Diplomatie

RDC : ITI, la discrète ONG sud-africaine qui veut rassembler l’opposition congolaise

De gauche à droite : Martin Fayulu, Adolphe Muzito et Vital Kamerhe. © Vincent Fournier pour JA / Gwenn Dubourthoumieu pour JA

Les grands partis de l’opposition congolaise se réunissent depuis mercredi à Johannesburg. À l’origine de cette initiative, une discrète ONG sud-africaine, dirigée par d’anciens négociateurs de la fin de l’apartheid.

Jean-Pierre Bemba, Moïse Katumbi ou encore Félix Tshisekedi manquent à l’appel de la réunion des opposants congolais, qui s’ouvre à Johannesburg mercredi 24 octobre. Mais Ivor Jenkins reste satisfait. « Chaque parti a envoyé deux délégués et toutes les formations sont représentées », affirme-t-il à Jeune Afrique.

Résolutions de conflits et transitions politiques

Ce consultant sud-africain, spécialisé dans la résolution des conflits et les transitions politiques, est l’un des directeurs de l’« In transformation initiative » (ITI), une ONG sud-africaine fondée en 2013 par d’anciens acteurs de la transition post-apartheid sud-africaine pour « soutenir […] les solutions pacifiques et durables » aux conflits à travers la planète.

C’est cette organisation qui a invité les parties congolaises à se réunir, les 24 et 25 octobre, à Johannesburg, « pour leur donner une opportunité de discuter des problèmes qui se posent autour des élections en RDC », selon Jenkins. Parmi les chefs de parti présents en Afrique du Sud, on compte notamment Vital Kamerhe, Adolphe Muzito, Martin Fayulu, Freddy Matungulu ou encore l’indépendant Mabaya Gizi.


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Ces membres de l’opposition ont, pour l’instant, des divergences sur la stratégie à adopter en vue de la prochaine présidentielle, notamment sur l’éventualité d’un boycott du scrutin en cas de maintien des controversées machines à voter par la Commission électorale nationale indépendante (Céni), et sur le nom du candidat commun qu’elle pourrait soutenir.

Proximité avec les pouvoirs sud-africains

Outre Jenkins, on trouve, parmi les directeurs de l’ITI Roelf Meyer, qui fut le chef négociateur du gouvernement du Parti national (au pouvoir pendant l’apartheid). Il était notamment en charge des négociations avec le Congrès national africain (ANC) alors représenté par Cyril Ramaphosa, depuis devenu président d’Afrique du Sud. Il a aussi été ministre sous Nelson Mandela.

Mohammed Bhabha, un ex-membre de l’ANC, ou encore Ebrahim Ismail Ebrahim, ancien membre de la branche armée clandestine de ce parti, sont aussi partie des directeurs de l’organisation.

En dépit de ces proximités avec le pouvoir sud-africain, Jenkins dément tout lien entre Pretoria et leur initiative. « Nous sommes une organisation indépendante, nous avons lancé cette initiative de manière indépendante du gouvernement sud-africain. Les autres engagements passés ou présents de nos directeurs sont hors sujet », assure-t-il à Jeune Afrique.

Les relations entre le pouvoir congolais et ses voisins d’Afrique australe sont scrutés de près ces derniers mois. Les présidents sud-africains Cyril Ramaphosa et João Lourenço souhaitent notamment que la présidentielle congolaise puisse se tenir dans les temps et dans de bonnes conditions en décembre prochain.


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Kinshasa a de son côté récusé l’ancien président sud-africain Thabo Mbeki, nommé envoyé spécial de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) au moins d’août. La semaine dernière, le président sud-africain Cyril Ramaphosa avait pour sa part annulé à la dernière minute sa venue à Kinshasa pour la réunion de la commission binationale.

Nous ne voulons plus d’envoyés spéciaux, d’où qu’ils viennent, car nous ne sommes pas un pays en crise

« Il a annulé sa venue pour des raisons purement médicales et non politiques », affirme Barnabé Kikaya bin Karubi, le conseiller diplomatique du président congolais Joseph Kabila, démentant toute tension avec l’Afrique du Sud. « Cinq membres du gouvernement sud-africains étaient présents, ajoute-t-il. C’est vrai que Thabo Mbeki est Sud-Africain, mais notre décision n’était pas prise contre lui. Nous ne voulons plus d’envoyés spéciaux, d’où qu’ils viennent, car nous ne sommes pas un pays en crise. Nos relations avec Pretoria sont au beau fixe. »


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Kikaya bin Karubi affirme par ailleurs que cette réunion de l’opposition se terminera « en queue de poisson, comme les précédentes, à Gorée ou à Genval ». « Cette opposition est incapable de se réunir au Congo et de parler d’une même voix. Nous ne sommes pas inquiets. »

Selon Jenkins, l’ITI avait par ailleurs cherché à inviter des représentants du pouvoir congolais. « Nous sommes neutres : nous avons envoyé une délégation à Kinshasa il y a trois semaines pour inviter toutes les parties prenantes, y compris le parti au pouvoir. Mais ce dernier ne nous a pas reçu », explique-t-il.

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