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Cet article est issu du dossier «Présidentielle au Cameroun : huit candidats dans la course»

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Politique

Cameroun : Paul Biya, Maurice Kamto, Cabral Libii, trois hommes pour un fauteuil

Paul Biya, Maurice Kamto et Cabral Libii (de g. à d.). © Montage JA

Quarante-huit heures après le scrutin présidentiel, deux candidats de l'opposition se sont proclamés vainqueurs. Tandis que Paul Biya, chef de l’État sortant, ne s'est toujours pas exprimé...

Ce mardi 9 octobre, le Cameroun s’est réveillé avec trois présidents. Paul Biya, le sortant, bien décidé à conserver son fauteuil ; Maurice Kamto, candidat du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) et Cabral Libii, challenger de l’Union nationale pour l’intégration vers la solidarité (Univers). Les deux derniers, sans attendre la proclamation des résultats officiels, revendiquent leur victoire.


>>> À LIRE – Présidentielle au Cameroun : en proclamant sa victoire, Kamto amorce le bras de fer avec Biya


Elecam, l’organe chargé d’organiser les élections, nous indiquait le 9 octobre être à 80% de traitement des procès-verbaux (PV). La veille, le camp de Maurice Kamto nous confiait avoir compilé les PV de plus de 75% des bureaux de vote. Quant au gouvernement, il disposerait de la totalité des PV. Mais, des deux côtés, on se garde bien de publier quelconques chiffres.

Muna en modérateur

Dans ce bras de fer, chacun fournit ses armes, en prévision de journées encore plus tendues. Maurice Kamto s’est retranché chez lui, à son domicile de Santa Barbara, quartier huppé de Yaoundé, où ses conseillers se pressent. Il est secondé par Akere Muna, ex-candidat ayant rallié sa cause, qui enchaîne quant à lui les réunions dans sa maison de Bastos.

L’ancien bâtonnier du Cameroun est bien décidé à jouer un rôle dans la coalition qu’il a accepté de former, malgré ses réticences, avec Maurice Kamto. « Nous jouons les modérateurs de la coalition », confie un proche de Muna. « Dans son équipe, il y a certaines personnes offensives… Nous essayons de calmer le jeu et de peser dans la stratégie », poursuit-il.

Quand bien même vous marquez un penalty, vous ne gagnez pas forcément le match à la fin

La menace Atanga Nji

Éviter l’escalade, tout en maintenant le bras de fer avec les autorités. Une équation difficile à résoudre. D’autant que le gouvernement est lui aussi sur les dents et n’a guère apprécié la communication du « président » Kamto. Le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, affirme se tenir prêt à intervenir si le candidat du MRC venait à dépasser les bornes mises en place par le gouvernement.

« Quand bien même vous marquez un penalty [en référence à la comparaison utilisée par Kamto lors de la proclamation de sa victoire, ndlr], vous ne gagnez pas forcément le match à la fin », a déclaré le 9 octobre à l’AFP Paul Atanga Nji, estimant que cette proclamation était un « non-événement ».

L’homme n’est pas forcément connu pour sa modération… Persuadé de la victoire de Paul Biya, il laisse d’ailleurs entendre que l’ancien ministre délégué à la Justice et son directeur de campagne, Paul Éric Kingue, pourraient répondre de leurs actes devant la justice sitôt la période électorale achevée. En bref, la coalition Kamto/Muna marche sur un fil qui, ils l’espèrent, les mènera au sommet de la colline des Etoudi, dans ce palais présidentiel que chacun veut conquérir.

Cabral Libii en cavalier seul

Dans ce défi d’équilibriste, ils ne recevront pas le soutien de Cabral Libii, bien décidé à faire cavalier seul. Lundi 8 octobre dans la matinée, le benjamin de la présidentielle s’est lui aussi déclaré vainqueur. « Il n’y a pas de doute que je suis l’élu du peuple camerounais. Il reste, comme je l’avais dit, à le prouver », a-t-il publié sur son compte Facebook, tout en dénonçant de « graves irrégularités dans le scrutin. Il est, depuis, resté silencieux, mais sa prise de parole pourrait brouiller les cartes et apporter un peu plus de confusion.


>>> À LIRE – Présidentielle au Cameroun : l’opposition dénonce des irrégularités


Restent les autres candidats. Là aussi, guère de soutien à attendre. Joshua Osih, pour le Social Democratic Front (SDF, pour qui les tendances sont, au bas mot, mauvaises) ou Garga Haman Adji, de l’Alliance pour la démocratie et le développement (ADD), ont tous deux déjà protesté après la proclamation de victoire de Maurice Kamto.

Le SDF entre deux eaux

« Il existe une loi et, même si elle est mauvaise, elle doit être respectée », a déclaré Osih au micro de la CRTV, jugeant « prématuré » de « donner des résultats ». Une partie du SDF a toutefois entrouvert la porte d’un soutien à Maurice Kamto. « Que le MRC rende public les résultats complets et nous descendrons dans la rue pour défendre une cause légitime », a annoncé Jean-Michel Nintcheu, député socialiste du Littoral et important baron du parti.

À son domicile de Santa Barbara, Maurice Kamto compte ses soutiens, prend conseil, lit et relit le code électoral camerounais, conscient de la ligne rouge que les autorités aimeraient qu’il finisse par franchir. Comme son partenaire de la coalition Akere Muna, il pèse chaque mot, chaque pion avancé sur l’échiquier de la présidentielle. Il est surtout conscient que le maître du jeu, Paul Biya, est un tacticien hors pair. Depuis 1982, le chef de l’État a défait bien d’autres adversaires.

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