Économie

Mali : des patrons au coeur de la reprise économique

Technologies, énergie, banque… Dans de nombreux secteurs, la reprise est au rendez-vous. Trois patrons novateurs le prouvent.

Mis à jour le 8 octobre 2014 à 14:30

Coumba Sidibé Touré, Aliou Yatassaye, Yacouba Sy sont trois exemples de la nouvelle génération de décideurs maliens. © JA

Aliou Yattassaye – 37 ans, fondateur et directeur de Yattassaye Technology Company (Yattco)

Le 15 avril, Aliou Yattassaye lançait le premier smartphone malien, YUV Smart (Yattassaye Universal Smart), en partenariat avec Orange Mali, ce groupe ayant mis son réseau de distribution à la disposition de son entreprise, Yattco, pour la commercialisation de cet appareil, vendu 46 000 F CFA (70 euros) avec un forfait internet de 100 mégaoctets par mois. « Que cet opérateur me fasse confiance, c’est déjà une promotion », reconnaît le jeune patron.

Fin 2014, Yattco mettra sur le marché une tablette numérique et un PC, en partenariat avec Microsoft, et ses produits seront distribués au Sénégal, en Côte d’Ivoire, en Guinée et au Niger.

Diplôme de l’École supérieure de gestion et de commerce international de Paris en poche, Aliou Yattassaye rentre au Mali. À Bamako, après s’être lancé dans le négoce des cartes de rappel, il veut d’abord étendre son activité à l’agroalimentaire et aux cosmétiques. Mais face à la concurrence du commerce informel, il doit rapidement déposer les armes. Il en tirera une leçon : « Ici, pour pouvoir travailler, il faut savoir innover. »

Il opte ensuite pour les télécoms. Avec plus de 3 millions d’abonnés au mobile et 20 millions de puces en circulation, le Mali constitue un marché prometteur. Jonglant avec les décalages horaires pour répondre à ses partenaires chinois et américains, l’entrepreneur met les bouchées doubles. « Pour l’instant, j’ai l’énergie nécessaire », assure-t-il. Son prochain défi : ouvrir une usine d’assemblage.

Coumba Sidibé Touré – 41 ans, directrice générale d’Ecobank Mali

Nommée directrice générale d’Ecobank Mali en mai 2013, Coumba Sidibé Touré s’emploie à développer les points de distribution et l’offre de produits pour renforcer la croissance de la filiale qui, malgré la crise, affiche un bilan total de plus de 364 milliards de F CFA (près de 555 millions d’euros), en progression de 16 % par rapport 2012. 

Elle veille aussi à accompagner la relance économique du pays, notamment à travers l’émission de bons (Ecobank Mali a injecté 198 milliards de F CFA de crédit dans l’économie en 2013), le financement des PME-PMI et de l’habitat.

En décembre 2013, Coumba Sidibé Touré a ainsi signé une convention de partenariat avec Shelter Afrique et la Société immobilière et foncière du Mali pour le financement, à hauteur de 10 milliards de F CFA, d’un programme de 600 logements sociaux à Kati Sananfara (à 20 km de Bamako).

Après une maîtrise en sciences de gestion et un diplôme d’ingénieur en banque, finance et assurance à la Sorbonne, à Paris, Coumba Sidibé Touré rejoint en 1998 Ecobank, qui ouvrait sa filiale au Mali, au département crédit et marketing du groupe. Elle a alors 25 ans. La jeune femme y gravit peu à peu les échelons. En 2009, elle est envoyée à Cotonou, à la direction des opérations et de la technologie d’Ecobank Bénin.

Puis, en 2011, à Douala, en tant que directrice générale de la filiale du groupe pour le Cameroun et pour la Communauté économique des États de l’Afrique centrale, et directrice générale adjointe du conseil d’administration.

Yacouba Sy – 34 ans, PDG de SY & Co et DG de Foutagaz Iteri

Vente de pièces détachées et de cartes téléphoniques, transport… Après s’est frotté à bon nombre de secteurs, Yacouba Sy a trouvé sa voie. « Je cherchais à placer mes fonds dans un secteur d’avenir », explique-t-il. Celui de l’énergie s’est imposé. En 2007, il lance Foutagaz. De l’importation au stockage en passant par le remplissage de bouteilles de gaz, la société s’occupe de tout et, depuis 2010, s’est lancée dans la production.

Depuis 2013, Yacouba Sy a diversifié les activités de son holding à travers les filiales maliennes de deux sociétés ivoiriennes : dans les dérivés du pétrole, avec la société Synergy, et dans le BTP, l’adduction d’eau et l’électrification, via la société ICA.

Ces trois dernières années, le prix du gaz, importé de Côte d’Ivoire, du Sénégal, du Ghana ou du Niger et soumis à des droits de douane, a dépassé celui pratiqué dans les pays voisins. « C’est vrai qu’on n’a pas eu de chance à cause de la crise », reconnaît Yacouba Sy, qui n’en continue pas moins d’investir.

Pour l’extension des capacités de production, de stockage et l’acquisition de nouveaux équipements, il engage cette année près de 2 milliards de F CFA (3 millions d’euros), dont 30 % d’apport personnel. Sa société est aujourd’hui présente dans les grandes villes.

Mais l’entrepreneur a pour ambition de s’implanter « plus loin dans le pays », là où de nombreux foyers utilisent toujours le charbon de bois. « À environ 10 000 F CFA la bouteille de gaz vide, peu de foyers ruraux ont les moyens de s’en procurer », regrette-t-il, espérant que, pour y remédier, « l’État subventionnera l’acquisition de bouteilles en milieu rural ».

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