Politique économique

Zone franc : l’endettement au cœur de la réunion des ministres des Finances

Bruno Le Maire, ministre français de l'Économie. © Francois Mori/AP/SIPA

Le « Rapport annuel 2017 de la Zone franc » établi par la Banque de France met en avant des chiffres de croissance qui progressent lentement et des niveaux d'endettement qui explosent. Un constat qui a alimenté les « discussions particulièrement franches » des ministres des Finances de la Zone, lundi à Paris.

Le 8 octobre à Paris, la réunion des ministres des Finances de la Zone franc s’est conclue par un relatif satisfecit qui dissimulait beaucoup de divergences, ce que Bruno Le Maire, le ministre français de l’Économie et des Finances, a résumé en parlant de « discussions particulièrement franches ».

Certes, la Zone se porte mieux puisque sa croissance a accéléré de 3,6 % en 2016 à 3,9 % en 2017. C’est plus que l’Afrique subsaharienne qui est passée de 1,5 % en 2016 à 2,8 % en 2017. L’inflation y est contenue à 0,8 %, quand ailleurs elle culmine à 11 %. Les déficits ont été contenues et les réserves augmentées, le plus souvent avec le soutien du Fonds monétaire international (FMI).


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En fait, il n’y a pas une Zone mais trois qui évoluent de façon différente. À l’Ouest, l’UEMOA (8 États) qui croît à vive allure (+ 6,7 % en 2017 et + 6,8 % annoncés en 2018) ; au centre, la Cemac (6 États), pratiquement à l’arrêt (0 % en 2017 et +1,9 % en 2018), et enfin l’Union des Comores qui se situe entre les deux (+ 3 % en 2017 et + 3,3 % en 2018).

Le Gabon et le Congo particulièrement critiqués

Malgré ces relativement bons chiffres, le « Rapport annuel 2017 de la Zone franc » établi par la Banque de France souligne le point de grande fragilité des quinze pays, qui subsistera même si les cours du pétrole et des matières premières poursuivent leur hausse : leur réendettement rapide. En 2011, leur dette pesait 28 % de leur produit intérieur brut (PIB) et 46 % en 2017.

Le service de cette dette absorbait 4 % des recettes des États membres en 2011 et 11 % en 2017. L’absence de diversification de leurs économies les rend vulnérables à un ralentissement de la demande chinoise en produits de base comme à une remontée des taux d’emprunts enclenchée par les États-Unis.

Les divergences apparues au cours de la réunion des ministres des Finances ont donc concerné les moyens de contenir cette dette notamment dans les pays d’Afrique centrale. Selon nos sources, le Gabon, pour la trop lente réduction de ses déficits et ses impressionnants arriérés de paiement, et le Congo, pour ses atermoiements à conclure un programme cohérent avec le FMI, ont été particulièrement critiqués.

Un calendrier qui ne fait pas l’unanimité

Bruno Le Maire a souligné l’urgence d’une « mobilisation des recettes fiscales ». En effet, le meilleur moyen pour s’endetter moins est de faire rentrer rentrer plus d’impôts. Certains États de la Zone ont un taux de pression fiscale de 10 % à 12 % du PIB ; d’autres, un taux proche de 20 %. M. Le Maire a déclaré que le taux de 20 % devrait être atteint d’ici 2020 dans l’UEMOA.


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« Chaque État membre progressera d’un point par an, en tenant compte de la situation de la sécurité dans chaque pays », a-t-il résumé. Le problème est que le projet du ministre français ne fait pas consensus et que plusieurs pays n’ont pas adhéré à ce calendrier qui a peu de chances d’être respecté.

Il faudra commencer par ce qu’Abbas Mahamat Tolli, le gouverneur de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), et Jean-Marie Ogandaga, président du Comité ministériel de l’Union monétaire de l’Afrique centrale (UMAC), ont appelé de leurs vœux : la suppression des trop nombreuses exonérations fiscales dont beaucoup n’ont aucune base légale et qui amputent gravement les recettes des Etats.

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