Sciences

Start-up de la semaine : le « Laboratoire scientifique portatif » de Dext Technologies enchaîne les récompenses

Dext Technologies, start-up lauréate du prix One pour l'Afrique 2018. © Dext Technologies

Depuis la création de leur startup, en 2016, les Ghanéens Charles Ofori Antipem et Michael Asante-Afrifa raflent tous les prix d'innovation. Cette reconnaissance, couplée à un succès commercial mondial, leur ont permis de rapidement grandir et embaucher.

« L’idée de départ était assez simple : peut-on suffisamment rétrécir un laboratoire scientifique, de manière à le faire tenir dans un sac, et qu’il ne coûte pas plus cher qu’un livre de classe ? » Charles Ofori Antipem se souvient de comment tout a commencé : « Un été, avec mon ami de fac Michael Asante-
Afrifa, nous sommes allés à Nsoatre, ma ville natale. Nous avons acheté des composants électroniques pour faire des expériences basiques avec les enfants. Ils ont adoré ça ! »


>>> À LIRE : Makhtar Diop : « l’enseignement scientifique a été trop longtemps délaissé en Afrique »


Nous sommes en 2015. Les deux jeunes gens n’ont pas encore fini leurs études à l’université scientifique et technologique Kwame-Nkrumah de Kumasi, et déjà, ils veulent démarrer une entreprise. Mais ils n’ont pas encore de concept. Cet épisode avec les enfants sera un déclic. Depuis, Charles et Michael ont remporté trois récompenses majeures, et se targuent d’avoir touché pas moins de 11 000 étudiants, avec leur laboratoire scientifique portatif.

Des lumières, des LED, des câbles

« Après cette expérience avec les enfants de Nsoatre, je me suis jeté à corps perdu dans l’aventure. Je n’allais pratiquement plus en cours. En trois semaines, j’ai construit un premier prototype, que j’ai montré à Michael. Puis nous avons travaillé pendant six mois sur un second prototype, plus complet ». Des lumières, des LED, des câbles. 45 composants électroniques au total, simples et peu coûteux, pour permettre aux écoliers d’apprendre et s’initier à la science, à partir de 9 ans. Avec leur boîte sous le bras, ils se rendent à Accra pour tester l’innovation auprès de quelques écoles.

« Quatre jours après, nous recevions un coup de fil de l’une des écoles, qui voulaient nous commander 40 boîtes ! » Charles et Michael empruntent 2 500 dollars (2 250 euros) aux amis et à la famille, constituent une petite équipe, et improvisent une table d’assemblage. Nous sommes en mars 2016, Dext Technologies naît. « Nous avons choisi ce nom en référence au dessin animé Le laboratoire de Dexter, dont nous étions tous les deux fans », s’amuse Charles.

Coûts de fabrication réduits

Puis le carnet de commandes se remplit à une vitesse vertigineuse. De 40 boîtes, ils passent à 600, puis à un millier. Ils remportent un premier prix de 5 000 dollars auprès de la fondation Tony Elumelu, en mars 2017. La même année, ils sont lauréats de l’Académie royale britannique d’ingénierie, qui leur octroie 10 000 livres sterling (11 550 euros). En mai 2018, l’American society of mechanical engineers leur alloue 10 000 dollars. « Nous avons réinvesti chaque centime dans le développement de l’entreprise. Nous avons acheté des machines, embauché du personnel… Jusqu’à il y a deux mois, Michael et moi ne nous sommes pas versé de salaire », raconte l’innovateur.

Deux investisseurs prennent 20 % de participation dans le capital, Charles et Michael conservant les 80 % restant.

Aujourd’hui, Dext Technologies, qui imprime ses composants et les découpe au laser, emploie 7 salariés. En plus du Ghana, la start-up exporte son laboratoire scientifique portatif aux États-Unis, en Allemagne, au Nigeria, en Afrique du Sud et en Côte-d’Ivoire. Si leur second prototype leur avait coûté, à l’époque, une trentaine d’euros, ils ont réussi à en réduire considérablement le coût de fabrication. Aujourd’hui, Dext Technologies commercialise son produit pour 17 euros, et propose aussi des pièces détachées. Le PDG estime la durée de vie de son laboratoire scientifique portatif à trois ans.

Dix-neuf mois pour atteindre l’équilibre

En septembre dernier, Charles et Michael on encore passé un cap, en remportant le 11e prix One pour l’Afrique et les 100 000 dollars de récompense qui vont avec. Cette année, ce prix était décerné en partenariat avec le département Ressources humaines, sciences et technologies de l’Union africaine, et il se concentrait autour de l’Objectif de développement durable des Nations Unies n°4 : « L’accès à une éducation de qualité ».

« Le prix One pour l’Afrique est censé pouvoir permettre à une innovation de changer d’échelle. Et nous pensons que Dext Technologies a les capacités d’augmenter sa production, et de soutenir l’apprentissage des sciences à travers le continent », explique Rudo Kwaramba-Kayombo, administratrice de l’ONG One.

Cet argent, Charles et Michael comptent l’investir de trois manières : achat de machines et de matières premiers, création d’emplois, et recherche et développement. « Nous sommes justement en train de développer un microscope à assembler, dont le coût de fabrication n’excédera pas 1 dollar. Il devrait être intégré au kit d’ici le mois de novembre.Nous aimerions aussi développer des kits de biologie et de chimie », expliquent les cofondateurs qui se donnent dix-neuf mois pour atteindre l’équilibre financier. D’ici août 2019, Dext Technologies devrait être en mesure de produire 20 000 kits par mois.

Déjà 250 000 inscrits !
NEWSLETTER

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte