherché du moment. Dimanche 28 octobre, il est pourtant apparu, lourdement armé, dans le service d’ordre d’Abdou Karim Meckassoua. En première ligne, sur une moto, loin devant le cortège du président sortant de l’Assemblée nationale, qui s’apprêtait à tenir un meeting, Nimery Matar Djamous, alias «Force», brandissait sa kalachnikov, des lunettes noires vissées sur le nez.

En avril dernier, des casques bleus de la Minusca et des éléments des forces de sécurité centrafricaines avaient lancé une opération contre Force et son groupe d’autodéfense dans le quartier musulman du PK5. La mission de l’ONU en Centrafrique lui reprochait d’alimenter le désordre dans ce quartier sensible de Bangui, mais aussi d’organiser un racket contre les commerçants musulmans en échange de la « sécurité » du quartier, qu’il revendiquait d’assurer avec son groupe d’autodéfense.


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L’opération, au terme de laquelle Force était parvenu à s’échapper, avait fait plusieurs morts, abouti à la destruction du principal commissariat de police du quartier  et plongé Bangui dans de nouveaux troubles intercommunautaires. Depuis, l’homme se fait discret et limite ses déplacements à son fief, où la présence des forces de l’ordre est rendue impossible par les groupes d’autodéfense, qui contrôlent la zone.

Nimery Matar Djamous, une présence embarrassante

Mais dimanche, alors qu’Abdou Karim Meckassoua s’offrait un bain de foule dans le PK5, la présence du chef de milice a éclipsé le président déchu de l’Assemblée nationale. Plusieurs centaines de personnes  avaient pourtant pris part à son meeting, au cours duquel il a qualifié sa destitution de «coup d’Etat constitutionnel». Il a toutefois appelé ses partisans au calme : «Laissez-moi vous dire que je n’ai été soutenu à l’Assemblée que par des chrétiens. Sur les 41 votes que j’ai obtenus, 38 viennent de chrétiens. Cette histoire de communautés n’est que pur commerce», a-t-il déclaré en sango, la langue nationale.

Nous ne l’avons pas convié à cet événement, et Abdou Karim Meckassoua ignorait tout de sa présence

Curieusement, lors du meeting, ce sont des casques bleus sénégalais qui assuraient la sécurité rapprochée d’Abdou Karim Meckassoua. Tandis qu’un peu plus loin, on remarquait plusieurs hommes armés, en tenue civile. «C’est Force sur la moto !», s’étonne un participant en désignant Nimery Matar Djamous.

« Nous ne l’avons pas convié à cet événement, et Abdou Karim Meckassoua ignorait tout de sa présence : Force a apparemment voulu profiter de la situation», se défend un proche de l’ancien président de l’Assemblée. «Vous aurez remarqué que dès qu’il a remarqué sa présence de Force, il a interrompu sèchement son discours et s’en est allé », ajoute la même source.

Venus nombreux assister au meeting, les habitants de la circonscription de Meckassoua sont partagés quant à cette présence d’hommes armés. «C’est comme ça, il n’y a ni policiers ni gendarmes pour sécuriser une manifestation de cette ampleur. Sur qui d’autre pouvons-nous compter ?», se désole Yassine. Un autre participant au meeting, Malick Abidine, estime quant à lui que « Force veut instrumentaliser les choses. Il s’affiche ainsi pour montrer qu’il est proche de Meckassoua ».

La Minusca peine à s’expliquer

Face à cette exhibition d’un chef de milice recherché, en présence de casques bleus sénégalais, la Minusca peine à livrer une explication, si ce n’est que « cette unité avait seulement pour mission d’assurer la protection du président de l’Assemblée nationale durant le meeting », explique à Jeune Afrique Vladimir Monteiro, le porte-parole de la mission de l’ONU dans le pays. « Par ailleurs, la Minusca ne saurait mener une quelconque action dont les effets collatéraux auraient pu être préjudiciables aux nombreux civils présents », se justifie-t-il.

De son côté, le gouvernement centrafricain entend minimiser cette affaire. « Nous demandons à chacun de sauvegarder le tissu communautaire. Cette histoire est un prétexte facile qu’ont voulu utiliser certains groupes armés », nous confie Maxime Kazagui, le porte-parole du gouvernement. «Nous observons avec beaucoup d’attention les déclarations des uns et des autres, y compris celles de Meckassoua, pour nous assurer qu’il n’y ait pas de dérives », poursuit-il.

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