Elections

Législatives au Mali : les nouvelles régions du Nord au cœur de la polémique

Dans un bureau de vote de Bamako, lors du second tour de la présidentielle, le 12 août 2018. © Annie Risemberg/AP/SIPA

Le projet de découpage territorial prévu dans le cadre l’application de l’Accord de paix fait polémique, notamment au sein de certaines communautés du nord du Mali, qui craignent d'être sous-représentées à l’Assemblée nationale.

La nouvelle n’est pas encore annoncée. Mais le gouvernement malien devrait, dans les jours à venir, officialiser le report des élections législatives, prévues aux mois de novembre pour le premier et décembre pour le second tour. Un report qui pourrait notamment permettre de résoudre un problème de taille : le projet de découpage territorial – sur la base duquel les législatives doivent être organisées – n’est pas encore prêt.


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De dix à vingt régions

Début octobre, le projet de loi a fuité sur les réseaux sociaux. Selon ce document (voir ci-dessous), le ministère de l’Administration territoriale prévoit de créer dix nouvelles régions – portant leur total à vingt. Plusieurs dizaines de cercles seront également créés, dont les élus siégeront à l’Assemblée nationale où il viendront s’ajouter aux 147 députés  actuels.

La région de Gourma doit ainsi être créée dans le sud de la région de Tombouctou. Une autre verra le jour dans le nord de la région de Mopti, avec pour chef-lieu la ville de Douentza. La région de Kidal aura pour sa part huit cercles, contre quatre actuellement. Et la région de Tombouctou comptera six cercles, dont deux seront créés dans les zones arabo-touarègues.


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Le projet de loi, bien qu’il n’ait pas encore été présenté officiellement aux députés, fait déjà l’objet de nombreuses critiques, qui se développent selon deux axes : équité territoriale et équilibres communautaires.

Les nouveaux cercles, dont les électeurs enverront bientôt de nouveaux députés à l’Assemblée, sont souvent peu peuplés. « Avec ce nouveau découpage, déconnecté de toute réalité, le gouvernement veut créer huit cercles dans la région de Kidal, qui ne compte que 200 000 habitants, contre sept pour Gao, qui en a plus d’un million », souligne Nouhoum Sarr, président du Front africain pour le développement (FAD, opposition), qui fut l’un des porte-paroles de Soumaïla Cissé pendant la campagne présidentielle.

Certains craignent un bouleversement des équilibres à l’Assemblée nationale

Les craintes communautaires

Autre critique récurrente : certains craignent un bouleversement des équilibres à l’Assemblée nationale. Une question qui fait en particulier débat dans le Nord, notamment chez au sein de la communauté songhaï de Gao et chez les Touaregs de l’Est de Tombouctou.


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[Le découpage] ne prend pas en compte les réalités spatiales, sociales et économiques de nos populations

Le nouveau découpage comporte un « caractère discriminatoire » et « ne prend pas en compte les réalités spatiales, sociales et économiques de nos populations », accuse l’Ir Ganda, l’Association des communautés de culture songhaï, présidée par l’ancien Premier ministre malien Ousmane Issoufi Maïga. Dans son communiqué, l’association « invite les autorités à prendre en compte un nouveau découpage territorial plus juste et plus équitable ».

L’Ir Ganda pointe en particulier la région de Gao, qui compte actuellement trois cercles – Ansongo, Bourem et Gao -, tous à dominantes songhaï. Avec le nouveau projet de découpage, Gao devrait compter sept cercles, dont quatre localités arabo-touarègues. Les dignitaires Songhaï craignent en fait un bouleversement des équilibres actuels à l’Assemblée nationale, où les députés du nord du pays sont aujourd’hui majoritairement issus de ses rangs. Avec ce projet de découpage territorial, cette tendance sera inversée.

Nous, on s’est battu politiquement pour avoir nos collectivités

« C’est un bon projet, dans lequel on se retrouve, en tout cas pour nous », juge au contraire Azaz Ag Loudag Dag, leader touareg de Gao et vice-président du Haut conseil de collectivités territoriales.

« En ce qui concerne la réaction de nos parents songhaï, je leur ai dit que nous, on s’est battu politiquement pour avoir nos collectivités. Et je leur propose à eux aussi de se battre pour que le gouvernement leur crée des cercles et des régions. Beaucoup de localités à dominance Songhaï, comme Bourem ou Ansongo, peuvent être érigées en région. Et nous sommes prêts à soutenir une proposition qui va dans ce sens au gouvernement », assure Azaz Ag Loudag Dag.

« Le nord du Mali couvre les deux tiers du territoire national. Certes, la majorité de la population y est songhaï, mais la majorité de l’espace territorial est arabo-touareg. C’est là que l’État doit plutôt trouver l’équilibre, pour que toutes les communautés trouvent leur place », analyse un cadre de l’administration malienne.

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