BTP & Infrastructures

Ahmed Ammor (Alliances) : « Nous sortons renforcés de la crise »

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Après trois années difficiles, le promoteur marocain a su adapter sa stratégie. Ahmed Ammor, son directeur général, explique les raisons de ce redressement et sa feuille de route pour les prochaines années.

Le groupe immobilier Alliances, présent aussi bien dans le résidentiel (économique, moyen standing et luxe) que le tertiaire et l’hôtelier,  a bouclé les six premiers mois de l’année avec un chiffre d’affaires de 1,79 milliard de dirhams (163 millions d’euros). Une hausse de 17  % par rapport à son exercice précédent, alors que ses concurrents directs affichent des résultats dans le rouge.

En outre, pour renforcer encore davantage ses fonds propres, Alliances va réaliser dans les prochaines semaines une augmentation de capital de 300 millions de dirhams. Cette somme qui sera exclusivement apporté par son actionnaire de référence, Alami Lazraq, servira aussi à rassurer les investisseurs boursiers, qui ne cessent de fuir la valeur.

Jeune Afrique a rencontré Ahmed Ammor, son directeur général, arrivé aux manettes du groupe immobilier en janvier 2016, alors que le groupe connaissait l’une des pires crises de son histoire. À 65 ans, cet ancien président du directoire de TMSA (Agence Spéciale Tanger Méditerranée), passé par la direction financière de la RAM, après quelques années à l’Office d’exploitation des ports (ODEP) devenu Marsa Maroc, a cumulé une grande expérience dans la gestion des crises.

Jeune Afrique : Il y a trois ans, Alliances était au bord de la faillite et aujourd’hui le groupe sur-performe par rapport à ses concurrents. Comment expliquez- vous ce rebond ?

Ahmed Ammor : L’immobilier traverse, certes, une période difficile mais il y a encore des possibilités de croissance dans certains lieux et certaines niches. Le client a changé et c’est à nous de nous adapter à ses exigences, mais aussi à son pouvoir d’achat. Nous essayons de mieux étudier la demande avant de commencer un projet. Depuis le début de l’année, nous avons diversifié notre activité et réduit nos coûts pour maintenir nos marges à un niveau acceptable tout en étant compétitif.

Comment avez-vous opéré cette diversification ?

Alliances va continuer à construire, mais nous allons aussi vendre davantage de terrains lotis non construits car le cycle de ces projets est plus rapide. Tout cela en nous adaptant aux budgets des ménages. L’objectif est de trouver le bon mix. L’Afrique subsaharienne présente aussi un bon potentiel, il faut que nous nous y développions.

Notre dette privée qui était début 2015 de 4,5 milliards de dirhams n’est plus que de 1,9 milliard

Allez-vous abandonner le social au détriment du moyen standing ?

Pas du tout. Nous continuerons à faire du social, parce que le besoin est là. Mais nous avons remarqué qu’il y a une clientèle intermédiaire qui n’a pas les moyens d’aller dans le haut-standing et qui ne veut pas d’un logement économique. C’est à ce besoin qu’il faut répondre.

Cette crise a donc été bénéfique pour Alliances ?

Cela nous a permis de revoir nos façons de travailler. Automatiquement, nous en sortons renforcés. Les crises présentent généralement aussi des avantages, il suffit de bien les exploiter. Le résultat net part du groupe du premier semestre 2018 a progressé de 250 % par rapport à 2017. Nous prévoyons aussi de finir l’année avec un endettement bancaire de 800 millions de dirhams, contre 4 milliards de dirhams début 2015. Notre dette privée qui était début 2015 de 4,5 milliards de dirhams n’est plus que de 1,9 milliard.

Vous restez donc optimiste même si le secteur connaît une conjoncture défavorable ?

Alliances arrive à bien travailler malgré la période difficile. Il faut analyser séparément chacun des opérateurs et éviter de raisonner sur l’ensemble du marché. Nous sommes confiants. Nous avons 24 projets en cours de réalisation et 5 nouveaux projets lancés ou en cours de lancement. Sur les cinq prochaines années, cela annonce un chiffre d’affaires de 17 milliards de dirhams. Nous avons aussi 9 projets en phase d’études. Tout cela rassure sur le potentiel du groupe.

Notre objectif ? Aller crescendo en Afrique tout en évitant les prises de risques

Alliances a été parmi les premiers groupes immobiliers à se lancer en Afrique subsaharienne. Où en êtes-vous aujourd’hui ?

Aujourd’hui, nous sommes présents dans deux pays : la Côte d’Ivoire et le Cameroun. Dans le premier, nous avons signé une convention avec l’État pour la construction de 14 000 logements. Nous venons de livrer une première tranche de 640 logements et une deuxième, de 1 100 logements, est en cours de lancement. Nous sommes aussi en train de discuter de nouveaux projets. Au Cameroun, nous construisons des logements économiques, 8 hôpitaux, dont trois vont être livrés avant la fin de l’année, et nous réhabilitons 3 centres hospitaliers universitaires.

Quelle  part du chiffre d’affaires pourrait remonter depuis ces pays subsahariens ?

Nous sommes en train d’étudier la faisabilité de projets dans d’autres pays subsahariens. L’objectif est d’aller crescendo en évitant les prises de risques. Nous estimons que l’activité en dehors du Maroc devrait représenter 25 % du chiffre d’affaires en moyenne.

Comment vous expliquez donc que le cours en bourse continue de chuter malgré vos annonces plutôt rassurantes ?

Malheureusement, les gens continuent de raisonner d’une façon globale. Les investisseurs estiment que l’ensemble du secteur va mal et préfèrent attendre. Nous essayons de donner de la visibilité aux perspectives du Groupe pour ne pas être pénalisés par des généralités.

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