Agroalimentaire

Le tunisien Délice Holding assume son goût du risque

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Parmi les filiales de Délice Holding, la Centrale laitière du Cap-Bon.

Parmi les filiales de Délice Holding, la Centrale laitière du Cap-Bon. © Hichem

Le groupe laitier s’apprête à introduire 15 % de son capital sur la place locale dans un contexte économique morose. Qu’importe : selon ses dirigeants, deux ans après sa restructuration, c’est le bon moment.

À la Bourse de Tunis, c’est sans doute l’une des plus grandes opérations de l’année qui se prépare. Délice Holding, le leader local de la production de lait et de yaourts, fondé et contrôlé par Mohamed Meddeb, a reçu fin août l’aval du Conseil des marchés financiers pour ouvrir 15 % de son capital (notamment à des investisseurs institutionnels) sur le marché principal de Tunis. La clôture des souscriptions est fixée à la fin de ce mois de septembre, et la cotation effective au 16 octobre.

La taille de l’opération, qui se situera entre 114 millions et 127 millions de dinars (entre 50 et 55 millions d’euros), n’est pas totalement arrêtée, car cette introduction s’effectue via la technique dite d’offre à prix ouvert (OPO), une première en Tunisie. Les investisseurs effectuent leurs ordres d’achat à partir d’une fourchette de prix préétablie (ici, entre 13,84 et 15,48 dinars l’action).

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« Le prix définitif sera déterminé par le marché, en fonction des différents ordres effectués. Il était temps de lancer cette technique en Tunisie [utilisée au Maroc depuis 2004 et la plus courante en Europe], qui est destinée principalement aux grandes capitalisations », souligne Jihene Ben Fadhel, directrice corporate de Mac Sa, l’intermédiaire en charge de l’introduction en Bourse.

Incertitudes

Une première, qui se déroule toutefois dans un contexte marqué par les incertitudes. En effet, des élections sont prévues à la fin de l’année et la situation économique est morose, marquée par un ralentissement de la croissance du PIB (seulement 2,2 % au premier semestre). Mais pour les dirigeants de Délice Holding, pas de raison de s’inquiéter : « La clôture de l’opération ne sera pas un problème. La résistance d’un groupe s’observe dans les moments difficiles. Depuis la révolution, nous avons connu un taux de croissance à deux chiffres », insiste Boubaker Mehri, directeur général adjoint de Délice Holding. Le chiffre d’affaires consolidé du groupe a en effet augmenté de 11,6 % par an en moyenne entre 2011 (année de la révolution) et 2013, pour atteindre 529,8 millions de dinars.

Delice HoldingReste que la place boursière de Tunis est atone et peu liquide. « Les échanges sur le marché se sont effondrés et ne dépassent pas les 2 millions de dinars par jour. Ce manque de liquidités constituera notre première source d’inquiétude, lorsque l’opération sera clôturée », soutient ainsi Kais Kriaa, directeur de la recherche au sein du cabinet indépendant AlphaMena. L’entrée en Bourse de Délice Holding, qui emploie environ 3 000 personnes, est-elle dans ces conditions un pari risqué ? « Les actionnaires actuels du groupe ont choisi le bon timing, car les titres s’échangent à des niveaux élevés dans le secteur agroalimentaire. Pour eux, c’est le moment opportun de vendre », estime Kais Kriaa.

En réalité, cette opération est la dernière étape de la restructuration du groupe, lancée en 2012. Mohamed Meddeb avait décidé de rassembler les huit entreprises distinctes qu’il détient – dont deux avec le géant Danone et une avec le fromager Bongrain (lire ci-contre) – au sein d’une société mère née en 2013, Délice Holding. « Il était temps de restructurer nos activités, car nous avions atteint une taille critique », explique Boubaker Mehri. Et d’ajouter : « L’introduction en Bourse va nous permettre d’accroître notre notoriété, de partager les fruits de notre croissance, d’améliorer notre gouvernance et notre transparence. L’arrivée de nouveaux actionnaires nous apportera également une nouvelle dynamique, afin de pérenniser la success-story. »

Exonération

Outre les aspects managériaux et organisationnels, cette entrée en Bourse de Délice Holding, moins de deux ans après sa création, va aussi permettre aux actionnaires de bénéficier de mesures fiscales avantageuses, notamment l’exonération d’impôts sur les plus-values. En clair, la revalorisation des actifs du groupe effectuée l’an dernier et la cession des 15 % de son capital en Bourse ne seront pas imposées.

Mais au-delà de la bonne affaire, l’opération devrait aussi permettre de financer au moins 10 % du programme d’investissements de 289 millions de dinars prévu par le groupe entre 2014 et 2018, dont le but est d’augmenter les capacités locales de production. « Nous estimons que le groupe dispose de fondamentaux solides, caractérisés notamment par ses avantages concurrentiels et son ambitieux programme d’investissements, qui lui permettront de maintenir sa position de leader sur certains segments comme le lait et les yaourts », affirme Haifa Belghith, analyste financière chez Amen Invest.

Seul bémol de ces belles perspectives, la valorisation du groupe, qui se situe entre 760 et 850 millions de dinars, semble élevée par rapport au reste du marché. « Selon nous, cela pourrait réduire la marge de progression du titre en Bourse », analyse Kais Kriaa. Cependant, « elle peut se justifier par le caractère défensif du titre. En effet, les ventes des produits de grande consommation sont peu sensibles à la conjoncture économique », rappelle Haifa Belghith.

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