Elections

Législatives au Gabon – Alexandre Barro-Chambrier : « Il a manqué à l’opposition la volonté d’unité qui l’animait en 2016 »

Le député Alexandre Barro-Chambrier, à Libreville, au Gabon, le 16 juillet 2015. © Yvan G.Pictures pour JA

Seul ténor de l’opposition qualifié pour le deuxième tour des législatives, Alexandre Barro-Chambrier ne cache pas son amertume après la défaite des siens au premier tour. Dénonçant la fraude qu'il impute à ses adversaires, il n’en appelle pas moins à réorganiser l’opposition.

Le coup a été rude. Des mois durant, les poids lourds de l’opposition gabonaise ont martelé leur volonté de conquérir l’Assemblée nationale. Il fallait, disaient-ils, faire des législatives des 6 et 27 octobre un deuxième tour de la présidentielle d’août 2016. Mais les électeurs ne les ont pas suivis.

Jean-Gaspard Ntoutoume Ayi (Union nationale), en qui l’on voyait un des futurs leaders du mouvement, a été défait dès le premier tour, tout comme Guy Nzouba-Ndama (Les Démocrates), ancien président de l’Assemblée nationale.

Alexandre Barro-Chambrier (Rassemblement héritage et modernité, RHM) est un peu mieux loti. Qualifié pour le second tour dans le 4e arrondissement de Libreville, il est néanmoins en situation délicate et n’est pas sûr de remporter son siège de député. Tout en dénonçant les méthodes du Parti démocratique gabonais (PDG), qu’il estime frauduleuses, il reconnaît que l’opposition n’est pas exempte de reproches.

Jeune Afrique : Quel bilan tirez-vous du premier tour des législatives ?

Alexandre Barro-Chambrier : Les résultats traduisent surtout les fraudes perpétrées par le PDG pour maintenir son hégémonie et éliminer les leaders de l’opposition du jeu politique. Nous avons tout vu : achat d’électeurs, utilisation des moyens de l’État, falsification de procès-verbaux…

La fraude est dans l’ADN de nos adversaires

Nous le savions. La fraude est dans l’ADN de nos adversaires. Ils ont mis les moyens – plus de 20 milliards de francs CFA à notre connaissance  – pour s’offrir une Assemblée qui sera une chambre d’enregistrement des décisions du gouvernement. Ali Bongo Ondimba voulait régler ses comptes avec nous après son échec de la présidentielle 2016.

Est-ce une défaite pour l’opposition, dont vous êtes l’un des chefs de file ?

Nos candidats ont donné le meilleur d’eux-mêmes malgré la disproportion des ressources disponibles. Nous devons regarder le taux d’abstention. Il y a des endroits où la participation n’atteint même pas 10 % des électeurs. Il n’y a pas de quoi être fier d’une telle « victoire » !

C’est l’argent qui a fait la différence, et rien d’autre. Au regard de l’abstention, Ali Bongo Ondimba a été rejeté, comme il l’avait été en 2016. Cependant, ce constat ne doit pas nous exonérer de nos propres faiblesses.

Les scrutins intermédiaires accentuent nos faiblesses et nos divisions

Quelles sont ces faiblesses ?

Nous le savons : quand l’opposition est unie, elle est forte. Mais les scrutins intermédiaires accentuent nos faiblesses et nos divisions. L’opposition a été divisée et doit se reconstruire. Nous avons sans doute sous-estimé le découragement des Gabonais. Pour les électeurs, la présidentielle est le seul scrutin clé. Les autres élections leur semblent inutiles.

Nous avions espéré faire des législatives un deuxième tour de la présidentielle, rester sur notre lancée et provoquer une participation suffisante. Mais cela n’a pas été le cas. En 2016, les Gabonais étaient sortis massivement. Mais le pouvoir a refusé de les entendre et de les prendre en compte. Dès lors, pourquoi s’intéresseraient-ils à des législatives organisées par le même pouvoir ?

Il nous a manqué la volonté d’unité qui nous animait en 2016

Jean Ping a finalement choisi le silence et le boycott. Son choix a-t-il porté préjudice à l’opposition ?

L’attitude de Jean Ping n’a pas facilité les choses. Bien sûr, on ne peut pas tout lui imputer. Il a essayé de rester en retrait mais son silence a fini par brouiller le message de ceux qui voulaient aller aux élections et considéraient que la politique de la chaise vide n’était pas une solution. Nous avions l’opportunité de rester unis. C’était faisable, mais nous n’y sommes pas parvenus.

Que vous a-t-il manqué ?

La volonté d’unité qui nous animait en 2016, celle qui nous avait poussés à mettre nos ego de côté. L’union était notre seule possibilité de mettre la fraude en échec et, surtout, de juguler l’abstention.

Dans votre formation, Michel Menga M’Essone, ministre depuis mai et en rupture avec le parti, a présenté des candidats étiquetés RHM. Cette division n’a-t-elle pas dérouté vos électeurs ?

Bien sûr, cela nous a desservis. Ça a brouillé l’image du parti, car il a fallu s’expliquer sur cette affaire. Mais c’est du passé : je préfère regarder vers l’avenir.

N’est-il pas temps pour l’opposition de se reconstruire autour d’une nouvelle génération, qui ne soit pas issue du système et du PDG ?

Je ne crois pas que ce soit un problème de personnes. C’est une question de valeurs. Nous avons, d’un côté, les partisans du système Bongo et de l’autre des personnes qui veulent y mettre fin parce qu’il nous fait régresser à tout point de vue.

Le plus important est que nous luttions contre la mauvaise gouvernance et la domination des intérêts privés et familiaux dans ce pays.

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