Politique

Centrafrique : un député ouvre le feu à l’Assemblée nationale sans faire de blessés

Des membres de l'ex-rébellion de la Séléka, en Centrafrique, en janvier 2014. © Jerome Delay/AP/SIPA

Alors que les députés centrafricains se réunissaient le 29 octobre pour élire le nouveau président de l’Assemblée nationale, suite de la destitution de Karim Meckassoua, un des leurs, ancien chef anti-balaka, a sorti son pistolet et menacé les personnes présentes avant de tirer.

Des coups de feu ont été tirés dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale centrafricaine et dans les alentours, lundi 29 octobre, alors que les députés étaient réunis pour élire leur nouveau président, à la suite de la destitution de Karim Meckassoua, trois jours plus tôt. Alors que l’un des deux candidats à la présidence, Laurent Ngon Baba, était en train de faire son discours, le député de la ville de Bimbo, Alfred Yekatom, connu sous le nom de « colonel Rhombot », a braqué un pistolet sur un autre député, en le menaçant.

Tentant d’échapper à une première interpellation par les forces de l’ordre, Alfred Yekatom a d’abord tiré deux coups de feu en l’air, tout en se dirigeant vers le président de la séance, René Gbondo. Ce sont finalement les Forces armées centrafricaines (FACA) qui l’ont arrêté alors qu’il s’apprêtait à quitter l’Assemblée nationale, avant de le remettre à la gendarmerie.

« J’étais juste à côté du député. J’ai pensé qu’il allait tirer tout de suite », confie à Jeune Afrique un habitant venu assister à l’élection. Pour Clément Ndotizo, député du 7e arrondissement et membre du groupe « Cœur uni », fidèle au chef de l’État Faustin-Archange Touadéra, « c’est le dérapage de trop : il a terni l’image des députés, il a voulu faire échouer la procédure ».


>>> À LIRE – Centrafrique : Karim Meckassoua face à Faustin-Archange Touadéra, les dessous d’une lutte


Ancien chef anti-balaka

Alfred Yekatom est un ancien chef anti-balaka, la guérilla qui contrôlait tout le sud du pays entre 2013 et 2015. En 2015, il avait été placé sur la liste de l’ONU recensant les personnes « se livrant ou apportant un appui à des actes qui compromettent la paix » en RCA. Élu député, il est réputé très proche de Karim Meckassoua, député du PK5 qui était le président de l’Assemblée nationale jusqu’à sa destitution controversée, le 26 octobre.

Selon le député Jean-Paul Service Tezawa, une demande de levée de son immunité parlementaire visant Alfred Yekatom avait été formulée par le Parquet mais n’avait pas reçu de suite. Celui-ci devait comparaître devant la Cour criminelle pour assassinats, détention illégale d’armes, association de malfaiteurs.« Avec ce flagrant délit, la justice va s’y mettre et ressortir ses dossiers [de l’époque où il était chef anti-balaka, ndlr]. Le procureur est même venu ici constater les faits par lui-même », indique le député à Jeune Afrique.

Au cours de son arrestation, un autre député, l’ancien ministre Aurélien Simplice Zingas, a également tenté de forcer le check-point à l’entrée de l’Assemblée nationale. Les gendarmes ont alors ouvert le feu et stoppé son véhicule.

La destitution de Karim Meckassoua à la tête de l’Assemblée nationale, pour différents manquements, dont des décaissements sans justificatifs, a failli ressusciter des tensions communautaires dans le pays. Lui-même avait appelé au calme, le 28 octobre, lors d’un discours prononcé dans le quartier PK5 de Bangui, qui abrite la majorité des musulmans de la capitale. Il avait également qualifié sa destitution de « coup de force contre la Constitution ».

L’élection de son remplaçant, selon la Constitution, devait avoir lieu le 29 octobre avant minuit.

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