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Cet article est issu du dossier «Élections locales en Côte d’Ivoire : test grandeur nature»

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Elections

Côte d’Ivoire : les grands enseignements des élections locales

Un électeur ivoirien lors des élections municipales et régionales tenues à Abidjan, en Côte d'Ivoire, le 13 octobre 2018. © REUTERS / Luc Gnago

Si le RHDP, la mouvance présidentielle, a nettement remporté les élections locales du 13 octobre, le PDCI a amélioré son score de 2013, sans pour autant faire le poids, et certains petits partis ou indépendants ont confirmé leur présence. Décryptage.

Si la nette victoire du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP, mouvance présidentielle) a été confirmée par les résultats définitifs de la Commission électorale indépendante (CEI), publiés le 16 octobre, les choses ne sont pas aussi simples qu’elles n’y paraissent.

Au décompte final de ces élections municipales et régionales, la mouvance présidentielle rafle 18 conseils régionaux et 92 mairies, contre 6 conseils régionaux et 50 mairies pour le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI d’Henri Konan Bédié). Les candidats indépendants remportent de leur côté 3 conseils régionaux et 56 communes, quand le Front populaire ivoirien (FPI de Pascal Affi N’Guessan) est porté à la tête d’un conseil régional et de deux mairies.

Derrière la victoire du RHDP

Le RHDP est le grand vainqueur du scrutin, surtout aux régionales (60%). Toutefois, il n’a pas pu obtenir la majorité absolue des sièges aux conseils municipaux (46%), alors que son principal adversaire, le PDCI, n’avait pas présenté de listes sur toute l’étendue du territoire. De même, dans certaines localités, la coalition de six partis et mouvements politiques a pu profiter de la division des cadres du PDCI.

En effet, dans le Gontougo (nord-est), où le ministre Kobenan Kouassi Adjoumani (RHDP) a été proclamé vainqueur au terme d’un processus de compilation des procès-verbaux décrié par son adversaire, le PDCI a perdu du fait d’une candidature indépendante issue de ses rangs, dont les voix auraient pu faire la différence. Il en a été de même dans la région du Cavally (sud-ouest), où la somme des voix du candidat du PDCI et du candidat indépendant issu de ses rangs a favorisé la victoire de la ministre Anne Désirée Ouloto.

Face à ses propres dissidents, le PDCI n’a pas fait le poids

Le PDCI n’a pas fait le poids

Le PDCI a certes amélioré son score de 2013. Il est passé de 49 communes à 50 et de 4 régions à 6. Cependant, face à ses propres dissidents, il n’a pas fait le poids. Des huit ministres issus de ses rangs et candidats du RHDP – contre qui une vive campagne a été menée par Maurice Kakou Guikahué, numéro deux de Bédié -, seul Jean-Claude Kouassi a perdu dans le Gbêkê (centre-nord). À Port-Bouët (Abidjan), le scrutin qui a mis aux prises Sylvestre Emmou (PDCI) et le ministre Siandou Fofana (RHDP) a été invalidé, pour cause de nombreuses irrégularités.


>>> À LIRE – Côte d’Ivoire : violences et contestations après la proclamation des résultats provisoires


Le FPI et les petits partis

Victorieux dans la région du Moronou (centre), Pascal Affi N’Guessan a devancé une candidate officielle du PDCI et un candidat indépendant initialement présenté du RHDP, mais issu du PDCI. Ses partisans du FPI gagnent deux sièges dans les communes. Des chiffres qui confirment le manque d’assise électorale du parti de Laurent Gbagbo, qu’il dirige. Une victoire pour le camp d’Aboudramane Sangaré qui avait appelé à boycotter le scrutin. « Le FPI ne reconnaîtra pas les résultats des élections locales du 13 octobre et invite les Ivoiriens à ne pas reconnaître ces résultats », avait-il déclaré, quelques jours avant le scrutin.

Le fondateur du mouvement Lider a remporté la commune d’Azaguié

Grand vainqueur de ce scrutin et l’une des grosses surprises : Mamadou Koulibaly. Le fondateur du mouvement Liberté et démocratie pour la République (Lider, petit parti d’opposition) a raflé la commune d’Azaguié, sa ville natale, et devrait ainsi avoir le temps de se redonner un nouveau souffle électoral pour 2020. Quant aux indépendants majoritairement issus du PDCI et du Rassemblement des républicains (RDR, parti d’Alassane Ouattara), bien qu’ils soient en régression, ils restent la deuxième force électorale du pays. Parmi eux, des partisans bien connus de Guillaume Soro, président de l’Assemblée nationale, à l’instar du député Alpha Yaya Touré, élu à Gbon (nord).

La CEI ne rassure pas par sa volonté de transparence », selon l’analyste Innocent Gnelbin

Craintes pour 2020

Les violences post-électorales réveillent chez certains Ivoiriens de douloureux souvenirs qui remontent à la présidentielle contestée de 2010 qui avait occasionné la mort d’au moins 3 000 personnes. « Ce qui se passe en Côte d’Ivoire fait peur et interpelle en même temps. Tout se passe comme si les principaux acteurs politiques n’avaient tiré aucune leçon de la grave crise post-électorale qui a endeuillé ce pays, en 2010-2011, commente l’analyste politique Innocent Gnelbin. La CEI ne rassure pas par sa volonté de transparence. De nombreux candidats vont aux élections dans l’espoir de tricher. Il faut tout simplement espérer que la chambre administrative de la Cour suprême, juge des élections, se prononce dans la vérité et invalide les élections là où il y a le moindre doute, pour que cela serve d’exemple. Il faut aussi espérer que la justice poursuivra tous les acteurs, surtout ceux de la CEI, impliqués dans les cas de tentatives de fraude. »

En attendant, le PDCI a annoncé avoir déposé des recours en invalidation dans plusieurs localités, comme à Grand-Bassam, à Koumassi et à Port-Bouët. Le scrutin qui a été invalidé à Port-Bouët et dans un département de la région du Guémon (centre-ouest) devrait être repris dans un délai d’un mois.

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