Économie

Ambition Africa 2018 : la France réunit le monde des affaires à Bercy

Le panel consacré au financement © DR / Ambition Africa

La rencontre d'affaires qui se tient à Bercy les 22 et 23 octobre réunit au ministère français de l'Économie et des Finances entreprises françaises et africaines. Au menu de la première matinée, les épineuses questions de environnement des affaires et du financement de l'économie sur le continent.

Organisé par l’agence publique Business France, le forum Ambition Africa réunit les 22 et 23 octobre plus de 500 entreprises françaises et africaines pour échanger sur les opportunités d’affaires sur le continent. La première matinée a été consacrée à deux problématiques clefs pour le secteur privé en Afrique : celles de l’environnement des affaires et du financement des entreprises.

Pour Mossadeck Bally, fondateur et PDG du groupe Azalai Hotels, le climat des affaires s’améliore en Afrique de l’Ouest et l’UEMOA est y pour beaucoup, notamment grâce à la convergence de la fiscalité qu’elle entraîne entre les différentes économies de la zone. « C’est pour ça que ma société est basée au Mali, et pas à Maurice », a-t-il assuré.

Une opinion que partage Alexandre Maymat, responsable de la région Afrique, de la Société générale. Pour lui, l’intégration régionale a été un facteur de stabilité, notamment sur le plan financier avec le franc CFA, mais doit encore aller plus loin, avec l’intégration dans les domaines fiscal et douanier.

Nouvelles technologies

Si la hausse de la pression réglementaire est importante dans le secteur bancaire, ses effets ne sont pas négatifs, a-t-il estimé, jugeant en revanche qu’il y a « trop d’acteurs bancaires, trop de banques vulnérables » et suggérant de « les regrouper pour créer des groupes plus fort, plus résilients ».


>>> À LIRE : Alexandre Maymat, Société générale : « Nous restons la seule banque internationale avec une ambition africaine forte »


D’après Vincent Rouaix, PDG de la société de services du numérique GFI Informatique, l’adoption des nouvelles technologies par les économies africaines, et notamment dans le domaine fiscal, pourrait leur permettre de réaliser un rattrapage rapide, en particulier en termes d’environnement des affaires. « Certains pays ont adopté les dernières solutions en matière d’imposition, et sont plus en avance que bien des pays européens », a-t-il déclaré, citant notamment le Mali.

Benoit Gauthier, chef du service économique Afrique de l’Est et Océan Indien de la Direction générale du Trésor, a en outre pointé l’informel, qui constitue selon lui un frein pour le financement des PME. Celles-ci sont réticentes à ouvrir leurs comptes et à dévoiler la structure de leur capital, ce qui rend difficile l’estimation de la qualité des collatéraux qu’elles proposent.

L’informel, un frein au financement ?

Le conseiller économique a pointé le manque d’incitation pour les PME à rentrer dans un système formel où elles subiraient la même régulation que les grandes entreprises et seraient taxées fortement, une part importante des recettes publiques africaines reposant sur les sociétés.

Arnaud Ventura, directeur général et fondateur de l’institution de microfinance Baobab nuance toutefois le fait que l’informel soit un obstacle au bon déroulement d’une activité économique : seuls 1,5 % des clients de Baobab, pour la plupart dans l’informel, ont des retards de paiements supérieurs à trente jours, a-t-il signalé.

Pour Zineb Abbad El Andaloussi, associée d’Helios Investment Partners LLP, l’enjeu est d’accompagner les entreprises africaines dans leur montée en gamme en termes d’accès aux financements. « Il faut que les PME, les sociétés familiales, se professionnalisent en terme de gouvernance, de reporting, de business plan et que les bailleurs s’engagent en leur faveur » a-t-elle souligné.

Vers un rebond des IDE à destination de l’Afrique ?

Benoît Chervalier, président et cofondateur de la société de conseil One2Five Advisory, a rappelé que, malgré la vision d’une Afrique « très entreprenante », les flux d’IDE à destination du continent ont diminué entre 2012 et 2017, passant de 70 à 42 milliards d’euros. Il a toutefois estimé que le plancher a été atteint, et que les investissements étrangers devraient repartir à la hausse, en raison notamment d’un niveau de prix du pétrole plus élevé.

Mais le risque pourrait être de créer une Afrique à deux vitesses, avec un tiers du continent recevant un part importante des investissements (70 % de ces flux sont concentrés dans cinq pays) et intégrée économiquement, tandis que les deux tiers restant seraient à l’écart de cette dynamique économique. Ce constat se fait également en matière de climat des affaires, avec des performances très variables au classement Doing business de la Banque mondiale, de la 25e place de Maurice au 190e rang affiché par la Somalie.

In fine, ces grandes économies dynamiques doivent jouer un rôle de catalyseur de la croissance pour le reste de l’Afrique. « Le décollage n’aura lieu qu’au moment où les acteurs économiques, les grandes entreprises africaines, auront atteint une taille critique capable d’emporter le reste du continent dans son sillage », a-t-il conclu.

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