Santé

[Tribune] Débarrasser la RDC de la maladie du sommeil, un rêve à portée de main

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Oly Ilunga est ministre de la Santé de la République démocratique du Congo.

Dans un hôpital de Kinshasa, en RDC. © John Bompengo/AP/SIPA

J’avais dix ans lorsque mon instituteur nous a montré la photo d’un patient atteint de la maladie du sommeil.

Quarante ans plus tard, je m’en souviens comme si c’était hier. J’étais terrifié. Les yeux clos, figés, il était coupé du monde qui l’entourait. Je l’ignorais alors, mais je sais aujourd’hui qu’il devait s’agir d’un patient sur le point de mourir.

Je suis devenu ministre de la Santé de la République démocratique du Congo et aujourd’hui, j’observe les maladies tropicales négligées et la maladie du sommeil sous un angle différent, mais tout aussi troublant. De nos jours, cette maladie fatale transmise par les mouches menace plus de 65 millions de personnes à l’échelle mondiale et l’écrasante majorité des cas signalés (plus de 8 sur 10) se trouvent en RDC. La maladie attaque le système nerveux et peut conduire à la mort.

Heureusement, après des décennies de travail acharné, nous n’avons jamais été aussi proches de l’éradication de la maladie du sommeil. En 2009, le nombre de cas signalés a chuté sous la barre des 10 000, une première en un demi-siècle. En 2015, seuls 2804 cas avaient été répertoriés. La RDC s’est engagée à éradiquer la maladie d’ici à 2020, ce qui ouvrira la voie à son éradication planétaire. Plus tôt cette année, j’ai lancé la première Journée nationale de la trypanosomiase humaine africaine pour souligner l’engagement du gouvernement de la RDC à éradiquer la maladie du sommeil d’ici 2020. Nous en avons profité pour présenter la stratégie nationale du gouvernement qui repose sur les nouvelles technologies et sur une approche novatrice de dépistage précoce de la maladie.

Heureusement, nous avons de bonnes raisons de croire que nous pouvons y arriver.

L’année dernière, le gouvernement belge a versé une somme de 12 millions de dollars US pour un programme quinquennal de recherche sur la lutte contre la maladie du sommeil, programme rattaché à l’Institut de Médecine Tropicale de Belgique. De plus, il s’est engagé à verser 27 millions de dollars US pour éradiquer la maladie du sommeil en RDC. Les chefs d’État francophones ont adopté, lors du sommet de l’Organisation internationale de la Francophonie à Erevan, une résolution présentée par le gouvernement de la RDC qui exhorte les pays de l’espace francophone à travailler ensemble pour lutter contre les maladies tropicales négligées. Cette résolution s’appuie sur les forces, l’expertise et les partenariats existants au sein du monde francophone, ainsi que sur son héritage scientifique dans le développement de traitements pour ces maladies.

Les outils du 21e siècle permettent aujourd’hui de dresser des plans plus détaillés et plus efficaces à l’échelle locale

Par ailleurs, de nombreux nouveaux outils pourraient révolutionner notre approche face à cette maladie. Un nouveau médicament administré oralement est en cours de développement. Le fexinidazole changerait la donne et pourrait être approuvé dans quelques mois. En outre, la société suisse Vestergaard a donné des « micro-cibles » imprégnées d’insecticide. Celles-ci attirent et tuent la mouche tsé-tsé responsable de la transmission de la maladie du sommeil. Des instruments numériques et des cartes par imagerie satellite sont devenus essentiels pour signaler les infections précisément et rapidement, ainsi que pour assurer leur suivi. Ces outils du 21e siècle permettent aujourd’hui de dresser des plans plus détaillés et plus efficaces à l’échelle locale.

Profitons de cette nouvelle impulsion pour franchir les dernières étapes pour en finir définitivement avec la maladie du sommeil. Mon ministère a donc pris des mesures visant à poursuivre la lutte pour l’élimination de la maladie du sommeil et il est reconnaissant de la contribution de partenaires internationaux à cet effort historique.

Si nous réussissons à éradiquer cette maladie, l’image du patient souffrant que j’ai vue lorsque j’avais dix ans appartiendra à une autre époque. Un jour viendra où les générations futures de Congolais n’auront plus jamais à souffrir des conséquences désastreuses de la maladie du sommeil.

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