Elections

RDC – Jean-Philibert Mabaya : « Je suis le meilleur candidat, sans ambition démesurée »

Le sénateur Jean-Philibert Makaya, candidat à la présidentielle en RDC. © Trésor Kibangula/JA

Esquisse de leur programme, machine à voter, fichier électoral... Vingt-un candidats en lice pour la présidentielle du 23 décembre en RDC se livrent chaque semaine à Jeune Afrique. Entretien du jour avec Jean-Philibert Mabaya.

Ses soixante-dix ans approchant, il se rêve désormais en président de la République. Mieux, il dit vouloir « [s]’offrir en sacrifice pour donner une autre image de son pays ». Questeur au bureau de la chambre haute du Parlement congolais, Jean-Philibert Mabaya, l’un des 21 candidats en lice pour la présidentielle du 23 décembre en RDC, veut « mettre fin au système ».

Cheminot de formation, passé par la faculté de polytechnique de Lovanium (actuelle université de Kinshasa), le sénateur de Kwilu a d’abord gravi tous les échelons au sein de l’Office national des Transports (Onatra), rebaptisé aujourd’hui Société commerciale des transports et des ports (SCTP). De 1985 à 2001, Jean-Philibert Mabaya a occupé successivement les fonctions de directeur des voies et travaux, directeur du département des chemins de fer, administrateur directeur technique, administrateur directeur général. Puis, Augustin Katumba Mwanke, alors éminence grise du président Joseph Kabila, est passé par là et l’a congédié pour « mettre les siens », soutient celui qui sera élu ensuite député de Masi-Manimba, en 2011. Un siège depuis laissé à son suppléant.

Chantre de la démocratie chrétienne, « doctrine sociale de l’Église », Mabaya s’est décidé in extremis à se lancer dans la course, « poussé », dit-il, par des notables et des jeunes. Parce qu’il a « bien géré sa famille » (« tous mes enfants sont universitaires, dont un ingénieur civil aux États-Unis », aime-t-il rappeler), le candidat du regroupement politique Arc-en-Ciel croit pouvoir redresser la RDC. Nous l’avons rencontré dans sa résidence de La Gombe, à Kinshasa.

Jeune Afrique : Qu’est-ce qui vous a finalement décidé à vous présenter ?

Jean-Philibert Mabaya : Je vais vous faire une confidence. Début août, j’ai rendu visite à un responsable onusien à Kinshasa. Ce dernier traitait les politiques congolais de « voyous ». Je ne l’ai pas supporté et je lui ai clairement dit qu’il existe encore, en RDC, d’autres personnes que celles qu’il était en train de décrire. Ce jour-là, j’ai compris qu’il fallait faire quelque chose pour le pays. Cela a été un élément déclencheur.

Je n’ai pas vu un seul candidat qui pouvait rassurer les Congolais

D’autant que j’ai vu défiler tous les candidats et je n’ai pas vu celui qui pouvait rassurer les Congolais sur le plan de sa formation, de son savoir-faire et de son savoir-être. C’est pourquoi je me présente pour influencer les choses. Sinon, le pays risque de revivre la même chose. Tout va mal en RDC.

Vous estimez-vous suffisamment connu à travers le pays pour prétendre à la magistrature suprême ?

Entre 1975 et 1985, j’étais cheminot. J’ai parcouru pratiquement tout le territoire national. J’ai l’impression d’y avoir laissé de très bons souvenirs. La preuve : depuis que j’ai annoncé ma candidature, je reçois des appels de soutien de partout. Et puis, je suis sénateur. Beaucoup de collègues veulent travailler avec moi, je dispose de personnes-ressources de partout. Lorsque je vais réveiller toutes mes cellules dormantes, on va s’apercevoir que j’ai une assise nationale solide.

Qu’est-ce qui vous différencie des autres candidats ?

Mon principal atout, c’est mon savoir. Cela me permet d’avoir une vue très large sur tout ce qui peut se faire dans le pays. Ensuite, grâce aux stages, formations, séminaires et conférences, j’ai été partout dans le monde.

Je serai le premier universitaire formé, disposant d’une expertise pour pouvoir conduire la RDC

Un président de la République doit aussi savoir faire et savoir faire faire. J’étais chef d’entreprise, je sais comment m’y prendre. J’ai eu à diriger des médecins, des ingénieurs, des juristes… En fait, je suis le meilleur candidat pour diriger la RDC. Sans ambition démesurée. Nous aurons marqué la différence entre ceux qui ont géré le pays et moi. Je serai réellement le premier universitaire formé, disposant d’une expertise pour pouvoir conduire la RDC comme il se doit, avec des idées bien claires.

D’autres candidats en lice, à l’instar d’Emmanuel Ramazani Shadary, dauphin du président Kabila, sont également universitaires…

M. Ramazani Shadary est candidat comme moi. Il n’a pas encore dirigé le pays.


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La Commission électorale nationale indépendante (Ceni) persiste dans son choix de recourir à la machine à voter. Quel est votre opinion sur cette question qui divise la classe politique ?

La machine à voter ne rassure pas. D’abord parce que Jeune Afrique a publié des enregistrements sonores d’une réunion de la majorité au pouvoir, tenue à l’Hôtel du Fleuve. On y a entendu entre autres certains dire que la machine à voter allait les aider à remporter les élections… Même s’il n’y aurait pas de fondement réel, ce qui s’y est dit est resté dans la tête de tous les Congolais.

J’aurais pu être le premier à soutenir la machine parce que les avantages sont énormes. J’ai été la voir de très près et je me suis dit que c’est le meilleur système. Mais lorsque j’ai appris ce qui s’était dit à l’Hôtel du Fleuve, j’ai compris que c’était un piège.

Nous avons intérêt à abandonner la machine à voter

La machine à voter ne servirait donc pas qu’à imprimer des bulletins de vote, comme s’en défend la Ceni ?

Qu’on nous le prouve qu’il s’agit simplement d’une machine à imprimer. À mon avis, ne fut-ce que sur le plan psychologique, si nous souhaitons vraiment un climat apaisé après ces élections et que les vainqueurs puissent réellement diriger le pays, nous avons intérêt à abandonner la machine à voter.

Quid des six millions d’électeurs qui n’auraient pas, partiellement ou totalement, d’empreintes digitales dans le fichier électoral ?

C’est un grand problème. Mais Corneille Nangaa [président de la Ceni, ndlr] continue à dire que cette histoire de ces 6,6 millions d’électeurs sans empreintes digitales n’a aucune incidence sur le vote. Moi, je veux bien le croire. Mais pourquoi avoir mis cette information sur la place publique ? Pourquoi l’Organisation internationale de la Francophonie a-t-elle dit dans son audit que cette question est un des handicaps du processus électoral ? Voilà le fond du problème. C’est un manque total de pédagogie. Il faut maintenant convaincre tout le monde qu’il n’y a aucune incidence sur le scrutin.

Si le problème de la machine à voter est écarté ou réglé d’une façon ou d’une autre, je pense que nous pouvons aller aux élections

Dans ce contexte, peut-on dire que les conditions sont tout de même réunies pour organiser des élections crédibles le 23 décembre ?

Si le problème de la machine à voter est écarté ou réglé d’une façon ou d’une autre, je pense que nous pouvons aller aux élections. Il faut que nous allions aux élections.

Entre-temps, l’opposition, du moins ses sept principaux leaders, se cherche toujours un candidat commun. Êtes-vous favorable à cette démarche ?

C’est une obligation ! Mais si on désigne n’importe qui, je ne marcherai pas. Nous devons d’abord établir les critères bien définis, le but étant d’avoir un bon président, capable de faire sortir le pays de cette impasse. Ces critères sont : le savoir, le savoir-faire, le savoir-être, le savoir faire faire.

Le Congolais est devenu la risée de tout le monde

Vous prônez la restauration de la dignité du Congolais ou de la RDC. Pour vous, quel est l’élément flagrant qui traduirait la perte de cette dignité aujourd’hui ?

Nous nous rendons bien compte que nous ne sommes plus ce que nous étions dans les années 1970. Je suis parti au Japon en 1979 pour un stage. J’étais heureux d’y rencontrer beaucoup d’Africains qui voulaient venir voir les Congolais. Qu’en est-il aujourd’hui ? Le Congolais est devenu la risée de tout le monde. Nous ne pouvons pas continuer à l’accepter. C’est pourquoi nous voudrions refaire la dignité du Congolais. Et les organes de la Radio-Télévision nationale congolaise (RTNC) seront également intégrés à cette tâche. La télévision publique apaisera les Congolais.

Un autre candidat, Seth Kikuni, a promis pourtant de la vendre, s’il est élu…

Moi, je ne vendrai jamais la RTNC. C’est une institution importante pour moi. Elle va contribuer à réformer les Congolais. Les émissions actuelles n’existeront plus, elles seront remplacées par celles à caractère civique, celles qui éduquent nos compatriotes dans tous les domaines. Pouvez-vous imaginer qu’aujourd’hui les Congolais puissent manger des croupions de dinde ou des abats provenant d’ailleurs et vendus chez nous ? Qu’ils s’habillent dans des friperies ? À mon époque, c’était une honte. Aujourd’hui, c’est devenu normal.

Vous dites également que vous allez vous atteler à restaurer l’égalité et la justice. Comment ?

D’abord un ministère de Justice doit redevenir un organe réellement indépendant. Il ne l’est pas aujourd’hui. Il est instrumentalisé par la politique. Nous voudrions mettre fin à l’asservissement des Congolais pour que nous puissions tous être égaux.

Je serai réellement au service de mes compatriotes

Lors de la présentation de votre programme, vous avez également indiqué que vous serez en mesure de mobiliser 10 milliards de dollars des recettes internes et 2 milliards des recettes externes, une fois élu. Avez-vous une baguette magique ?

En fait, cette somme existe déjà. Nous ne ferons que la canaliser dans le Trésor public. C’est d’une logique implacable. Tenez, le gouvernement de Kabila reconnaît lui-même qu’il y a une fuite de 15 milliards de dollars de recettes. Nous, nous n’allons pas permettre le coulage de celles-ci. La première année va non seulement servir à boucher tout ce robinet mais également à prévoir la deuxième année. Nous allons nous donner une discipline pour atteindre une croissance économique de 12 %.


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Comment résumeriez-vous en une phrase les dix-sept ans de règne du président Kabila ?

C’est une descente aux enfers.

Pourquoi vous à la place de Kabila ?

Parce que je serai réellement au service de mes compatriotes. En RDC, nous avons tout. Ce qui nous manque, c’est le courage et la volonté politique.

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