Politique

Que reste-t-il d’Eyadéma ?

Le pays s’apprête à célébrer, le 5 février, le troisième anniversaire de la disparition de son ex-président. Plutôt discrètement.

Par - Georges Dougueli
Mis à jour le 28 janvier 2008 à 11:38

Trois ans après le décès d’Étienne Gnassingbé Eyadéma, le 5 février 2005, qu’est devenu le Togo sous la présidence de son fils ? À première vue, un pays qui cultive la nostalgie des trente-huit années de pouvoir du défunt général. Vestiges du culte de la personnalité aujourd’hui révolu, de grands portraits le représentant sont restés accrochés sur les murs de certains bâtiments publics. L’aéroport de la capitale ainsi que la prison portent toujours son nom. Et nul n’envisage de les débaptiser. Mais, à y regarder de plus près, les choses tendent à évoluer peu à peu.
Dans le droit fil de sa politique d’apaisement, le jeune chef de l’État a décidé cette année de célébrer le 13 janvier – date commémorative à la fois de l’accession de son père au pouvoir et de l’assassinat du père de l’indépendance Sylvanus Olympio – sans faste particulier. Inimaginable il y a encore quelques années. En réalité, Faure Gnassingbé, 42 ans, cherche ses marques à la tête de l’État. Et semble vouloir dépoussiérer un héritage jugé encombrant. Avec force précautions toutefois.
Le Rassemblement du peuple togolais (RPT), l’ancien parti unique créé par Eyadéma, en a été le principal laboratoire. Renouvelée à près de 40 % à l’issue des élections primaires qui ont précédé les législatives de 2007, la formation s’est débarrassée de nombreuses « têtes blanches » pour laisser éclore de jeunes loups. Certains d’entre eux, des anciens camarades de classe de « Faure » pour la plupart, ont même directement intégré le cercle du pouvoir. Ainsi Pascal Bodjona, ancien directeur de cabinet présidentiel, a été nommé, le 13 décembre dernier, ministre de l’Administration territoriale et porte-parole du gouvernement. Parmi les autres proches figurent également Gilbert Bawara, le ministre de la Coopération ; Marc Ably Bidamon, qui dirige à la fois Togo Cellulaire et les Douanes ; Charles Takou, directeur général de la Société nouvelle des phosphates du Togo (SNPT) ; et Ingrid Awadé-Nanan, directrice des impôts.
La présidence n’a pourtant pas définitivement rompu avec l’ancienne génération. Le juriste français Charles Debbasch, l’ex-« monsieur Communication » Pitang Tchalla, le sherpa Barry Moussa Barqué ou le secrétaire général du RPT Esso Soli Toki ont gardé les faveurs du jeune successeur.

Des « grognards » sur la touche
Dans la Grande Muette, les anciens affidés du général ont, eux aussi, fait les frais de la montée en puissance de la nouvelle génération. Si le chef des Forces armées, Zakari Nandja, a gardé la confiance de Faure Gnassingbé, qui a décidé de rattacher la Défense à la présidence, le 13 décembre dernier, de nombreux « grognards » d’Eyadéma ont été mis sur la touche. Le général Seyi Memene, ancien tout-puissant ministre de l’Intérieur, occupe désormais son temps comme premier vice-président de la Confédération africaine de football (CAF). Quant au général Zoumaro Gnofame, un des grands artisans de la succession, il se consacre à plein-temps au Comité national olympique du Togo
La méthode Faure, qui tranche avec le tempérament de hussard de son soldat de père, est loin de faire l’unanimité dans son camp et au sein de sa propre famille. L’éviction de son frère Kpatcha, réputé plus proche de son père, du poste de ministre de la Défense n’y est sans doute pas étrangère. Aux yeux de l’entourage de feu Eyadéma, le devoir du jeune successeur était d’assurer la continuité de l’État, mais aussi – et surtout – de perpétuer le régime et ses privilèges. Mais Faure n’est pas la réincarnation du « Baobab de Kara ». Là où le général passait en force, lui négocie. Contre la volonté de l’aile dure du RPT, il n’a pas hésité à rencontrer plusieurs fois l’ennemi héréditaire Gilchrist Olympio. Et a proposé à l’Union des forces du changement (UFC, opposition) d’entrer au gouvernement Komlan Mally, constitué au lendemain des élections législatives d’octobre 2007, que les bailleurs de fonds internationaux ont jugées satisfaisantes. À tel point qu’ils ont décidé de renouer leurs relations avec le pays. Aujourd’hui, le Togo est redevenu une destination fréquentable pour les investisseurs et pour l’aide publique au développement. Le fils ne s’y serait pas mieux pris pour se démarquer de son père.