Politique économique

[Analyse] Donald Trump, Christine Lagarde et les conséquences africaines du relèvement des taux d’intérêt américains

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Alain Faujas est spécialisé en macro-économie (mondiale et tous pays) ainsi qu'en politique intérieure française.

Le président américain Donald Trump. © Andrew Harnik/AP/SIPA

En augmentant une nouvelle fois ses taux d'intérêt, la Banque centrale américaine, la Federal Reserve (Fed), est-elle « tombée sur la tête », comme l'a déclaré Donald Trump, catastrophé par la chute de Wall Street qui en a résulté, le 11 octobre dans l'émission matinale Fox & Friends, sur Fox News ?

Ou bien était-ce « inévitable » comme le lui a répondu, le 10 octobre, Christine Lagarde, la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), qui a reconnu que cela met les pays émergents et en développement en difficulté ?

Effectivement, l’augmentation des taux américains était inévitable et va se poursuivre. La FED ne peut pas faire autrement, car l’inflation menace une économie américaine en surchauffe où le chômage a disparu, où la hausse du dollar nuit à la compétitivité des produits américains et où le protectionnisme présidentiel annonce des hausses fortes des prix des produits importés. La Banque centrale européenne fera de même l’an prochain.

Il faut relativiser le rôle de la hausse des taux américains dans la fragilisation des monnaies africaines

Il est aussi exact que cette hausse pose un problème aux pays émergents et en développement, en particulier en Afrique. En effet, elle rend leurs remboursements d’emprunts plus coûteux, leurs monnaies plus fragiles et contribue à la fuite des capitaux vers les États-Unis dont le dollar est au plus haut.

En ce qui concerne le surcoût des emprunts, voilà des mois que les pays africains qui ont trouvé avantageux d’emprunter à très bas coût et en dollars ont été prévenus que cela n’allait pas durer et qu’ils risquaient d’être pris à la gorge. Beaucoup ont vu dans ces cris d’alarme une manœuvre occidentale pour ralentir le rouleau compresseur chinois en Afrique. Les récents défauts des remboursements de l’Éthiopie à la Chine prouvent que le danger n’est pas fantasmatique. Les efforts de la Communauté des États d’Afrique centrale pour limiter leurs emprunts vont dans le bon sens.

En ce qui concerne la fragilisation des monnaies par la hausse des taux américains, il faut relativiser. Des problèmes domestiques (guerre civile, récession, mauvaise gouvernance, recul des cours des matières premières d’exportation) sont à l’origine de la chute des monnaies du Soudan (- 61 %), de l’Angola (- 43 %), de la Zambie (- 18 %) ou de l’Afrique du Sud (- 12 %) par rapport au dollar entre le 1er janvier et le 28 septembre 2018.

Les attaques du président américain contre la Chine et contre l’Iran sont potentiellement encore plus catastrophiques

Quant à la fuite des capitaux vers les États-Unis où ils sont mieux rémunérés avec la hausse des taux, le phénomène affecte plus les émergents que les pays en développement. En Afrique, c’est essentiellement l’Afrique du Sud qui est touchée, bien que le projet du président Ramaphosa de redistribuer les terres dont les Blancs sont propriétaires n’ait pas peu contribué à la fuite des investisseurs.

Il est possible de retourner à Trump sa critique à l’égard de la FED accusée « d’être tombée sur la tête ». Si la hausse des taux américains obligent les acteurs du monde entier à réviser leurs stratégies, les attaques du président américain contre la Chine et contre l’Iran sont potentiellement plus catastrophiques. La surtaxation des exportations chinoises vers les États-Unis ralentiront la croissance de la Chine, donc ses achats de matières premières minérales ou agricoles et, étant donné son poids formidable dans ces deux domaines, la croissance de ses fournisseurs africains.

Les pays importateurs de pétrole peuvent se faire du souci pour leur équilibre budgétaire

Avec l’Iran, le bouleversement est plus complexe. En décrétant un embargo sur le pétrole iranien, il a déclenché une hausse du prix du baril (alors qu’il voulait une baisse pour des raisons électorales !) qui avantage tous les pays producteurs aujourd’hui en difficulté notamment l’Algérie, le Nigeria, l’Angola, Congo, la Guinée équatoriale et le Tchad. En revanche, les pays importateurs de pétrole peuvent se faire du souci pour leur équilibre budgétaire, leur balance commerciale, leurs réserves de devises, leur inflation et le remboursement de leurs prêts, comme le Maroc, le Sénégal, le Mali, le Burkina Faso, le Rwanda, le Zimbabwe, etc.

À la différence de ces périls créés par Trump, le risque de la hausse des taux d’intérêts semble d’autant moins difficile à gérer qu’il était prévisible, lui.

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