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Politique

Présidentielle au Cameroun : le Conseil constitutionnel rejette les recours de l’opposition

Dans un bureau de vote de Yaoundé, lors de la présidentielle du 7 octobre 2018. © Sunday Alamba/AP/SIPA

Joshua Osih et Maurice Kamto ont vu leurs recours rejetés par le Conseil constitutionnel le 18 octobre, au cours de la troisième journée d’examen du contentieux post-électoral. Si la proclamation officielle des résultats est prévue au 22 octobre, ces décisions laissent un peu plus entrevoir la victoire de Paul Biya.

La salle d’audience du Conseil constitutionnel a retenu son souffle à l’annonce du verdict du recours en annulation partielle déposée par Maurice Kamto, candidat du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) à la présidentielle du 7 octobre. « Le Conseil constitutionnel à l’unanimité des membres décide qu’en la forme, le recours de sieur Kamto est recevable (…). Au fond, il rejette cette requête car non justifiée », a déclaré Clément Atangana, le président du Conseil.

Cette déclaration était l’un des temps forts de cette journée, pourtant essentiellement consacrée à l’examen du recours en annulation de l’élection déposé par Joshua Osih. Une audience au cours de laquelle les avocats du candidat du Social Democratic Front (SDF), se sont succédé à la barre pour défendre la position de leur client. Une défense axée sur six points, visant à démontrer que le scrutin a été émaillé d’une « kyrielle d’irrégularités ». Les requérants estiment que celles-ci mettent « à mal l’unité nationale » et qu’elles compromettraient « la sincérité du résultat de ladite élection. »


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L’insécurité, les violences, les couvre-feux et l’état de guerre permanent qu’ils vivent au quotidien a émoussé la volonté des plus courageux à aller voter

La crise anglophone au cœur de l’audience

La plaidoirie des avocats de la défense de Joshua Osih a notamment porté sur la question du vote dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Une zone où un taux d’abstention massif a été enregistré le jour du scrutin, en raison de la crise socio-politique qui y sévit depuis près de deux ans.

« Les populations de ces régions n’ont pas voté. L’insécurité, les violences, les couvre-feux et l’état de guerre permanent qu’ils vivent au quotidien a émoussé la volonté des plus courageux à aller voter. C’est une violation flagrante de l’article 21 de la déclaration universelle des droits de l’homme », a expliqué Me Mustapha Ngouana, l’un des avocats de Joshua Osih, avant d’énumérer une dizaine de bureaux de vote du département de la Mezam (Nord-Ouest), où le nombre de votants était de zéro.

Elecam n’est pas responsable de la crise qui secoue ces zones

Interpellé, Elecam, l’organe en charge des élections, n’a pas hésité à se défendre. « Elecam n’est pas responsable de la crise qui secoue ces zones », a rétorqué Abdoulkarimou, le directeur général adjoint de l’organe. « Nos agents étaient aussi la cible des séparatistes pendant le scrutin, et nous ne pouvons pas admettre que les avocats de monsieur Osih viennent ici nous accuser d’avoir failli à notre mission. Pas plus tard que hier, un employé d’Elecam a reçu une balle à Ekondo-Titi, ça fait mal d’entendre ce qui a été dit ici », a-t-il expliqué, pour démettre la responsabilité de l’organe en charge des élections dans la défaillance observée en zones anglophones.

Annulation du vote

Face aux arguments présentés par le collège d’avocats de la défense, le président du Conseil constitutionnel a recentré les débats sur la requête du candidat Joshua Osih, à savoir l’annulation du vote. « La loi donne 20 à 40 jours pour reprendre une élection en cas d’annulation, pensez-vous qu’on puisse résoudre la crise anglophone dans ces délais avant de reprendre l’élection ? », a demandé Clément Atangana aux avocats du candidat, qui se sont empressés de répondre par l’affirmative.

Engageons une bonne fois pour toutes ce dialogue dont tout le monde parle sans jamais faire le premier pas

« Si on lance un dialogue inclusif, il est possible, dans un laps de temps, de résoudre cette situation. Parlons-nous comme des Camerounais, engageons une bonne fois pour toutes ce dialogue dont tout le monde parle sans jamais faire le premier pas », a répondu Me Ngouana.

La conviction de l’avocat n’a pas convaincu les membres du Conseil constitutionnel. Il est 2 heures lorsque ceux-ci reviennent d’une brève délibération, pour annoncer le rejet de ce recours « car non justifié ». Pour Clément Atangana et ses pairs, la participation des populations dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest était effective, avec un nombre de votants évalués respectivement à 39 000 et 85 000 personnes. Il a par ailleurs ajouté que le score obtenu par Joshua Osih dans cette zone n’était pas en mesure de « changer le résultat final de l’élection ».

Disons-nous les vérités, les régions anglophones sont dans un état de guerre

« Je suis depuis 1988 à Douala 1er mais j’ai des origines et je ne peux pas permettre qu’on vienne nous dire ici qu’avec ce qu’il s’est passé dans mon département d’origine, qui rapporte 80 % des recettes de l’État, que tout va bien. Disons-nous les vérités, les régions anglophones sont dans un état de guerre », a commenté le candidat Joshua Osih au sortir de l’audience.

Proclamation des résultats

La fin de l’audience relative à l’examen des recours ouvre désormais la voie à la proclamation des résultats. Aucun changement ne devrait être apporté aux chiffres compilés par la Commission nationale de recensement des votes, et qui donnent le président Biya largement vainqueur avec un score de près de 71 % des voix.

Il est suivi de Maurice Kamto et Cabral Libii, avec des scores de près de 14 % et 6 %. Le code électoral donne jusqu’au lundi 22 octobre pour la proclamation officielle des résultats, mais des indiscrétions indiquent qu’elle pourrait se tenir dès le samedi 20 octobre.

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