Start-up

À Abidjan, les business angels tissent leurs réseaux

Incubateur Dream Factory à Abidjan © Facebook

Très populaires aux États-unis et en Europe, les investisseurs et accompagnateurs de jeunes entreprises, aussi appelés business angels, ont désormais leur pendant ivoirien. Ils sont africains, européens ou membres de la diaspora et forment un nouveau réseau très influent et respecté.

Dans une petite salle de la Dream Factory d’Abidjan, un incubateur de start-ups, des avocats et une magistrate français viennent expliquer le b.a.-ba du droit des affaires à de jeunes entrepreneurs ivoiriens endimanchés. Dans l’assemblée, timidement caché derrière plusieurs start-uppers, Firmin Kouadio vient en observateur et en tant que business angel pour, peut-être, investir dans une entreprise d’avenir. « C’est le projet, mais surtout le profil de l’entrepreneur qui m’intéresse », souligne le gérant d’ICO Pub, une grosse entreprise de publicité d’Abidjan.

Lors de ce séminaire de deux jours, les jeunes entrepreneurs ivoiriens suivent une formation accélérée dans différents domaines : management, gestion, communication, droit… puis sont potentiellement repérés par les business angels et les clubs d’investissements du pays. « L’idée, c’est de créer un réseau et de pousser les entreprises qui ont du potentiel. Il faut donc former les entrepreneurs, les éduquer au marché, à la finance, pour qu’ils puissent s’en sortir et convaincre des gros porte-monnaie », résume Julien Achille Agbe, directeur d’EIC Corporation, l’organisme qui met les start-ups ivoiriennes et les business angels en relation.

Investir à plusieurs

En clair, l’objectif est d’éviter de reproduire l’erreur de nombreuses jeunes entreprises ivoiriennes qui se lancent sans business model ni vision à long terme et manquent de structuration pour attirer les investisseurs.


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L’an dernier, Firmin Kouadio a financé et accompagné deux structures « triées sur le volet » sur les 120 de départ: Allomiam, entreprise de restauration rapide et Gabea, une SARL spécialisée dans l’agriculture. L’homme d’affaires est donc propriétaire des parts de ces entreprises durant 5 à 7 ans et propose son expertise durant la totalité de la période afin que « les start-ups deviennent de grandes PME ».

Dans les pays occidentaux, les business angels utilisent leurs fonds propres et investissent seuls dans les entreprises qu’ils choisissent. En Côte d’Ivoire, le modèle est un peu différent. « En Europe, les business angels posent leur chèque de 50 000 ou 100 000 euros. Ici, on investit à plusieurs, entre 5 et 20 personnes par secteur, pour ne pas se casser la figure », explique Julien Achille Agbe. Les business angels cotisent chaque année 500 000 de francs CFA (760 euros) au sein d’Ivoire Business Angel Network (IBAN), un réseau lancé en 2015 par l’influente femme d’affaires Suzanne Abrogoua.

200 business angels en Côte d’Ivoire

Ce jour-là, Hubert Yao, participant au séminaire et directeur général de GreenTech spécialisé dans les économies énergétiques, affiche ses ambitions. « Il nous faut comprendre les mécanismes de financement pour y arriver. Pour que le business angel finance un jour notre métier, pour qu’il nous aide à progresser, il nous faut acquérir une stratégie juridique. Sans ça, on n’est pas assez solides et on n’obtient pas de levées de fonds », assure l’entrepreneur ivoirien qui dit avoir besoin de 15 millions de F CFA.

Depuis cinq ans maintenant, l’entreprise EIC Corporation réunit des clubs d’investisseurs influents pour promouvoir les jeunes entreprises ivoiriennes et ouest-africaines. Parmi les grands noms de ce cercle, Michel Abrogoua, fondateur et directeur général du groupe financier Phœnix Capital Management ou encore Malick Bakaya, ancien responsable chez Coca-Cola. « Aujourd’hui, on est un millier, toutes professions confondues, à faire partie de ces clubs et environ 200 à avoir le titre de business angel, estime Firmin Kouadio. Mais en France, ils sont 12 000 ! Ce qui est de l’innovation ici devient de la tradition ailleurs. On est très loin de nos objectifs actuellement. »

Un tutorat qui s’apprend

Chaque mois de mai, EIC Corporation propose même des formations pour attirer les business angels en devenir. Environ 50 « BA » y sont formés. « Il ne suffit pas d’avoir de l’argent et d’investir pour être business angel, il faut savoir analyser une start-up, savoir rentrer puis sortir de l’entreprise, c’est un vrai métier. On devient business angel », souligne M. Agbe.

Aujourd’hui, le seul concurrent d’EIC Corporation est Ivoire Angels, lancé il y à peine un an à Abidjan par le Canadien Jean-Michel Larouche. Mais le monde de la finance alternative est difficile d’accès et le réseau met du temps à se constituer. « Près de 100 start-ups sont venues nous voir pour recevoir des fonds et un accompagnement, explique Rodrigue Sekongo, d’Ivoire Angels. On a validé deux projets intéressants, mais les investisseurs européens sont frileux, ils viennent avec plus de craintes, veulent plus de contrôles, plus de normes. Du coup, pour l’instant, ça ne marche pas », se désole-t-il. La compagnie songe donc à « changer de modèle » et trouver des investisseurs africains, voire ivoiriens. « Il faut du temps, analyse Julien Achille Agbe. Nous, il nous a fallu dix ans. »

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