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Sénégal : la SDE perd l’exploitation de l’eau potable face à Suez

Senegalaise des eaux, à Dakar © Sylvain Cherkaoui pour JA

Le 23 octobre, le ministère de l’Hydraulique et de l’Assainissement a attribué la concession provisoire du service public de l’eau à Suez, mettant fin à un partenariat de vingt-deux ans avec la Sénégalaise des eaux (SDE), filiale d'Eranove.

C’est la fin de la première manche. Depuis des mois, la question de l’attribution de la concession de l’eau potable en zone urbaine agite la Sénégalaise des eaux, attributaire du contrat d’affermage depuis 1996. Le 23 octobre, et après des mois d’attente – le ministère de l’Hydraulique et de l’Assainissement s’était engagé à donner une réponse dès le mois de juin -, elle vient de perdre, pour l’heure, le contrat qui la liait à l’État au profit du Groupe Suez.

« Suez confirme avoir reçu une notification du gouvernement sénégalais le déclarant attributaire provisoire de l’appel d’offres international pour la gestion de service public de production et de distribution d’eau potable en zone urbaine et péri-urbaine. Le Groupe se réjouit d’avoir franchi cette étape », indique sobrement le géant français dans un communiqué.

Après une attente jugée inédite, les autorités ont en effet choisi d’attribuer provisoirement l’appel d’offres international lancé en mai 2016 au groupe français. La décision a créé la surprise au sein de la SDE, filiale du français Eranove, dont le directeur général Abdoul Baal confiait à Jeune Afrique, il y a une dizaine de jours encore : « Nous attendons avec sérénité. Sauf cataclysme, le partenariat entre l’État et la SDE va se poursuivre encore longtemps ».

L’offre de Suez jugée « plus cohérente »

Cataclysme donc. D’autant qu’après la présélection des trois offres techniques de Suez, Veolia et la SDE, l’offre financière de cette dernière a été reconnue comme étant la moins-disante. « L’autorité en charge du dossier avait publiquement révélé que la Sénégalaise des eaux avait proposé l’offre financière ayant le meilleur prix », a rappelé la SDE par le biais d’un communiqué publié le 17 octobre.


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« L’appel d’offres technique n’était pas une étape décisive. Selon le cahier des charges, la décision finale devait se baser sur l’offre financière », dénonce Elimane Diouf, responsable du syndicat majoritaire de la SDE.

« Il ne s’agit pas de l’offre technique uniquement, ou de l’offre financière uniquement », rétorque Mamadou Dioukhane, directeur de l’administration générale et de l’équipement du ministère de l’Hydraulique. « Il s’est agi de choisir l’offre économiquement la plus avantageuse, soit la plus cohérente entre l’offre technique et l’offre financière. »

L’incompréhension de la SDE

Du côté de la filiale d’Eranove, c’est l’incompréhension. « Nous sommes là depuis vingt-deux ans maintenant et nous avons un bilan honorable  », avance Abdoul Baal, directeur général. Les pénuries d’eau qui paralysent Dakar depuis le printemps ? « Elles n’ont rien à voir avec les éléments de l’appel d’offres et ne rentrent pas en ligne de compte. D’autant que nous n’en sommes pas responsables. Elles relèvent d’un déficit de production par rapport à la demande, donc de l’État », balaie-t-il. En vue d’un réexamen, la SDE prévoit d’engager un recours gracieux. Elle dispose de cinq jours pour le faire.

Mais la perte par la SDE du contrat d’affermage, qui vient à terme le 21 décembre 2018, soulève surtout des craintes sociales du côté des syndicats. « Les informations dont nous disposons indiquent que Suez arrivera au Sénégal avec son équipe d’expatriés. À l’heure où l’on parle de préférence nationale, c’est incompréhensible et immoral », dénonce Mamadou Mignane Diouf.

Pas selon les termes de l’appel d’offres. « L’ensemble du personnel sera repris par Suez, c’est ce que prévoit le cahier des charges », avance Mamadou Dioukhane sans donner davantage de détails, ceux-ci « ne pouvant être révélés tant que le processus est en cours ».

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