Politique

Comores : l’armée contrôle la médina de Mutsamudu, sur l’île d’Anjouan

Comores: l'armée contrôle la médina de Mutsamudu, sur l'île d'Anjouan Des soldats comoriens sont stationnés aux abords de la médina de Mutsamudu à Anjouan, le 19 octobre 2018. Des soldats comoriens sont stationnés aux abords de la médina de Mutsamudu à Anjouan, le 19 octobre 2018. © afp.com - YOUSSOUF IBRAHIM

Les forces comoriennes ont pris le contrôle samedi de la médina de Mutsamudu, capitale de l'île d'Anjouan, dans laquelle des rebelles opposés au président Azali Assoumani étaient retranchés depuis six jours.

« L’armée a repris la médina », a déclaré à l’AFP le ministre de l’Education nationale, Mahamoud Salim Hafi, originaire d’Anjouan et négociateur pour le gouvernement. Un journaliste de l’AFP a pu constater la présence de nombreux militaires dans la vieille ville et l’absence de rebelles en armes dans les rues.

Les habitants étaient satisfaits de la prise de contrôle par l’armée, qui s’est produite sans coup de feu.

Un habitant, Patrick Houmad, affichait un sourire radieux, voulant déjà oublier sa « semaine sans eau ni électricité ». « On se nourrissait difficilement, grâce à l’entraide des voisins, mais le plus difficile était d’être privé d’eau et d’électricité », renchérissait son voisin Djamou Houkoum.

Ruelles vides et portes closes

Un commerçant, Djamal Abdallah, a vécu cette situation comme « une prise d’otages ». « Aujourd’hui je ne rêve que de paix, je ne prierai que pour la paix ».

Un groupe de militaires avance en file indienne dans la ruelle, silencieux.

Salma Mohamed Dossar en profite pour ouvrir sa porte, rassurée et souriante: « Des jours difficiles, tout le monde a fui la maison, moi j’ai refusé de partir, on m’a pris pour une folle, je n’abandonnerai jamais ma maison! ».

Mais la plupart des ruelles restent encore vides, les portes closes. Et, place Maknour, des débris de pierres, de grenades lacrymogènes témoignent de la violence des affrontements de ces derniers jours.

Tous les habitants interrogés affirment n’avoir vu aucun rebelle durant ces six jours de siège. Un notable dit n’avoir « aucune idée de l’identité des rebelles, mais ce sont des enfants du pays, c’est sûr, certainement avec des renforts venus de Mayotte (île française voisine) ».

« On s’en fout de l’identité des rebelles, ou de savoir où sont leurs armes. Notre objectif était de libérer Mutsamadu de ces gens-là, c’est fait », lance un jeune militaire au visage inondé de sueur.

Rebelles absents

Selon le ministre de l’Éducation, qui mène depuis vendredi les négociations avec les rebelles, les opposants, au nombre estimé d’une quarantaine, n’avaient toujours pas remis leurs armes samedi matin malgré l’offre d’impunité en échange du désarmement faite vendredi par le gouvernement.

La cinq portes de la petite médina de Mussamudu étaient samedi bouclées par les militaires, empêchant à priori toute fuite des rebelles.

L’objectif est le retour à un situation normale lundi

Ils ont donc vraisemblablement quitté la vieille ville pendant les négociations de vendredi, jour de prières, entre le gouvernement et l’exécutif d’Anjouan.

« L’objectif est le retour à un situation normale lundi », a déclaré samedi soir le ministre de l’Education nationale.

Les affrontements de cette semaine entre les rebelles et l’armée comorienne à Mutsamudu ont fait trois morts, selon les autorités, et au moins six personnes ont été grièvement blessées, d’après une source hospitalière à Mutsamudu.

Les autorités accusent le parti Juwa, de l’opposant et ancien président de l’archipel Abdallah Sambi, originaire d’Anjouan, d’être à l’origine des violences qui ont éclaté lundi quand les manifestants ont érigé des barricades et que les forces de l’ordre les ont démantelées.



Les opposants, qui accusent le président Assoumani de se comporter en dictateur « de république bananière » et de vouloir se maintenir au pouvoir, renvoient la responsabilité de la situation au gouvernement.

Le climat politique s’est dégradé aux Comores depuis le référendum constitutionnel du 30 juillet dernier. Ce scrutin aux allures de plébiscite (92,74% de oui) a renforcé les pouvoirs du président Azaku Assoumani, l’autorisant à accomplir deux mandats successifs au lieu d’un.

Depuis 2001, la présidence était attribuée tous les cinq ans à un représentant de l’une des trois îles du pays (Grande-Comore, Anjouan et Mohéli). Il était prévu qu’Anjouan prenne la prochaine présidence.

Mais le président Assoumani, ex-putschiste élu en 2016, a annoncé son intention d’organiser un scrutin présidentiel anticipé l’an prochain, ce qui lui permettrait de remettre les compteurs électoraux à zéro et de régner sur l’archipel, en cas de victoire, jusqu’en 2029.

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