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Changement de braquet

La France confirme en 2007 sa qualité de premier partenaire commercial de la Tunisie. Face à la concurrence des autres Européens, des pays du Golfe et de l’Asie, elle doit cependant surveiller ses positions.

Par - Frédéric Lejeal
Mis à jour le 28 avril 2008 à 12:00

La Tunisie est une place forte du commerce et des investissements de la France au Maghreb. Pour preuve, le volume échangé l’an dernier entre les deux pays a représenté 7 milliards d’euros, en hausse de 14 % par rapport à 2006, et constitue un record historique. Ce montant ne résulte pas uniquement de l’histoire commune entre les deux pays. En dépit de la faiblesse structurelle d’un marché de 10 millions d’habitants, le dynamisme de l’économie, conjugué à la performance de l’outil industriel et au niveau de vie élevé des Tunisiens (3 180 dollars de revenu par habitant en 2007), est pour beaucoup dans la présence d’un tissu d’entreprises françaises assez dense. Principalement dominé par les PME-PMI, il représente près de la moitié des entreprises étrangères installées dans le pays (1 200 sur 2 840 en 2007).
Logiquement, le commerce et les investissements suivent les mêmes tendances. Forte d’une croissance robuste (6,3 % en 2007) mais aussi attractive compte tenu de ses besoins, la Tunisie est un terreau fertile pour les fonds étrangers, ce que l’exploration pétrolière ne fait que confirmer. Avec 1,23 milliard d’euros en 2007, le total des investissements directs étrangers (IDE) s’est replié de 54 % en 2007, mais il faut dire que 2006 avait été particulièrement florissante, plusieurs privatisations ayant abouti cette année-là, parmi lesquelles celle emblématique (et partielle) de Tunisie Télécom pour 1,8 milliard d’euros. Abstraction faite des hydrocarbures et hors privatisations, le montant des IDE demeure élevé et devrait à nouveau l’être en 2008 : il s’est tout de même situé à 406 millions d’euros en 2007, soit une progression de 38 % par rapport à 2006.
Hors énergie, la France reste le premier investisseur étranger en Tunisie, avec 92 millions d’euros injectés dans le pays en 2007. Si l’on tient compte du secteur de l’énergie et des hydrocarbures, la France perd en revanche du terrain pour ne se situer qu’au quatrième rang des investisseurs étrangers, derrière le Royaume-Uni (471 millions d’euros), les États-Unis (128 millions d’euros) et l’Italie (103 millions d’euros). Comme partout ailleurs en Afrique, cette position de la France est de plus en plus fragilisée par l’arrivée de nouveaux partenaires. La Chine, mais aussi, et surtout, les pays du Golfe, risquent à terme de rogner significativement cette place privilégiée, même si la part des PME-PMI dans la présence française en Tunisie reste un indéniable avantage comparatif.
En matière de flux commerciaux, les volumes échangés entre la Tunisie et le reste du monde ont également connu une tendance haussière (+ 23 %), à 25 milliards d’euros. La France est toujours le premier client et le premier fournisseur du pays, représentant 21,9 % des échanges globaux de la Tunisie en 2007. Mais, là aussi, sa part tend à s’effriter et sa compétitivité semble menacée, ces chiffres masquant un important déficit. Et ce pour la troisième année consécutive. La France a ainsi acheté pour 3,8 milliards d’euros de produits « made in Tunisie », alors que ses exportations vers le pays du Jasmin n’ont atteint que 3,2 milliards, d’où un solde commercial négatif de près de 600 millions d’euros. Ce tassement découle principalement du poste énergétique. La France a en effet importé pour 560 millions d’euros d’hydrocarbures tunisiens, en progression de 121 %.
Sur le plan sectoriel, le solde des biens intermédiaires demeure – avec 334 millions d’euros, dont 307 millions pour les produits textiles – la première source de déficit pour l’Hexagone, explique la Mission économique française de Tunis. La balance des biens de consommation accuse également un solde négatif (- 810 millions d’euros en 2007), soulignant une réelle perte de compétitivité sur cette branche. En revanche, les échanges sont toujours favorables pour Paris en ce qui concerne les équipements électroniques et mécaniques ainsi que les biens d’équipements.