Elections

Législatives au Gabon : dernière ligne droite pour Barro-Chambrier, seul ténor de l’opposition encore en lice

Alexandre Barro Chambrier, le 16 juillet 2015 à Libreville.

Alexandre Barro Chambrier, le 16 juillet 2015 à Libreville. © YVAN G.PICTURES POUR J.A

Arrivé de justesse en tête au premier tour, Alexandre Barro-Chambrier du Rassemblement héritage et modernité affronte Séverin Pierre Ndong Ekomi du Parti démocratique gabonais pour l’un des derniers duels à enjeux des législatives.

19 h 30, quartier d’Awendjé dans le quatrième arrondissement de Libreville. Dans les ruelles escarpées et animées de ce secteur de l’est de la capitale, Alexandre Barro-Chambrier et son équipe de campagne continuent de battre le pavé en ce début de soirée moite. « On mouille la chemise au sens propre du terme », ironise un militant. Porte-à-porte ou discussions à la volée avec les sympathisants et simples habitants du quartier… Passée le constat de la débâcle de l’opposition au premier tour, le chef de file du Rassemblement héritage et modernité (RHM) occupe le terrain à 72 heures du vote.

Razzia du PDG

« ABC » le sait, tous les regards sont tournés vers le quatrième arrondissement. C’est ici, loin du bord de mer lisse de la capitale gabonaise, que va se dérouler samedi 27 octobre, l’un des derniers duels décisifs du second tour des législatives gabonaise. Face à l’ancien ministre se présente le candidat du parti au pouvoir, Séverin-Pierre Ndong Ekomi, une des nouvelles têtes inscrites sur les listes par Ali Bongo Ondimba dans le cadre sa politique de renouvellement générationnelle.

Ndong Ekomi a recueilli 38,78 % des voix, selon des résultats que Barro Chambrier, arrivé en tête avec 40,19%, a largement contesté. Transhumance électorale, achat de voix, falsification des procès-verbaux, “ABC” a accusé le PDG d’avoir utilisé toute « sa puissante machine » pour tenter un passage en force son candidat.

« Ce résultat traduit surtout un ras-le-bol dans l’arrondissement réputé fief des Barro-Chambrier », répond de son côté le candidat PDG. Réunis pour une “causerie” sur le terrain de basket du quartier d’Awendjé, plus d’une centaine de militants sont venus soutenir le candidat du RHM ce soir là, au rythme des « PDG K.O ». Dans ce fief familial du candidat RHM où le père, ancien président de l’Assemblée nationale a lui même été député pendant plusieurs années, « la patte Barro-Chambrier se retrouve partout », assure une militante.


>>> À LIRE – Législatives au Gabon – Alexandre Barro-Chambrier : « Il a manqué à l’opposition la volonté d’unité qui l’animait en 2016 »


Même si l’issue de cet affrontement ne changera pas la face de la future Assemblée, la razzia du PDG au premier tour assurant déjà au parti du président une écrasante majorité dans l’hémicycle, “ABC” reste le dernier poids lourd de l’opposition en lice.

Un détail, compte-tenu de la débâcle des adversaires du PDG, mais un détail qui a son importance pour une opposition qui, si elle parvient à se constituer un nombre de députés suffisant, se cherchera un chef de file. La défaite au premier tour du leader du parti Les Démocrates (LD), l’ex-président de l’Assemblée Guy Nzouba-Ndama, dans le 2ème arrondissement de la Koulamoutou ou encore de Jean-Gaspard Ntoutoume Ayi, jeune cadre influent de l’Union Nationale, à Akanda place Barro-Chambrier comme une des dernières personnes en lice à même d’incarner cette figure.

L’inconnue de l’abstention

Au-delà des accusations de fraudes, « ABC » reconnaît ne pas avoir assez occupé le terrain dans son arrondissement avant le premier tour. « Nous avons fait le tour du pays avec le président de l’Union nationale [Zacharie Myboto, ndlr] dans le cadre de notre alliance. Je me suis peut-être un peu dispersé à ce moment là », admet-il. « L’opposition n’a pas réussi la grande union qui lui aurait permis de montrer un meilleur visage », ajoute-t-il.

Dans les coulisses du QG de campagne,  le discours est plus direct. « Guy Nzouba-Ndama et Les Démocrates ont joué un jeu d’équilibriste qui a pénalisé tout le monde en faisant campagne seul », estime un proche du chef de file du RHM.

Si il n’y a pas de bourrage d’urnes, je pense que Barro-Chambrier a toutes ses chances

Pour autant, “ABC” se montre confiant, à trois jours du vote et malgré des pronostics défavorables. En effet, Séverin-Pierre Ndong Ekomi a reçu le 17 octobre le soutien de la candidate du Centre des libéraux réformateurs, parti de la majorité présidentielle, malgré les récentes tensions entre ce parti et le PDG. « Ce sont des tensions de façade, c’est juste un moyen de faire monter les enchères », assure-t-on dans l’opposition. Crédité de 15,13% et classé troisième, le parti de Jean Boniface Assélé pourrait jouer les rôles de faiseurs de rois.

Cinquante-neuf voix. C’est tout ce qui sépare les deux hommes à l’issue du premier tour. Une goutte d’eau, dans un arrondissement qui compte 12 947 électeurs mais où seulement 34,47% de ceux-ci ont voté. Depuis, dans l’équipe d’Alexandre Barro-Chambrier, on sort les calculatrice. « Le report des voix n’est pas une science exacte » au Gabon, estime Franck Njimbi de l’Union nationale. L’homme qui avait soutenu Jean Ping en 2016 face à Ali Bongo s’est retrouvé bien entouré.

« Si il n’y a pas de bourrage d’urnes, je pense que Barro-Chambrier a toutes ses chances », poursuit Jean-Gaspard Ntoutoume Ayi. « À nous de faire en sorte que le vote se déroule correctement, si il faut déployer trois personnes par bureau de vote pour observer et éviter toutes irrégularités, nous le ferons », ajoute l’ancien énarque.

« No name »

Face à “ABC” se dresse donc un jeune « PDGiste ». Propulsé secrétaire du PDG dans le 4ème arrondissement il y a un peu plus d’un an, Séverin-Pierre Ndong Ekomi est un relatif inconnu sur la scène politique. Un « no name », comme il se surnomme lui-même, qui assure incarner le renouveau dans un parti qui en a fait son mot d’ordre pour ce scrutin avec le chiffre étendard de 65% de nouveaux visages sur les listes.

« Barro-Chambrier est synonyme d’arrogance dans le quatrième arrondissement », lance-t-il. Convaincu de la « lassitude » des gens de ce quartier de l’est de Libreville, le novice du PDG préfère esquiver les accusations de fraudes de l’opposition. « Barro Chambrier est un PDGiste dans l’âme qui critique aujourd’hui le système dont il a fait partié, estime le candidat a qui l’opposition reproche un « manque de maturité ». « Nous sommes bien parti, assure-t-il, mais il faut rester sur nos gardes ».

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